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Le royaume de France au siècle de Saint Louis (1180-1316)

Auteur : Thibault
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Modifié : 27/07/2014 à 21h05


Après le règne de Philippe II Auguste, qui marque un tournant dans l'histoire de la France médiévale, le royaume de France entre dans une période de prospérité économique et de calme social relatifs. Parallèlement, l'Etat royal se renforce : le domaine royal s'accroît considérablement (en particulier sous Philippe Auguste), la monarchie se réforme et commence à sortir lentement de ses vieilles structures féodales, le développement de la pensée politique et du droit public contribuent à asseoir l'autorité du roi. Au début du XIVe siècle, le royaume de France est incontestablement devenu une grande puissance en Occident et la dynastie capétienne fait figure de dynastie « chanceuse ».


Un royaume prospère


Le royaume le plus peuplé d'Europe


La quantification des hommes au Moyen Âge pose problème. Il est admis que la France des années 1320 comptait aux alentours de 20 millions d'habitants, dans ses frontières actuelles, ce qui en fait le pays le plus peuplé d'Europe. La croissance de la population a été très soutenue depuis la fin du XIIe siècle à tel point que l'on parle, au siècle de saint Louis, d'un « monde plein ». Cet essor démographique a permis l'accroissement de la production et de la consommation ; mais, les techniques n'évoluant fondamentalement pas et l'espace n'étant pas infini, des problèmes de blocage apparaissent au XIVe siècle.

Au XIIIe siècle, la population réside pour une écrasante majorité dans les campagnes, mais les villes progressent néanmoins en proportion du nombre des hommes : la part de la population urbaine finit par passer à 15 % du total. Paris, qui compte 25.000 habitants au début du règne de Philippe Auguste, en compte 200.000 au début du XIVe siècle, essor qui résulte notamment de l'affirmation de sa fonction de capitale. Partout dans le royaume les villes se dilatent, et des villeneuves (comme Aigues-Mortes, Saint-Aubin-du-Cormier ou Cordes) continuent à être fondées notamment dans le Sud-Ouest.

La vitalité des campagnes


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Scène de vendange (XIIIe siècle).
Conséquence de l'accroissement de la population, les défrichements se poursuivent pour libérer des terres agricoles. Les espaces humides sont également asséchés pour pouvoir en tirer profit. A la fin du XIIIe siècle, les défrichements sont pratiquement achevés, les meilleures terres ayant été mises en valeur. Les terres délaissées sont difficile d'accès ou peu rentables.

Les techniques agricoles n'évoluent quasiment pas. Deux grands types d'instruments aratoires se partagent la France : l'araire, plutôt présente dans le Sud (peu coûteux, adapté à des sols légers et pauvres), et la charrue, davantage présente dans le Nord (elle permet un labour profond mais est coûteuse et peu maniable). La traction animale devient plus efficace du fait de l'abandon de l'attelage antique (qui étouffait l'animal) pour le collier d'épaule (cheval) ou le joug de cornes et de poitrine (bœuf). Les céréales demeurent presque partout la culture dominante. Néanmoins, au XIIIe siècle, se produit une nouveauté qui est l'expansion de la viticulture (culture spéculative), par exemple dans le bordelais. Cette culture profite de l'expansion des villes, demandeuses en vin. La culture des plantes destinées à l'industrie textile (lin, chanvre, guède) progresse aussi.

Le XIIIe siècle fait figure d'un âge d'or pour les ruraux. Si le siècle est traversé périodiquement de crises, aucune calamité majeure ne vient s'abattre sur la France (contrairement au siècle suivant). D'autre part, la pression seigneuriale diminue avec le recul du servage, la diminution des charges et la mise en place de franchises (accords juridiques entre le seigneur et les exploitants). La condition juridique des ruraux progresse donc.

L'essor des villes et leur rayonnement


Au cours du siècle de saint Louis, la taille des villes s'accroît. Si Paris fait figure de métropole par sa population (200.000 habitants au début du XIVe siècle), la France compte alors d'autres très grandes villes comme Gand, Rouen, Bruges, Toulouse et Tours, chacune comptant 50.000 habitants ou les approchant. Cependant, le poids et l'influence des villes du royaume dépassent largement leur poids démographique.

La ville est alors un grand centre de consommation et d'échanges, ainsi qu'un lieu de production par l'artisanat local. Les artisans et commerçants s'organisent en « métiers » dotés de statuts et sous le contrôle des autorités. Le métier, rassemblant les acteurs économiques en secteurs, vise à assurer la qualité du produit, organiser les rapports entre patrons, ouvriers et apprentis et à éliminer la concurrence. La ville est aussi un siège des pouvoirs. Les évêques y résident, ainsi que de grands laïcs (seigneurs ou autres personnages d'influence). Les baillis et sénéchaux y logent, disposant d'un logement de fonction.

Enfin, les villes sont le lieu d'un intense bouillonnement intellectuel. Des universités y sont fondées au cours du XIIIe siècle : Paris au tout début du XIIIe siècle, Toulouse en 1229, Montpellier en 1239, Avignon en 1298 et Orléans en 1306. L'Etat royal y recrute à leurs sorties des juristes, qui deviennent serviteurs de l'Etat, tandis que les théologiens font carrière au sein de l'Eglise. Ces universités participent grandement au développement de la pensée politique et du droit public, cause (parmi d'autres) de la croissance du pouvoir royal.


La croissance du pouvoir royal


L'agrandissement du domaine royal


En 1180, le domaine royal, territoires relevant directement du roi (à ne pas confondre avec le royaume), se réduit à peu de choses : le bassin parisien jusqu'à Orléans et Sens au Sud ainsi qu'un territoire autour de Bourges. Le règne de Philippe II Auguste (1180-1223) marque un tournant. Le roi acquiert les comtés d'Amiens (1185) et de Vermandois (1191) et, à partir de 1202, de nombreux territoires du fait de la guerre contre le roi d'Angleterre : le duché de Normandie par commise (1204), le Maine, l'Anjou, la Touraine, ... Les rois qui se succèdent après Philippe II agrandissent le domaine royal par les guerres, les mariages (dots) ou les achats de terres. Louis VIII, malgré la brièveté de son règne (1223-1226), parvient à mettre fin aux espoirs d'hégémonie du comte de Toulouse par son intervention dans la croisade des Albigeois et le traité de Paris qui en résulte (1229). Le traité prépare la réunion du comté de Toulouse au Domaine.

Sous le règne de saint Louis, les traités de Corbeil (1258) et de Paris (1259) consolident les positions du roi de France. Par le premier, le roi renonce à la suzeraineté sur la Catalogne et le Roussillon en échange de l'abandon des prétentions du roi d'Aragon sur le Toulousain et le Languedoc ; par le second, le roi d'Angleterre renonce à la Normandie, au Maine, à l'Anjou, à la Touraine et devient homme-lige du roi de France, lequel rend au roi d'Angleterre une partie des territoires perdus depuis le début du siècle et lui verse une indemnité.

En 1314, à la mort de Philippe IV le Bel, le domaine royal couvre les deux tiers du royaume, touchant les trois mers (la Manche, l'Atlantique, la Méditerranée). Cinq grands ensembles échappent encore au roi de France : le duché de Guyenne (possession du roi d'Angleterre), le duché de Bretagne, le duché de Bourgogne, le comté de Blois et la Flandre.

Le renforcement de l'appareil de gouvernement


Au XIIIe siècle, deux tendances se font jour : la tendance à la séparation du service du roi et celui de l'Etat, et la spécialisation des services gouvernementaux. Jusqu'au XIIIe siècle, le roi, pour gouverner, s'appuyait sur la Cour, c'est-à-dire l'assemblée de ses vassaux, lui apportant leur aide et conseils. Le perfectionnement des techniques de gouvernement (la procédure d'enquête, les techniques comptables, etc.) conduisent à l'éclatement de cette cour féodale. Des organes spécialisés naissent telle la cour de parlement qui rend la justice au nom du roi. En 1190, partant pour la croisade, Philippe II Auguste institue un « bureau » de vérification des comptes à Paris, bureau qui va devenir au XIIIe siècle la Chambre des comptes, contrôlant les recettes et les dépenses. Les archives royales cessent d'être ambulantes à partir de leur perte à la bataille de Fréteval (1194) et sont installées à la Sainte-Chapelle à Paris.

Au niveau provincial apparaissent les baillis (dans le Nord) et les sénéchaux (dans le Sud) sous le règne de Philippe II Auguste, chargés de contrôler la gestion des prévôts et de rendre la justice localement. D'abord ambulants, sans ressort géographique déterminé, ils s'implantent au cours du XIIIe siècle dans des territoires déterminés (vers 1260) et deviennent de véritables officiers royaux permanents.

Au XIIIe siècle, les revenus de la monarchie dépendent encore essentiellement de l'exploitation du Domaine royal. La croissance de l'Etat et les guerres nécessitent de nouvelles rentrées fiscales. Au début du XIVe siècle, Philippe IV le Bel met en place des impôts ponctuels, directs ou indirects, pour faire face aux besoins d'argent de la monarchie, comme la maltôte, impôt indirect sur les transactions et contrats (1292), ou la contribution par feu, impôt direct (1304).

La mise en place d'une idéologie royale


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Couronnement de Philippe Auguste (Grandes Chroniques de France).


L'action des intellectuels de l'entourage royal, le développement de la réflexion politique et du droit public, et le prestige royal affermi par l'histoire et la religion contribuent à la mise en place d'une véritable « religion royale ».

Le « miracle capétien » (la présence jusqu'en 1328 d'un descendant mâle pour la succession) facilite le renforcement du prestige de la dynastie. A l'avènement de chaque roi, le sacre rappelle l'élection divine du lignage royal par la Sainte Ampoule (fiole qui aurait été apportée par un ange sous la forme d'une colombe pour le baptême de Clovis) ; de même, les funérailles royales participent à marquer les rois d'une empreinte sacrée. Au milieu du XIIIe siècle, des juristes, tel Jacques de Révigny, écrivent qu'aucun prince ne saurait être supérieur au roi, pas même l'empereur du Saint-Empire (rex est imperator in regno suo, « le roi est empereur en son royaume »). En 1254, saint Louis évoque la « solennité de sa royale puissance ». A la fin du XIIIe siècle, le titre archaïque de « roi des Francs » disparaît pour celui de « roi de France ».

Les chroniqueurs contribuent à forger la légende des rois et à l'ancrer dans la profondeur des temps. Ainsi, Guillaume le Breton, chroniqueur du règne de Philippe II Auguste, héroïse le roi dans sa Gesta Philippi et ses Philippides. Vers le milieu du XIIIe siècle, les moines de l'abbaye de Saint-Denis compilent en un livre unique, les Annales, les récits des règnes des différents rois, œuvre qui jette les bases des futures Grandes Chroniques de France.

A l'abbaye de Saint-Denis, lors du réaménagement des tombeaux royaux sous le règne de saint Louis, le tombeau de Louis VIII (descendant des Carolingiens par sa mère) est symboliquement placé à la charnière des dynasties carolingiennes et capétiennes, faisant ainsi remonter la dynastie à des temps immémoriaux.



Bibliographie :
CASSARD Jean-Christophe, L'âge d'or capétien, 1180-1328, Paris, Belin, 2011.
KERHERVÉ Jean, Histoire de la France : la naissance de l'Etat moderne. 1180-1492, Paris, Hachette, 1998.
VERNEUIL Christophe, Etat et Etat-nation en France du XIIIe siècle à nos jours, Paris, Ellipses, 2012.

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