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La souveraineté du peuple en question à Athènes

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Modifié : 02/09/2015 à 10h19


Les Suppliantes d'Euripide, tragédie jouée pour la première fois vers 423 av. J.-C., est consacré à la guerre des sept chefs, une expédition militaire montée contre Thèbes une génération avant la guerre de Troie dans la mythologie grecque. Thésée était un roi mythique d'Athènes.

LE HÉRAUT THÉBAIN.

[...] La ville d'où je viens est gouvernée par un seul, et non par la multitude : on n'y voit pas un orateur agiter les têtes par de vains discours, ni tourner les esprits de côté et d'autre, au gré de son intérêt particulier ; l'on n'y voit point le même homme, d'abord chéri et jouissant d'une haute faveur, encourir bientôt la haine, puis, couvrant ses fautes passées sous le voile de la calomnie, se dérober au châtiment. Et comment le peuple, incapable de suivre un raisonnement avec rectitude, pourrait-il régler sagement l'Etat ? Car le temps, bien plus qu'une ambition hâtive, donne le savoir. L'ouvrier, le pauvre qui vit de son travail, et dont les occupations grossières entretiennent l'ignorance, serait incapable de s'occuper des affaires publiques. Et n'est-il pas odieux pour les hommes supérieurs, de voir un vaurien, revêtu des plus hautes dignités, gouverner le peuple par sa parole, lui qui naguère n'était rien ?

THÉSÉE.

[...] Rien de plus funeste à l'Etat qu'un tyran : là d'abord l'autorité des lois n'est plus générale ; lui seul dispose de la loi, et elle n'est plus égale pour tous. Mais les lois écrites donnent au faible et au puissant des droits égaux ; le dernier des citoyens ose répondre avec fierté au riche arrogant qui l'insulte ; et le petit, s'il a pour lui la justice, l'emporte sur le grand. La liberté règne où le héraut demande : « Qui a quelque chose à proposer pour le bien de l'Etat ? » Celui qui veut parler se fait connaître ; celui qui n'a rien à dire garde le silence. Où trouver plus d'égalité que dans un tel Etat ? Partout où le peuple est le maître, il voit avec plaisir s'élever de vaillants citoyens ; mais un roi voit en eux autant d'ennemis, et il fait périr les plus illustres et les plus sages, par crainte pour sa tyrannie. Comment un état pourrait-il encore être fort, quand un maître y moissonne l'audace et la jeunesse, comme on fauche les épis dans un champ au printemps ? A quoi bon amasser des biens et des richesses pour ses fils, si l'on travaille seulement à enrichir le tyran ? Qui prendra soin d'élever ses filles honnêtement dans sa maison, pour préparer des voluptés au tyran dès qu'il le voudra, et des larmes à sa famille ? Plutôt mourir que de voir mes filles devenir la proie de la violence !

Euripide, Les Suppliantes, traduit par M. Artaud dans Tragédies d'Euripide, Paris, Charpentier, 1842, pp. 464-465.



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