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La dictature de Sylla

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Modifié : 14/05/2011 à 18h07


XCV. Cependant Sylla convoqua les comices. Il s'y donna à lui-même de très grands éloges, et dit beaucoup d'autres choses propres à inspirer la terreur. Il annonça qu'il avait l'intention d'améliorer la condition du peuple, s'il voulait suivre son impulsion ; mais qu'il ne voulait pardonner jusqu'à la mort à aucun de ses ennemis , et qu'il déploierait tout le pouvoir dont il était armé contre tous préteurs, questeurs, chefs de corps, ou autres qui avaient servi ses ennemis depuis le jour que le consul Scipion viola le traité qu'il avait fait avec lui. Après ce discours, il prononça la proscription de quarante sénateurs et de seize cents chevaliers. Il paraît qu'il fut le premier auteur de ce genre de condamnation, et le premier aussi qui assura des récompenses à ceux qui égorgeraient les proscrits ou qui révèleraient leurs asiles, et qui prononça des peines contre ceux qui leur aideraient à se dérober à sa vengeance. A peu de temps de là, il proscrivit encore quarante sénateurs ; et plusieurs de ces derniers, pris à l'improviste, furent immolés dans les lieux mêmes où ils furent trouvés, dans leurs maisons, dans les rues, dans les temples. Les cadavres des uns furent portés en triomphe au bout des piques vers Sylla, et jetés à ses pieds. Les cadavres des autres furent traînés et outragés de toutes les manières, sans qu'aucun de ceux dont les yeux rencontraient ces spectacles épouvantables osât dire un mot tant la terreur était profonde. D'autres furent condamnés à l'exil. D'autres eurent leurs biens confisqués. Des perquisiteurs furent mis en campagne, et se répandirent de tous les côtés, pour déterrer ceux qui s'étaient sauvés par la fuite, et ils égorgèrent tous ceux qui leur tombèrent entre les mains.

XCVI. Ces mesures furent étendues sur les villes de l'Italie. On y égorgea, on y bannit, on y dépouilla de leurs biens tous ceux qui avaient agi sous les ordres de Norbanus, de Carbon, de Marius, et des chefs qui leur étaient subordonnés. [...]

XCVIII. Cependant Sylla, vraiment roi ou tyran, non pas par élection, mais par violence et par force, sentit qu'il avoit besoin de mettre les apparences électives de son côté ; et voici ce qu'il imagina. C'était la vertu qui donnait anciennement des rois aux Romains ; et lorsque le roi régnant venait à mourir, les rênes de l'État passaient, successivement, de cinq en cinq jours, entre les mains d'un des membres du sénat, jusqu'à ce que le peuple eût donné un successeur au roi défunt ; et celui qui portait ainsi le sceptre pendant cinq jours, ils l'appelaient l'entre-roi. Lorsque le consulat eut pris la place de la royauté, c'étaient les consuls dont la magistrature expirait qui présidaient aux comices pour l'élection des nouveaux consuls ; et lorsque, par événement, les consuls en fonction étaient loin de Rome, on nommait un entre-roi pour les remplacer ; et, cela fait, les comices consulaires étaient convoqués. En conséquence de cet usage, et de la circonstance présente qu'il n'y avait point de consuls, puisque Carbon avait péri en Sicile, et Marins à Préneste, Sylla étant allé quelque part hors de Rome, envoya ordre au sénat d'élire un entre-roi. Le Sénat élut Valerius Flaccus, espérant qu'il présiderait en effet les comices consulaires. Mais Sylla adressa un message à Flaccus, pour le charger de dire au peuple qu'il était d'avis, et qu'il croyait utile que, pour le moment, on conférât à Sylla la magistrature connue sous le nom de dictature, chose qu'on n'avait point vue depuis cent vingt ans ; et qu'en l'élisant dictateur, ce ne fut point pour le terme ordinaire, mais jusqu'à ce que Rome, l'Italie et tout l'Empire romain auraient cessé d'être agités par les séditions, et auraient repris une assiette fixe. [...]

XCIX. D'après ce message, les Romains n'ayant plus de volonté politique, ne pouvant plus rien délibérer selon les lois, se regardaient comme absolument dénués de tout intérêt dans les affaires ; et, dans cette déconfiture de tous leurs droits, ils embrassèrent ce simulacre d'élection, comme l'image, comme le fantôme de la liberté, et ils investirent Sylla du pouvoir suprême pour tout le temps qu'il voulut. Car l'autorité d'un dictateur était une véritable tyrannie. Antérieurement, on ne l'avait décernée que pour peu de temps. Ce fut la première fois que, décernée sans terme fixe, elle constitua une tyrannie parfaite. On ajouta, à la vérité, pour colorer les expressions du décret, qu'on élisait un dictateur pour faire des lois telles qu'il les jugerait convenables et utiles au bien de la république.

Appien, Les Guerres civiles à Rome, I. Traduction de J. J. Combes-Dounous, 1808.



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