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L'offensive philosophique contre la religion

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Modifié : 15/01/2012 à 20h49


[...] le Christianisme n'a aucun avantage sur toutes les autres religions du monde, qui toutes, malgré leur discordance, se disent émanées de la Divinité, et prétendent avoir un droit exclusif à ses faveurs. L'Indien assure que le Brama lui-même est l'auteur de son culte. Le Scandinave tenait le sien du redoutable Odin. Si le Juif et le Chrétien ont reçu le leur de Jéhovah, par le ministère de Moïse et de Jésus, le Mahométan assure qu'il a reçu le sien par son Prophète, inspiré du même Dieu. Ainsi, toutes les religions se disent émanées du ciel ; toutes interdisent l'usage de la raison, pour examiner leurs titres sacrés ; toutes se prétendent vraies, à l'exclusion des autres ; toutes menacent du courroux divin ceux qui refuseront de se soumettre à leur autorité ; enfin toutes ont le caractère de la fausseté, par les contradictions palpables dont elles sont remplies ; par les idées informes, obscures, et souvent odieuses, qu'elles donnent de la Divinité ; par les lois bizarres qu'elles lui attribuent ; par les disputes qu'elles font naître entre leurs sectateurs : enfin, toutes les religions, que nous voyons sur la terre, ne nous montrent qu'un amas d'impostures et de rêveries qui révoltent également la raison. Ainsi, du côté des prétentions, la Religion Chrétienne n'a aucun avantage sur les autres superstitions dont l'univers est infecté, et son origine céleste lui est contestée par toutes les autres, avec autant de raison qu'elle conteste la leur. [...]

Si le Chrétien me cite Jérusalem, et le témoignage de toute la Galilée, pour me prouver les miracles de Jésus-Christ, je ne vois encore qu'une populace ignorante qui puisse les attester ; ou je demande comment il fut possible qu'un peuple entier, témoin des miracles du Messie, consentît à sa mort, la demandât même avec empressement ? Le peuple de Londres, ou de Paris, souffrirait-il qu'on mît à mort, sous les yeux, un homme qui aurait ressuscité des morts, rendu la vue aux aveugles, redressé des boiteux, guéri des paralytiques ? Si les Juifs ont demandé la mort de Jésus, tous les miracles sont anéantis pour tout homme non prévenu. [...]

Mais accordons, pour un instant, que les miracles soient possibles, et que ceux de Jésus ont été véritables, ou du moins n'ont point été insérés dans les Évangiles après le temps où il ont été opérés. Les témoins qui les ont transmis, les Apôtres qui les ont vus, sont-ils bien dignes de foi, et leur témoignage n'est-il point récusable ? Ces témoins étaient-ils bien éclairés ? De l'aveu même des chrétiens, c'étaient des hommes sans lumières, tirés de la lie du peuple, par conséquent crédules et incapables d'examiner. Ces témoins étaient-ils désintéressés ? Non ; ils avaient sans doute le plus grand intérêt à soutenir des faits merveilleux, qui prouvaient la Divinité de leur maître, et la vérité de la religion qu'ils voulaient établir. Ces mêmes faits ont-ils été confirmés par les historiens contemporains ? Aucun d'eux n'en a parlé, et dans une ville, aussi superstitieuse que Jérusalem, il ne s'est trouvé, ni un seul Juif, ni un seul païen, qui ait entendu parler des faits les plus extraordinaires et les plus multipliés que l'histoire ait jamais rapportés. Ce ne sont jamais que des Chrétiens qui nous attestent les miracles du Christ. On veut que nous croyions qu'à la mort du fils de Dieu la terre ait tremblé, le soleil se soit éclipsé, les morts soient sortis du tombeau. Comment des événements si extraordinaires n'ont-ils été remarqués que par quelques chrétiens ? Furent-ils donc les seuls qui s'en aperçurent ? On veut que nous croyions que le Christ est ressuscité ; on nous cite pour témoins, des Apôtres, des femmes, des disciples. Une apparition solennelle, faite dans une place publique, n'eût-elle pas été plus décisive, que toutes ces apparitions clandestines, faites à des hommes intéressés à former une nouvelle secte ? La foi chrétienne est sondée, selon St. Paul, sur la résurrection de Jésus-Christ il fallait donc que ce fait fût prouvé aux nations, de la façon la plus claire et la plus indubitable. Ne peut-on point accuser de malice le Sauveur du monde, pour ne s'être montré qu'à ses disciples et à ses favoris ? Il ne voulait donc point que tout le monde crût en lui ? Les Juifs, me dira-t'on, en mettant le Christ à mort, méritaient d'être aveugles. Mais, dans ce cas, pourquoi les Apôtres leur prêchaient-ils l'Évangile ? Pouvaient-ils espérer qu'on ajoutât plus de foi à leur rapport qu'à ses propres yeux ?

Au reste, les miracles ne semblent inventés que pour suppléer à de bons raisonnements ; la vérité et l'évidence n'ont pas besoin de miracles pour se faire adopter. N'est-il pas bien surprenant que la Divinité trouve plus facile de déranger l'ordre de la nature, que d'enseigner aux hommes des vérités claires, propres à les convaincre, capables d'arracher leur assentiment ? Les miracles n'ont été inventés que pour prouver aux hommes des choses impossibles à croire ; il ne serait pas besoin de miracles, si on leur parlait raison. Ainsi, ce sont des choses incroyables, qui servent de preuves à d'autres choses incroyables. Presque tous les imposteurs, qui ont apporté des religions aux peuples, leur ont annoncé de choses improbables, ensuite ils ont fait des miracles, pour les obliger à croire les choses qu'ils leur annonçaient. Vous ne pouvez, ont-ils dit, comprendre ce que je vous dit ; mais je vous prouve que je dis vrai, en faisant à vos yeux des choses que vous ne pouvez pas comprendre.

Paul-Henri Thiry d'Holbach, Le Christianisme dévoilé ou Examen des principes et effets de la religion chrétienne (1761), Londres, éd. 1767, pp. 27-30.



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