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Le terrible hiver de 1709 à Bouex (Charente)

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Modifié : 25/04/2011 à 09h43


L’année 1709, l’hiver a esté rude particulièrement vers la fin. Le six janvier il commencea un froid qui continua dix sept jours avec de la neige épaisse de deux pieds qui dura autant que le froid, c’est-à-dire qui ne fut fondue entièrement que le 25 dudit mois. Le froid fut si rude que toutes les rivières furent glacées, à la réserve de la Toulvre, qui fut la seule sur laquelle on pouvoit faire moudre du bled. Il y eut plusieurs personnes qui moururent de froid. Les vieillars et les jeunes enfans furent plus exposés. Un nommé Jean Mignot, dit Banlin, du village de La Forest, paroisse de Bouex, se trouvant tout glacé se mit dans un four, duquel on ne faisoit que sortir le pain, et lorsqu’il en sorti il se trouva tout bruslé sans avoir senti la chaleur. Le curé de Marthon, nommé M. du Chauffât, fut trouvé tout glacé et mort. Les oiseaux périrent et on fut longtemps sans en voir aucuns. On prenait les perdrix qui restaient dans les champs avec la main, comme aussi les lièvres, dont on en trouva quantité de morts. Les corbeaux et les pies, comme estant les plus endurcis au froid, ne trouvant rien de quoi manger, se dévoroient entre eux mesmes. Outre le pain qui estoit gelé et duquel on ne pouvoit manger, le vin se glacea dans les barriques et on fut un temps sans en pouvoir tirer. On ne pouvoit dire la messe, les espèces se glaceoient mesme contre un bon feu qu’on mettoit sur l’autel dans un réchot. En un mot le froid et la neige furent si violentes que les vieillars de quatre vingt dix ans n’avoient mémoire de rien de semblable. De plus, les arbres, noyers, chatagners sont entièrement morts. On en a vus qui avoient trois cens ans, par des titres qu’on trouve, qui sont pourtant morts. Enfin on croit plus voir d’huyle de noix, à moin qu’on ne fasse venir de nouveaux noyers par le moyen des petits rejets qui poussent au pied des gros. Une grande partie des vignes sont aussi mortes, surtout celles qui estoient élevées et qui estoient vieilles. En un mot touttes les plantes ont esté cruellement attaquées, et on a vu des forêts entières de gros chesnes où à peine s’en trouvoit il qui eussent poussés. Il n’est pour ainsi dire resté point de bled sur la terre, ce qui causa une très grande famine. Le boisseau de froment, mesure d’Angoulesme, qui ne valoit l’année dernière que trente cinq sols, en vaut neuf livres. Des officiers qui sont en Flandre et qui adrivent en le pays raportent encore une plus grande famine. On dit qu’à Bergue la mesure de froment qui est environ semblable à celle d’Angoulesme, c’est tant soit peu plus grande, vaut jusques à cinquante livres, et à deux lieux de Bergue elle vaut soixante dix huit livres. Toutes les troupes souffrent extrêmement, selon le rapport de ces officiers, et qui assurent que la guerre ne peut plus se faire et que tout est dans la dernière désolation cette année.


1709, Thomas, curé de Bouex. Tiré du Bulletin et mémoires de la Société archéologique et historique de la Charente (Série 6, Tome VII), 1897.



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