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La monarchie française de la Renaissance (1515-1559)

Auteur : Thibault
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Modifié : 27/10/2012 à 10h54


Les règnes de François Ier et de Henri II s'inscrivent dans une période de relatif calme intérieur, le « beau XVIe siècle ». François Ier, né en 1494, représentant des Valois, va régner de 1515 à 1547 ; son fils et successeur Henri II de 1547 à 1559. La France n'est alors pas unie, mais morcelée politiquement entre le territoire royal et de nombreux fiefs, qui vont peu à peu être intégrés. L'unification progresse de façon constante tout au long de l'Ancien Régime. Dans ce premier XVIe siècle, les guerres d'Italie liées aux rivalités avec les Habsbourg vont avoir une influence considérable sur la politique du souverain : l'influence de la Renaissance italienne pénètre profondément dans le royaume et les dépenses engendrées par la guerre vont entraîner d'importantes réformes en matière financière notamment. Durant cette période, le protestantisme se propage en France, la monarchie ne réagissant que tardivement ; après 1540, les problèmes religieux deviennent particulièrement préoccupants.


Une monarchie de la Renaissance


Une politique de prestige dans les arts et les lettres


François Ier est un roi fasciné par la Renaissance italienne. Il s'entoure à sa Cour de lettrés et d'artistes italiens, tel Léonard de Vinci qui restera en France jusqu'à sa mort. Ce dernier, très proche du roi, emmène dans ses bagages ses oeuvres les plus célèbres dont La Joconde, La Vierge ou l'Enfant Jésus et sainte Anne. A l'initiative de l'humaniste Guillaume Budé, le roi fonde en 1530 le Collège des Lecteurs royaux, ancêtre du Collège de France. On y étudie les langues anciennes mais aussi des matières scientifiques (matières alors considérées comme « peu nobles »), ce qui constitue une nouveauté en son temps.
Le roi favorise enfin le développement de l'imprimerie en France, technique encore récente (mise au point vers le milieu du XVe siècle), et constitue la Bibliothèque royale.

Roi bâtisseur, il érige de nombreux châteaux somptueux comme celui d'Amboise ou de Blois. Le château de Chambord, dont la construction est entamée au début du règne, affiche des influences italiennes très prononcées. Le plus grand projet de François Ier reste néanmoins la reconstruction presque complète du château de Fontainebleau, qui devient sa résidence favorite.

Henri II va s'inscrire dans le domaine des arts dans la continuité de son père. C'est sous son règne que la Renaissance atteint son plus haut degré, notamment dans les arts et les lettres avec les poètes de la Pléiade ou les écrivains Michel de Montaigne et Etienne de la Boétie.

L'ordonnance de Villers-Cotterêts et la langue française


Le 10 août 1539, François Ier signe l'ordonnance de Villers-Cotterêts, une ordonnance de 192 articles qui contient deux articles d'une grande importance pour la langue française : celle-ci devient la langue du pouvoir royal et de l'administration. Désormais, les contrats, actes et arrêts doivent être rédigés en français et non plus en latin. Le français va peu à peu s'imposer dans tout le royaume à partir du bassin parisien puis des grandes villes de province, même si l'unification linguistique ne date que du XXe siècle.

Les poètes Joachim du Bellay et Pierre de Ronsard vont devenir les défenseurs et promoteurs de la langue française, puisant dans le langage des ouvriers, du terroir, et inventant parfois de nouveaux mots à partir du grec et du latin.

Les débuts de la Réforme protestante en France


La Réforme luthérienne, suite aux écrits de l'allemand Martin Luther, rencontre un grand succès en France grâce à l'évangélisme humaniste qui prône une foi plus intériorisée et un retour aux textes. Dans les premiers temps de la Réforme, le pouvoir royal ne s'affole pas, ne prenant pas la mesure du danger qui le guette. Un événement va considérablement modifier la donne. Dans la nuit du 17 au 18 octobre 1534 des affiches sont placardées un peu partout dans le royaume avec un contenu très injurieux pour les catholiques (dont une affiche sur la chambre du roi à Amboise) : c'est l'affaire des Placards. François Ier prend conscience de la gravité de la situation. Désormais, les partisans de la Réforme se voient réprimés de façon officielle. Des bûchers sont dressés, des livres interdits. Un grand nombre d'animateurs de la Réforme choisissent l'exil, notamment Calvin à Bâle puis à Genève. Ce changement de cap marque un tournant dans la politique royale.

Son successeur Henri II pratiquera une politique de fermeté totale, affichant clairement sa volonté d'éradiquer le protestantisme. Il créé le Chambre ardente, Cour de justice destinée à la répression de la Réforme. L'imprimerie est mise sous étroite surveillance. La répression est cependant sans effet, les persécutions renforçant l'attachement à la foi protestante en conférant à ses adeptes le statut de martyr.


Les guerres d'Italie et les rivalités avec les Habsbourg


Origines et premiers affrontements


François Ier poursuit les guerres d'Italie antérieures à son règne. Ces guerres démarrent en 1481, quand Charles d'Anjou, dans un testament, lègue ses terres françaises et ses possessions italiennes de Naples au roi de France, bien que les Anjou aient été chassés de la ville par le roi de Navarre. La 1ère guerre d'Italie (1494-1497) s'engage lorsque Charles VIII décide de prendre le titre de roi de Naples et de s'emparer de la ville (1495). Il doit rentrer précipitamment en France devant une coalition réunissant le pape, l'empereur, les rois catholiques, Milan et Venise. Louis XII, qui lui succède, retente l'expérience mais doit renoncer avec regret à ses prétentions italiennes.

En 1515, François Ier ouvre la 5ème guerre d'Italie dès son accession au trône. Il traverse très rapidement la péninsule italienne sans rencontrer de grande résistance. Le roi, allié à Venise, remporte une victoire décisive à Marignan, près de Milan, sur les mercenaires suisses du pape. Suite à ce succès, une paix perpétuelle est signée avec les cantons suisses (1516), qui s'engagent non seulement à ne plus agresser la France, mais à se mettre définitivement au service du roi (ce traité ne sera jamais trahi). Le roi récupère ainsi les meilleurs mercenaires de son temps et sécurise une partie de la frontière Est du royaume. La même année est conclut le concordat de Bologne avec le pape qui permet au roi de nommer le sommet de la hiérarchie ecclésiastique française. Si François Ier renonce à Naples, les Habsbourg reconnaissent à la France la possession du Milanais.

La rivalité avec Charles Quint


Le conflit entre Charles Quint et François Ier se présente comme une rivalité personnelle entre deux princes fougueux qui débute à la mort de l'empereur du Saint Empire Romain Germanique en 1519. Cet empire est un empire électif, la charge d'empereur revenant à celui qui aura été élu par les sept grands électeurs. Les deux princes se présentent mais c'est Charles de Habsbourg, roi de Castille et d'Aragon, qui obtient la couronne.
Alors qu'en 1521 la paix semble gagnée en Europe, François Ier profite des difficultés intérieures que rencontre Charles Quint en Espagne pour envahir la Navarre. Charles Quint mène une large contre-offensive : au nord, il s'empare de Tournai et en Italie de Milan (1522). Le connétable de France Charles de Bourbon, suite à des différents avec le roi, passe du côté de l'ennemi et envahit la Provence (1523). François Ier parvient à reprendre Milan en 1524 mais mène ses armées au désastre devant Pavie (1525) où il est fait prisonnier. Charles Quint pose des conditions très dures au roi (traité de Madrid, 1526) : François Ier est contraint de céder la Bourgogne, de renoncer à ses prétentions sur le Milanais, doit promettre d'épouser la reine Claude (soeur de Charles Quint) ce qui constitue une véritable humiliation. Il doit aussi rétablir le connétable de Bourbon dans ses fonctions (seconde humiliation) et donner ses deux fils en otage à Madrid en échange de sa liberté.

Le traité de Madrid est rejeté dès le retour de François Ier en France. En 1526 est signé le traité de Confédération où les puissances étrangères se déclarent en faveur de François Ier. La Bourgogne refuse de se faire annexer en raison des lois fondamentales du royaume (interdiction de céder à titre définitif une partie du territoire royal). Les hostilités reprennent à l'échelle européenne. Charles Quint investit la péninsule italienne et met à sac Rome en mai 1527, l'armée impériale profanant les lieux de culte et pillant les oeuvres d'art. Les deux rivaux étant en proie à des difficultés financières, un traité de paix est signé à Cambrai en 1529 : Charles Quint renonce à la Bourgogne et François Ier, une nouvelle fois, à ses prétentions italiennes. Le roi de France se réengage à épouser la reine Claude et paye une rançon colossale en échange de la remise en liberté de ses fils.

Les derniers affrontements


Une huitième guerre d'Italie éclate en 1536: à cette occasion, la diplomatie française innove avec le principe de la raison d'Etat. Au nom de cette raison d'Etat, François Ier noue des contacts avec des princes luthériens et signe un traité d'alliance avec l'Empire ottoman de Soliman. Les affrontements recommencent et se succèdent, sans résultats. Le roi et l'empereur se réconcilient en 1538.

En 1542, les affrontements reprennent en Italie (9ème guerre) entre les deux souverains vieillissants. L'Angleterre se retourne à cette occasion et passe du côté des Habsbourg: l'armée anglaise débarque au Nord de la France et avance très vite, approchant à moins de 100 km de Paris. En 1544, une trêve est signée entre François Ier et Charles Quint : le premier renonce à ses prétentions italiennes et le second à la Bourgogne. En 1546 la France conclut un traité de paix avec l'Angleterre : Henri VIII restitue la ville de Boulogne, alors aux mains des Anglais, contre une rançon.

Deux autres guerres d'Italie auront lieu sous Henri II à partir de 1552. Charles Quint, malade et lassé abdique en 1556. Après plusieurs expéditions et affrontements est signé en 1559 le traité de paix définitif du Cateau-Cambrésis entre la France et l'Espagne.


Le renforcement de l'autorité royale


L'exemple des finances


Sous le règne de François Ier, le niveau des prélèvements fiscal reste limité ; cependant de sérieux problèmes de trésorerie reviennent périodiquement. Les organes financiers centraux sont réformés et le personnel des finances doublé. Le trésor de l'Epargne (l'ancêtre du « Trésor public ») est créé en 1523. Le système fiscal se rationalise. Les besoins liés aux guerres alourdissent progressivement la fiscalité, provoquant d'importantes révoltes anti-fiscales dans les années 1540, révoltes qui avaient pourtant disparu depuis le règne de Charles VIII. Le roi François Ier se met à recourir à l'emprunt, notamment auprès des banquiers italiens et des bourgeois de Paris.

La centralisation du pouvoir


De 1515 à 1559 le poids du monde de l'office s'accroît sensiblement : à Paris, le nombre d'officiers royaux passe d'environ 900 au début du XVIe siècle à quelques 1600 en 1559. La Renaissance est le temps de la croissance du personnel monarchique. Plus qu'une fonction, l'office est une dignité. L'officier royal est chargé de nombreuses missions et doit faire preuve d'une grande polyvalence : fiscalité, justice, fourniture des vivres, etc.

François Ier, outre ses guerres, a mené une activité législative très importante : pas moins de 10 volumes d'actes royaux ont vu le jour. Sous son règne, la conception d'un pouvoir monarchique fort gagne les mentalités. Le roi améliore notamment le système judiciaire : ce qui prévalait jusqu'à présent était l'hétérogénéité (justice seigneuriale, justice municipale, justice du Parlement,...). Le système est réorganisé mais demeurera assez chaotique jusqu'à la Révolution française.
Aussi, le roi cherche à limiter les contre-pouvoirs ou pouvoirs perçus comme tels : les Etats généraux (assemblée de députés des trois Etats) sont de moins en moins convoqués, le Conseil du roi est éclaté en sous-conseils plus petits et plus spécialisés. Les grandes familles aristocratiques sont surveillées. Avec le concordat de Bologne de 1516, le roi nomme les membres du haut clergé. Il récompense par ce biais les aristocrates fidèles. Des liens très forts se tissent entre le pouvoir monarchique et l'Eglise gallicane.

Henri II va poursuivre la politique de centralisation et de rationalisation de l'Etat de son père. En 1552, il créé les présidiaux, nouvelle institution judiciaire ayant pour objectif de désengorger les tribunaux et parlements. Il créé un nouveau corps d'agents de l'Etat : les commissaires des partis. Ceux-ci vont vérifier sur le terrain la bonne levée des impôts, la bonne marche de la justice et la bonne organisation des défenses militaires. Leurs rôles se verront renforcés.

Un premier absolutisme à nuancer


Malgré le renforcement de l'autorité royale, il est prématuré de parler d' « absolutisme ». Les décisions royales sont en effet mal appliquées et mettent du temps à atteindre la province (il faut une semaine pour atteindre Paris depuis Rennes). Les moyens de contrôle sont peu nombreux et le poids des traditions et influences locales n'est pas à négliger.
Aussi, plusieurs barrières imposent des limitations au pouvoir royal dont :

  • Les lois fondamentales du royaume (dont l'impossibilité de céder à titre définitif une part du territoire royal).
  • Les corps de la nation : les Grands, les partis.
  • La responsabilité devant Dieu (droit divin) : l'impossibilité d'agir contre toute morale, contre Dieu.





Bibliographie :
BÉGUIN Katia, Histoire politique de la France. XVIe-XVIIIe siècle, Paris, Armand Colin, 2001.
BÉLY Lucien, La France moderne. 1498-1789, Paris, PUF, 2003.

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