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La misère ouvrière anglaise en 1840

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Modifié : 10/12/2011 à 22h49


Le calicot, ou tel autre article, baisse-t-il de prix, aussitôt ceux atteints par la baisse, soit filateurs, couteliers, potiers, etc., d'accord entre eux, réduisent les salaires, sans s'inquiéter nullement si les nouveaux salaires qu'ils adoptent suffisent ou non à la nourriture de l'ouvrier ; ils augmentent aussi le nombre des heures de travail. — Quand l'ouvrier est à la tâche, ils exigent plus de fini dans son ouvrage, tout en le payant moins, et l'ouvrage où toutes les conditions ne sont pas exactement remplies n'est pas payé. — Cruellement exploité par celui qui l'emploie, l'ouvrier est encore pressuré par le fisc et affamé par les propriétaires de terres ; — presque toujours il meurt jeune ; sa vie est abrégée par l'excès du travail ou par la nature de ses travaux. — Sa femme et ses enfants ne lui survivent pas longtemps ; — attelés à la manufacture, ils succombent par les mêmes causes ; — s'ils n'y sont point occupés l'hiver, ils meurent de faim au coin des bornes !
La division du travail poussé à l'extrême limite, et qui a fait faire des progrès si immenses à la fabrication ; à annihilé l'intelligence pour réduire l'homme à n'être qu'un engrenage de machines. Si encore l'ouvrier était dressé à exécuter les diverses parties d'une ou plusieurs fabrications, il jouirait de plus d'indépendance ; la cupidité du maître aurait moins de moyens de le torturer ; ses organes conserveraient assez d'énergie pour triompher de l'influence délétère d'une occupation qu'il n'exercerait que quelques heures — Les émouleurs des manufactures anglaises ne passent pas trente-cinq ans ; l'usage de la meule n'a aucun effet nuisible sur nos ouvriers de Châtellerault parce que l'émoulage n'est qu'une partie de leur métier, et ne les occupe que peu de temps, tandis que, dans les ateliers anglais, les émouleurs ne font pas autre chose. — Si l'ouvrier pouvait travailler à diverses parties de la fabrication, il ne serait pas accablé par sa nullité, par la perpétuelle inactivité de son intelligence ; répétant toute la journée les mêmes choses, — les liqueurs fortes ne deviendraient pas pour lui un besoin pour le faire sortir de la torpeur dans laquelle la monotonie de son travail le plonge, et l'ivrognerie ne mettrait pas le comble à sa misère.
Il faut avoir visité les villes manufacturières, vu l'ouvrier à Birmingham, Manchester, Glascow, Sheffields, dans le Staffordshire, etc., pour se faire une juste idée des souffrances physiques et de l'abaissement moral de cette classe de la population. [...]
La plupart des ouvriers manquent de vêtements, de lit, de meubles, de feu, d'aliments sains et souvent même de pommes de terre ! ... — Ils sont enfermés douze à quatorze heures par jour dans des salles basses, où l'on aspire, avec un air vicié, des filandres de coton, de laine, de lin ; des parcelles de cuivre, de plomb, de fer, etc., et passent fréquemment d'une nourriture insuffisante aux excès de la boisson : — aussi tous ces malheureux sont étiolés, rachitiques, souffreteux ; ils ont le corps maigre, affaissé, les membres faibles, le teint pâle, les yeux morts ; on les croirait tous affectés de la poitrine. — Je ne sais s'il faut attribuer à l'irritation d'une fatigue permanente, ou au sombre désespoir auquel leur âme est en proie, l'expression de physionomie pénible à voir qui est presque générale chez tous les ouvriers. — Il est difficile de rencontrer leur point visuel, tous tiennent constamment les yeux baissés et ne vous regardent qu'à la dérobée, en jetant sournoisement un coup d'œil de côté, — ce qui donne quelque chose d'hébété, de fauve et d'horriblement méchant à ces figures froides, impassibles et qu'une profonde tristesse enveloppe.

Flora Tristan, Promenades dans Londres, Paris, H.-L. Delloye, 1840, pp. 93-97.



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