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La ville de Paris vue par un Italien, en 1596

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Modifié : 18/11/2011 à 12h03


La ville de Paris, située au centre d'une belle plaine, sans montagne ni colline dans son voisinage, jouit d'un air parfait. [...] La ville a 14 portes, dont 5 tout en maçonnerie. Depuis déjà longtemps les rues sont belles, larges et longues, bien pavées de pierres carrées. Les maisons n'ont pas de gouttières, les toits sont couvertes de petites ardoises noires et les fenêtres sont fermées, non par des bannes [toiles], mais par de belles vitres dont on voit un grand nombre. Les façades sont loin d'être aussi belles qu'en Italie ; les habitations sont étroites et la plupart sont bâties en bois ; les escaliers, construits en maçonnerie, sont étroits et incommodes. Les murs intérieurs sont en général tendus de paille tressée et ouvragée. On compte 44 palais appartenant à de grands personnages ; on n'y voit point de plats de terre, mais une grande quantité de plats d'étain ; le cuivre est remplacé par le laiton.
On voit en ville beaucoup de boutiques de diverses marchandises, où les femmes, plus que les hommes, traitent les affaires. Les boutiques sont certainement trois fois plus nombreuses qu'à Rome : il y a 85 comptoirs d'étoffes, toutes grandes boutiques, et dans une seule rue on peut compter 184 boutiques d'orfèvres, outre celles qui sont réparties dans la ville, ce qui fait un nombre de 300 orfèvres environ ; il y a au moins 12 grandes boutiques de plumes à parure, autant de boutiques de plumes à écrire, 22 boutiques d'horlogers, 45 boutiques de vitriers, 110 rôtisseurs, qui ont un grand assortiment d'oiseaux et de viandes diverses, qui font plaisir à voir, 120 pâtissiers, artistes dans leur genre, 150 boucheries, débitant de la belle viande, non pas au poids, mais au morceau, 250 jeux de paume, très beaux et bien installés, qui, dit-on, avant les dernières guerres, faisaient vivre jusqu'à 7000 personnes, enfin une très grande quantité de boutiques de toutes sortes.
Il y a à Paris 68 églises paroissiales et 31 chapelles, 46 collèges, bien qu'aujourd'hui le nombre des écoliers soit très minime ; mais il faut se rappeler qu'autrefois l'Université de Paris était la plus belle et la plus florissante d'Europe ; elle avait alors 40 000 écoliers ; il y a aussi 7 hôpitaux.
Les églises sont généralement très grandes, et ont coûté beaucoup d'argent à construire ; les façades en sont fort belles et ornées d'un grand nombre de sculptures. Dans l'intérieur on y tient le Saint-Sacrement suspendu au-dessus du maître d'autel, comme les lampes en Italie. Les églises offrent, les unes de fort beaux chœurs, les autres des grilles admirablement travaillées ; elles ont toutes de grandes fenêtres vitrées ornées de peintures, les plus belles du monde, qui représentent des scènes de la vie des saints. [...]
Les nuits d'hiver, les coins de rues sont éclairés par de belles lanternes vitrées, qui permettent à chacun de vaquer à ses affaires. [...]
Le pain est de plusieurs sortes : il est beau et bon, mais cher ; il vient en grande partie du dehors, apporté dans des charrettes par les paysans, les mercredis et samedis, jours de marché (il y a huit places de marché dans la ville) ; les boulangers sont nombreux aussi dans la ville de Paris. Les vins rouges, le clairet entre autres, sont très bons, mais chers : le baril (mesure de Rome) se vend à raison de six à sept écus d'or. On trouve assez facilement du poisson, même du poisson de mer, mais tout cela est très cher. [...]
La ville est traversée dans son milieu par la Seine, qui y amène de nombreuses barques, chargées de marchandises. Le fleuve forme une île qui, outre une grande quantité de maisons et de boutiques, renferme la Cathédrale, la Sainte-Chapelle et le Palais, c'est-à-dire l'ancien palais du roi. Dans ce palais se trouve une [...] salle, lambrissée d'or, où chaque jour se réunissent le Parlement, la Chambre des Comptes et les autres magistrats de la ville. [...]
Le fleuve est traversé par six ponts, trois en pierre dont un n'est pas fini [le Pont-Neuf], et trois en bois ; sur chacun de ces ponts sont bâties des maisons, disposées de telle façon que, de dessus le pont, on ne peut voir l'eau, sans entrer dans les boutiques ; on ne se douterait même pas qu'on est sur un fleuve, si on ne le savait. Dernièrement l'un des ponts de bois fut emporté par le courant, avec six moulins à blé ; soixante personnes périrent, sans compter les dégâts matériels.
En ville sont 15 fontaines, servant aux besoins de la population, qui emploie aussi l'eau du fleuve, très bonne à boire. Paris possède 117 boutiques d'apothicaires, moins belles d'apparence que celles de Rome, 140 drogueries et 80 boutiques de sellier ; dans une seule rue, j'en ai compté jusqu'à 22 boutiques, travaillant toutes très bien. Les cordonniers sont au nombre de 523. [...]
Le palais du roi se nomme le Louvre, il est beau pour un palais français ; il renferme de très belles tapisseries brodées d'or ; certaines galeries ne sont pas encore achevées. [...]
Il circule dans toutes les rues de la ville un ruisseau d'eau fétide, où se déversent les eaux sales de chaque maison et qui empeste l'air : aussi est-on obligé de porter à la main des fleurs ou quelque parfum pour chasser cette odeur. Il faut pourtant ajouter qu'on met la plus grande diligence à enlever les ordures dans des charrettes et à les porter au dehors. Paris serait en définitive agréable à habiter, si l'on pouvait s'y procurer facilement certaines denrées qui sont rares, des fruits par exemple comme le melon, le concombre, la figue, la pêche, les citrons de toute espèce et autres choses pareilles.
Le long des murs est en dehors de la ville, il y a beaucoup de moulins à vent, dont le corps de bâtiment pivote sur lui-même, pour présenter les ailes au vent. Les murs de la ville ne sont pas très forts, mais la population est nombreuses : elle est aujourd'hui de 350 000 âmes ; on me dit qu'avant les dernières guerres elle atteignit le chiffre de 600 000.

Francesco Gregory d'Ierni, publié par Gaston Raynaud, Bulletin de la Société de l'Histoire de Paris, t. XII, 1885, pp. 166-169.




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