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Dictionnaire philosophique de Voltaire : article France
Par thibaultg, le 12/01/2010 à 18h24
Catégorie : Actualité




En plein débat sur l'identité nationale, je trouve intéressant de poster des extraits de l'article Franc, France, Français de Voltaire, tiré de son Dictionnaire philosophique. Pour les personnes pressées, lire du deuxième au quatrième "[...]".
Le lien vers l'article dans son entier est en bas de la news.

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"L’Italie a toujours conservé son nom, malgré le prétendu établissement d’Énée qui aurait dû y laisser quelques traces de la langue, des caractères et des usages de la Phrygie, s’il était jamais venu avec Achate, Cloanthe et tant d’autres, dans le canton de Rome alors presque désert. Les Goths, les Lombards, les Francs, les Allemands ou Germains, qui envahirent l’Italie tour à tour, lui laissèrent au moins son nom.

Les Tyriens, les Africains, les Romains, les Vandales, les Visigoths, les Sarrasins, ont été les maîtres de l’Espagne les uns après les autres; le nom d’Espagne est demeuré. La Germanie a toujours conservé le sien; elle y a joint seulement celui d’Allemagne qu’elle n’a reçu d’aucun vainqueur.

Les Gaulois sont presque les seuls peuples d’Occident qui aient perdu leur nom. Ce nom était celui de Walch ou Wuelch; les Romains substituaient toujours un G au W qui est barbare; de Welche ils firent Galli, Gallia. On distingua la Gaule celtique, la belgique, l’aquitanique, qui parlaient chacune un jargon différent.

Qui étaient et d’où venaient ces Francs, lesquels en très petit nombre et en très peu de temps, s’emparèrent de toutes les Gaules, que César n’avait pu entièrement soumettre qu’en dix années? Je viens de lire un auteur qui commence par ces mots: Les Francs dont nous descendons. « Hé! mon ami, qui vous dit que vous descendez en ligne droite d’un Franc? » Hildvic ou Clodvic, que nous nommons Clovis, n’avait probablement pas plus de vingt mille hommes mal vêtus et mal armés quand il subjugua environ huit ou dix millions de welches ou Gaulois tenus en servitude par trois ou quatre légions romaines. Nous n’avons pas une seule maison en France qui puisse fournir, je ne dis pas la moindre preuve, mais la moindre vraisemblance qu’elle ait un Franc pour son origine.

[...]


Les armées de Clovis étaient-elles toutes composées de Franqs? il n’y a pas d’apparence. Childéric le Franq avait fait des courses jusqu’à Tournai. On dit Clovis fils de Childéric et de la reine Bazine, femme du roi Bazin. Or Bazin et Bazine ne sont pas assurément des noms allemands, et on n’a jamais, vu la moindre preuve que Clovis fût leur fils. Tous les cantons germains élisaient leurs chefs; et le canton des Franqs avait sans doute élu Clodvic ou Clovis, quel que fût son père. Il fit son expédition dans les Gaules, comme tous les autres barbares avaient entrepris les leurs dans l’empire romain.

Croira-t-on de bonne roi que l’Hérule Odo, surnommé Acer par les Romains, et connu parmi nous sous le nom d’Odoacre, n’ait eu que des Hérules à sa suite, et que Genseric n’ait conduit en Afrique que des Vandales? Tous les misérables sans profession et sans talent, qui n’ont rien à perdre et qui espèrent gagner beaucoup, ne se joignent-ils pas toujours au premier capitaine de voleurs qui lève l’étendard de la destruction?

Dès que Clovis eut le moindre succès, ses troupes furent grossies sans doute de tous les Belges qui voulurent avoir part au butin; et cette armée ne s’en appela pas moins l’armée des Francs. L’expédition était très aisée. Déjà les Visigoths avaient envahi un tiers des Gaules, et les Burgundiens un autre tiers. Le reste ne tint pas devant Clovis. Les Francs partagèrent les terres des vaincus, et les Welches les labourèrent.

Alors le mot Franq signifia un possesseur libre, tandis que les autres étaient esclaves. De là vinrent les mots de franchise et d'affranchir: Je vous fais franq: je vous rends homme libre. De là francalenus, tenant librement; franq aleu, franq dad, franq chamen, et tant d’autres termes moitié latin, moitié barbares, qui composèrent si longtemps le malheureux patois dont on se servit en France.

[...]


Lorsque les Francs s’établirent dans le pays des premiers welches, que les Romains appelaient Gallia, la nation se trouva composée des anciens Celtes ou Gaulois subjugués par César, des familles romaines qui s’y étaient établies, des Germains qui y avaient déjà fait des émigrations, et enfin des Francs qui se rendirent maîtres du pays sous leur chef Clovis. Tant que la monarchie qui réunit la Gaule et la Germanie subsista, tous les peuples, depuis la source du Veser jusqu’aux mers des Gaules, portèrent le nom de Francs. Mais lorsqu’en 843, au congrès de Verdun, sous Charles le Chauve, la Germanie et la Gaule furent séparées, le nom de Francs resta aux peuples de la France occidentale, qui retint seule le nom de France.

On ne connut guère le nom de Français que vers le Xe siècle. Le fond de la nation est de familles gauloises, et les traces du caractère des anciens Gaulois ont toujours subsisté.

En effet, chaque peuple a son caractère comme chaque homme; et ce caractère général est formé de toutes les ressemblances que la nature et l’habitude ont mises entre les habitants d’un même pays, au milieu des variétés qui les distinguent. Ainsi le caractère, le génie, l’esprit français, résultent de ce que les différentes provinces de ce royaume ont entre elles de semblable. Les peuples de la Guienne et ceux de la Normandie diffèrent beaucoup; cependant on reconnaît en eux le génie français, qui forme une nation de ces différentes provinces, et qui les distingue des Italiens et des Allemands. Le climat et le sol impriment évidemment aux hommes, comme aux animaux et aux plantes, des marques qui ne changent point. Celles qui dépendent du gouvernement, de la religion, de l’éducation, s’altèrent. C’est là le noeud qui explique comment les peuples ont perdu une partie de leur ancien caractère, et ont conservé l’autre. Un peuple qui a conquis autrefois la moitié de la terre n’est plus reconnaissable aujourd’hui sous un gouvernement sacerdotal: mais le fond de son ancienne grandeur d’âme subsiste encore, quoique caché sous la faiblesse.

[...]


Le fond du Français est tel aujourd’hui que César a peint le Gaulois, prompt à se résoudre, ardent à combattre, impétueux dans l’attaque, se rebutant aisément. César, Agathias, et d’autres, disent que de tous les barbares le Gaulois était le plus poli. Il est encore, dans le temps le plus civilisé, le modèle de la politesse de ses voisins, quoiqu’il montre de temps en temps des restes de sa légèreté, de sa pétulance et de sa barbarie.

[...]


Mais comment concilier le caractère des Parisiens de nos jours avec celui que l’empereur Julien, le premier des princes et des hommes après Marc-Aurèle, donne aux Parisiens de son temps? « J’aime ce peuple, dit-il dans son Misopogon, parce qu’il est sérieux et sévère comme moi. » Ce sérieux qui semble banni aujourd’hui d’une ville immense, devenue le centre des plaisirs, devait régner dans une ville alors petite, dénuée d’amusements l’esprit des Parisiens a changé en cela malgré le climat.

L’affluence du peuple, l’opulence, l’oisiveté, qui ne peut s’occuper que des plaisirs et des arts, et non du gouvernement, ont donné un nouveau tour d’esprit à un peuple entier.

Comment expliquer encore par quels degrés ce peuple a passé des fureurs qui le caractérisèrent du temps du roi Jean, de Charles VI, de Charles IX, de Henri III, de Henri IV même, à cette douce facilité de moeurs que l’Europe chérit en lui? C’est que les orages du gouvernement et ceux de la religion poussèrent la vivacité des esprits aux emportements de la faction et du fanatisme, et que cette même vivacité, qui subsistera toujours, n’a aujourd’hui pour objet que les agréments de la société. Le Parisien est impétueux dans ses plaisirs, comme il le fut autrefois dans ses fureurs. Le fond du caractère, qu’il tient du climat, est toujours le même. S’il cultive aujourd’hui tous les arts dont il fut privé si longtemps, ce n’est pas qu’il ait un autre esprit, puisqu’il n’a point d’autres organes; mais c’est qu’il a eu plus de secours; et ces secours, il ne se les est pas donnés lui-même, comme les Grecs et les Florentins, chez qui les arts sont nés comme des fruits naturels de leur terroir: le Français les a reçus d’ailleurs; mais il a cultivé heureusement ces plantes étrangères; et, ayant tout adopté chez lui, il a presque tout perfectionné.

Le gouvernement des Français fut d’abord celui de tous les peuples du Nord: tout se réglait dans les assemblées générales de la nation; les rois étaient les chefs de ces assemblées; et ce fut presque la seule administration des Français dans les deux premières races, jusqu’à Charles le Simple.

Lorsque la monarchie fut démembrée, dans la décadence de la race carlovingienne; lorsque le royaume d’Arles s’éleva, et que les provinces furent occupées par des vassaux peu dépendants de la couronne, le nom de Français fut plus restreint; sous Hugues-Capet, Robert, Henri, et Philippe, on n’appela Français que les peuples en deçà de la Loire. On vit alors une grande diversité dans les moeurs, comme dans les lois des provinces demeurées à la couronne de France. Les seigneurs particuliers, qui s’étaient rendus les maîtres de ces provinces, introduisirent de nouvelles coutumes dans leurs nouveaux États. Un Breton, un flamand, ont aujourd’hui quelque conformité, malgré la différence de leur caractère, qu’ils tiennent du sol et du climat; mais alors ils n’avaient entre eux presque rien de semblable.

Ce n’est guère que depuis François Ier que l’on vit quelque uniformité dans les moeurs et dans les usages. La cour ne commença que dans ce temps à servir de modèle aux provinces réunies: mais, en général, l’impétuosité dans la guerre et le peu de discipline furent toujours le caractère dominant de la nation.

La galanterie et la politesse commencèrent à distinguer les Français sous François Ier. Les moeurs devinrent atroces depuis la mort de François II. Cependant, au milieu de ces horreurs, il y avait toujours à la cour une politesse que les Allemands et les Anglais s’efforçaient d’imiter. On était déjà jaloux des Français dans le reste de l’Europe, en cherchant à leur ressembler. Un personnage d’une comédie de Shakspeare dit qu’à toute force on peut être poli, sans avoir été à la cour de France.

Quoique la nation ait été taxée de légèreté par César et par tous les peuples voisins, cependant ce royaume, si longtemps démembré, et si souvent près de succomber, s’est réuni et soutenu principalement par la sagesse des négociations, l’adresse et la patience, mais surtout par la division de l’Allemagne et de l’Angleterre. La Bretagne n’a été réunie au royaume que par un mariage; la Bourgogne, par droit de mouvance, et par l’habileté de Louis XI; le Dauphiné, par une donation qui fut le fruit de la politique, le comté de Toulouse, par un accord soutenu d’une armée; la Provence, par de l’argent. Un traité de paix a donné l’Alsace; un autre traité a donné la Lorraine. Les Anglais ont été chassés de France autrefois, malgré les victoires les plus signalées, parce que les rois de France ont su temporiser et profiter de toutes les occasions favorables. Tout cela prouve que si la jeunesse française est légère, les hommes d’un âge mûr qui la gouvernent ont toujours été très sages. Encore aujourd’hui la magistrature, en général, a des moeurs sévères, comme du temps de l’empereur Julien. Si les premiers succès en Italie, du temps de Charles VIII, furent dus à l’impétuosité guerrière de la nation, les disgrâces qui les suivirent vinrent de l’aveuglement d’une cour qui n’était composée que de jeunes gens. François Ier ne fut malheureux que dans sa jeunesse, lorsque tout était gouverné par des favoris de son âge; et il rendit son royaume florissant dans un âge plus avancé."

Article Franc, France, Français du Dictionnaire philosophique de Voltaire

Quelques nouvelles
Par thibaultg, le 09/01/2010 à 18h52
Catégorie : Philisto




Bonjour,

Quelques nouvelles diverses en ce qui concerne Philisto.
Tout d'abord, un très bon signe: les liens externes qui pointent sur le site se multiplient sur Internet, même s'ils restent encore assez peu nombreux. Depuis peu de temps, plusieurs pages du site disposent d'un PageRank de 1/10 (accueil, sommaire d'Histoire, sommaire de géographie, sommaire des QCM,...).
En revanche, le nombre de visiteurs stagne depuis plusieurs mois.

Ensuite, comme vous l'avez peut-être vu, un flux RSS des cours a été mis en place. Je ne me sers pas pour ma part de ce gadget mais il paraîtrait que c'est utilisé par beaucoup d'internautes. Ce module sera amélioré et complété avec les news.

Enfin, j'ai commencé depuis un certain temps à coder un nouveau site web, plus précisément un jeu PHP de stratégie, prenant place dans les débuts de la IIIe République. Je n'en dis pas plus pour l'instant, j'espère que le bêta-test ouvrira en fin d'année scolaire (juin) mais je ne peux donner aucune garantie. Je vous tiendrais au courant.

Merci pour le soutien que vous apportez au site en y participant ou simplement en le visitant régulièrement. heureux

Bonnes fêtes !
Par thibaultg, le 24/12/2009 à 13h31
Catégorie : Actualité




Joyeux Noël
et bonne année !



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Design alternatif
Par thibaultg, le 13/12/2009 à 14h47
Catégorie : Philisto




Bonjour,

J'ai créé un design alternatif, qui tout en gardant l'esprit général et la palette de couleurs, apporte un certain nombre de modifications dont la suppression des "boîtes".

Il n'est pas définitif et si vous avez des suggestions (au niveau des couleurs, etc.), je les prendrais volontiers en compte sachant que je ne suis pas un grand designer. lol

Ceux qui souhaitent garder l'ancien design le peuvent.

Pour tester le nouveau design :
Se connecter > Mes options > Modifier mon design > Cochez "Alternatif".

Un sujet a été ouvert sur le forum afin que vous puissiez donner votre avis : http://www.philisto.fr/sujet-332.html

Amélioration de la messagerie privée
Par thibaultg, le 21/11/2009 à 20h13
Catégorie : Philisto




La messagerie privée du site a été recodée afin que tous les messages du même sujet soient regroupés ensemble dans un seul fil. Cela permettra une communication plus agréable et plus facile entre les membres. clin

En cas de bug, merci de poster sur le forum dans la section Rapports de bugs. heureux

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