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Charles Martel et la bataille de Poitiers (732)

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Modifié : 05/11/2011 à 23h07


Alors Abd-er-Rahmân [gouverneur d'al-Andalus], voyant la terre pleine de la multitude de son armée, franchit les montagnes des Basques et, foulant les cols comme les plaines, s'enfonça en pillant à l'intérieur des terres des Francs ; et déjà, en y pénétrant, il frappe du glaive à tel point qu'Eudes [duc d'Aquitaine], s'étant préparé au combat de l'autre côté du fleuve appelé Garonne ou Dordogne, est mis en fuite ; Dieu seul connaît le nombre des morts et des mourants. Alors Abd-er-Rahmân en poursuivant le susdit duc Eudes décide d'aller piller l'église de Tours [basilique Saint-Martin de Tours] tout en détruisant sur son chemin les palais et brûlant les églises. Lorsque le maire du Palais d'Austrasie en France intérieure, nommé Charles, homme belliqueux depuis son jeune âge et expert dans l'art militaire, prévenu par Eudes, lui fait front. A ce moment, pendant sept jours, les deux adversaires se harcèlent pour choisir le lieu de la bataille, puis enfin se préparent au combat, mais, pendant qu'ils combattent avec violence, les gens du Nord demeurant à première vue immobiles comme un mur restent serrés les uns contre les autres, telle une zone de froid glacial [un glacier], et massacrent les Arabes à coups d'épée. Mais lorsque les gens d'Austrasie, supérieurs par la masse de leurs membres et plus ardents par leur main armée de fer, en frappant au cœur, eurent trouvé le roi, ils le tuent ; dès qu'il fait nuit le combat prend fin, et ils élèvent en l'air leurs épées avec mépris. Puis le jour suivant, voyant le camp immense des Arabes, ils s'apprêtent au combat. Tirant l'épée du fourreau, au point du jour, les Européens ["Europenses"] observent les tentes des Arabes rangées en ordre comme les camps de tentes avaient été disposées. Ils ne savent pas qu'elles sont toutes vides ; ils pensent qu'à l'intérieur se trouvent les phalanges des Sarrasins prêtes au combat ; ils envoient des éclaireurs qui découvrirent que les colonnes des Ismaélites s'étaient enfuies. Tous, en silence, pendant la nuit, s'étaient éloignés en ordre strict en direction de leur patrie. Les Européens, cependant, craignent qu'en se cachant le long des sentiers, les Sarrasins ne leur tendent des embuscades. Aussi, quelle surprise lorsqu'ils se retrouvent entre eux après avoir fait vainement le tour du camp. Et, comme ces peuples susdits ne se soucient nullement de la poursuite, ayant partagé entre eux les dépouilles et le butin, ils s'en retournent joyeux dans leurs patries.

L'Anonyme de Cordoue, poème latin de la seconde moitié du VIIIe siècle. Ed. J. Tailhan, Paris, 1885, p.38-40.



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