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Henri IV et les parlementaires (1599)

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Modifié : 17/05/2011 à 15h18


Le Jeudi VII de ce mois [janvier 1599], le Roi manda ses gens du Parlement au Louvre pour la vérification de l’Édit de ceux de la Religion, auxquels il parla en Roi et en termes exquis et choisis qui depuis ont été imprimés [...]

« Vous me voyez en mon cabinet, où je viens parler à vous, non point en habit royal, comme mes prédécesseurs, ni avec l’épée et la cape, ni comme un Prince qui vient parler aux Ambassadeurs étrangers, mais vêtu comme un père de famille en pourpoint pour parler franchement à ses enfants.
Ce que j'ai à vous dire est que je vous prie de vérifier l’Édit que j'ai accordé à ceux de la Religion [édit de Nantes]. Ce que j'en ai fait est pour le bien de la paix. Je l'ai faite au dehors, je la veux au dedans. Vous me devez obéir, quand il n'y aurait autre considération que de ma qualité et de l'obligation que m'ont tous mes sujets, et particulièrement vous tous de mon Parlement. J'ai remis les uns en leurs maisons, dont ils étaient bannis; les autres en la foi qu'ils n'avaient plus. Si l'obéissance était due à mes prédécesseurs, il m'est dû autant ou plus de dévotion, d'autant que j'ai établi l’État, Dieu m'ayant choisi pour me mettre au Royaume qui est mien par héritage et par acquisition. Les gens de mon Parlement ne seraient en leurs sièges sans moi. Je ne me veux vanter, mais si veux-je bien dire que je n'ai exemple d'autre à imiter que de moi-même. Je sais bien qu'on a fait des brigues au Parlement, que l'on a suscité des prédicateurs séditieux ; mais je donnerai bien ordre contre ces gens-là et ne m'en attendrai pas à vous. C'est le chemin qu'on prît pour faire les barricades et venir par degrés à l'assassinat du feu Roi [Henri III]. Je me garderai bien de tout cela. Je couperai la racine à toutes factions, à toutes prédications séditieuses, et ferai accourcir tous ceux qui les susciteront. J'ai sauté sur des murailles de villes, je sauterai bien sur des barricades qui ne sont pas si hautes.
Ne m'alléguez point la Religion Catholique ; je l'aime plus que vous, je suis plus Catholique que vous, je suis fils aîné de l’Église. Vous vous abusez si vous pensez être bien avec le Pape. J'y suis mieux que vous. Vous avez beau faire, je sais tout ce que vous faites. Je sais tout ce que vous dites. J'ai un petit démon qui me le révèle [espion ?]. Ceux qui ne voudront que mon Édit passe veulent la guerre. Je la déclarerai demain à ceux de la Religion. Mais je ne la ferai pas. Vous irez la faire avec vos robes, et ressemblerez à la procession des Capucins qui portaient le mousquet sur leurs habits. Il vous fera bon voir. Quand vous ne voudrez passer l’Édit, vous me ferez aller au Parlement. Vous serez ingrats quand vous m'aurez créé cet ennui. J'appellerai à témoin ceux de mon Conseil qui ont trouvé bon l’Édit et nécessaire pour l'état de mes affaires : Monsr. le Connétable, Monsr. le Chancelier, Messre de Belièvre, Sanci et Silleri. Je l'ai fait par leur avis, et des Ducs et Pairs. Il n'y a pas un seul d'eux qui s’osât dire protecteur de la Religion Catholique, ne qui osa nier qu'il m'ait donné cet avis. Je suis le seul conservateur de la religion. Je dissiperai bien les bruits qu'on fait semer. On s'est plaint, à Paris, que je voulais faire des levées de Suisses, ou autres amas de troupes. Si je le faisais, il en faudrait bien juger, et ce serait pour bon effet par la raison de tous mes déportements passés, témoin ce que j'ai fait pour la reconquête d'Amiens, où j'ai employé l'argent des Édits que n'eussiez passé si je ne fusse allé en Parlement. La nécessité me fit faire cet Édit ; par la même nécessité j'ai fait autrefois le soldat. On en a parlé, et n'en ai pas fait le semblant. Je suis Roi maintenant, et parle en Roi et veux être obéi. A la vérité la justice est mon bras droit, mais si la gangrène s'y prend, le gauche le doit couper. Quand mes régiments ne me servent pas, je les casse. Que gagnerez vous quand vous voudrez vérifier l’Édit ? Aussi bien le ferai-je passer. [...] »

Pierre de l'Estoile, Journal inédit du règne de Henri IV : 1598-1602. Édité par E. Halphen en 1862. Orthographe modernisée.



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