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La bataille de Marathon (490 av. J.-C.)

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Modifié : 24/04/2011 à 21h30


109. Les généraux d'Athènes se trouvaient divisés, en nombre égal, par deux opinions : les uns étaient d'avis qu'il ne fallait pas combattre. « On avait, disaient-ils, trop peu de forces pour risquer un engagement avec l'armée des Mèdes ; » les autres, au contraire, et Miltiade était de ce nombre, soutenaient qu'il fallait combattre. Les avis ainsi divisés, l'opinion la plus dangereuse était sur le point de l'emporter, et il ne restait plus qu'un onzième suffrage, que pouvait donner le polémarque (le polemarque est élu au scrutin des fèves par les Athéniens, et a, suivant une ancienne loi, le droit de donner son suffrage, comme les généraux). Callimaque d'Aphidnée, occupait alors cette place, et sa voix était décisive. Miltiade alla donc le trouver, et lui parla ainsi. « II dépend de vous seul, Callimaque, de rendre Athènes esclave ou de la maintenir libre, et de laisser, dans la mémoire des âges futurs, un souvenir de vous, tel qu'Harmodius et Aristogiton eux-mêmes n'en peuvent espérer un semblable. Jamais, depuis que les Athéniens existent, ils n'ont été dans une alternative plus périlleuse. Soumis aux Mèdes, il est évident qu'ils sont livrés à Hippias ; vainqueurs, Athènes devient la première ville de toute la Grèce. Actuellement, je vais vous expliquer comment les choses en sont venues à un point si critique, et comment c'est de vous seul que dépend le sort des affaires. Nous sommes dix généraux : deux avis nous partagent en nombre égal ; l'un est pour combattre, l'autre pour éviter le combat. Si nous ne livrons pas la bataille, je ne doute point qu'un grand mouvement n'ait lieu dans Athènes, qu'il ne jette le trouble dans tous les esprits, et ne finisse par les entraîner vers le parti des Mèdes. Si, au contraire, nous en venons aux mains avant que de lâches conseils n'égarent quelques uns d'entre nous, nous sommes, je le pense du moins, en état de vaincre, si les dieux restent neutres. Tout est donc en ce moment dans vos mains, et dépend de vous. Si vous ajoutez votre voix à l'opinion qui est la mienne, vous avez une patrie libre ; Athènes est la première ville de la Grèce. Si vous vous rangez à l'avis de ceux qui dissuadent de combattre, vous avez tous les maux opposés aux biens que je viens de vous présenter. »
110. Le discours de Miltiade entraîna Callimaque, et, ayant comme polémarque ajouté son suffrage, l'opinion pour le combat l'emporta. Après cette décision, chacun des généraux qui s'étaient déclarés en faveur de l'avis de Miltiade, lui céda son jour de commandement. Miltiade accepta cette concession, mais sans en profiter, et attendit pour attaquer le jour où le commandement lui revenait de droit.
111. Ce jour étant arrivé, les Athéniens se rangèrent en bataille dans l'ordre suivant : Callimaque eut le commandement de l'aile droite; car, chez les Athéniens, la loi prescrivait que le polémarque commandât la droite. En partant de ce point, toutes les tribus se rangèrent l'une après l'autre suivant leur ordre numérique ; et après elles se placèrent les Platéens, qui formaient l'aile gauche. C'est depuis ce combat que, dans les sacrifices solennels qui se célèbrent tous les cinq ans à Athènes, le héraut athénien associe les Platéens aux prières qu'il prononce en ces termes: « Fassent les dieux que tout soit heureux à la fois et pour les Athéniens et pour les Platéens. » D'après l'ordre de bataille des Athéniens à Marathon, leur ligne égalait en longueur celle des Mèdes ; seulement les rangs étaient plus clairs et moins serrés au centre, ce qui le rendait le point le plus faible de la ligne. Leurs forces principales se trouvaient aux ailes où les rangs étaient très épais.
112. L'armée entièrement rangée en bataille, et les entrailles des victimes reconnues favorables, les Athéniens, dès que le signal de se mettre en mouvement fut donné, coururent d'un seul trait sur les barbares, quoique l'espace qui séparait les deux armées ne fût pas au-dessous de huit stades. Les Perses, en les voyant ainsi arriver, se disposèrent à les recevoir ; mais ils regardaient comme un acte de folie, qui menait les Athéniens à une ruine certaine, une attaque faite à la course par un si petit nombre de troupes dépourvues et de cavalerie et d'archers : telle était l'idée que se formaient les barbares. Cependant les Athéniens, après les avoir joints, ayant serré leurs rangs, combattirent avec une valeur digne de tout éloge ; ils étaient, du moins à ma connaissance, les premiers Grecs qui eussent risqué une attaque à la course ; les premiers Grecs qui eussent osé envisager l'habillement mède et les hommes qui le portaient : jusque-là, le nom seul de Mède était pour tous les Grecs un objet de terreur.
113. La bataille de Marathon dura longtemps ; les barbares furent vainqueurs au centre ; les Perses et les Saces qui s'y trouvaient, ayant percé la ligne des Athéniens, les poursuivirent dans les terres : les Athéniens et les Platéens furent au contraire vainqueurs aux deux ailes ; mais après avoir défait l'ennemi et rompu ses rangs, ils le laissèrent fuir, et, réunissant alors les deux ailes, revinrent sur ceux qui avaient forcé le centre et les défirent complètement. Ils se mirent ensuite à la poursuite des Perses et les suivirent de si près l'épée dans les reins, qu'ils arrivèrent en même temps qu'eux sur le rivage, où ils attaquèrent les vaisseaux, en demandant à y mettre le feu.
114. Le polémarque, après avoir déployé la plus grande valeur, fut tué dans le combat, ainsi qu'un des dix généraux, Stesilée fils de Thrasylée ; Cynégyre fils d'Euphorion, au moment où il avait saisi la saillie de la poupe d'un des vaisseaux ennemis, reçut un coup de hache qui lui coupa la main et périt aussi. Enfin beaucoup d'autres Athéniens, non moins distingués, perdirent également la vie.

Hérodote, Histoires, VI (Ve s. av. J.-C.). Traduction d'A. F. Miot, 1822.



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