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L'Histoire de France, de l'Europe & du Monde

Auguste, fondateur du principat, a cherché très tôt à assurer sa succession, ce qui signifie qu’il souhaitait installer une dynastie. En théorie, la République n’est pas abolie ; dans les faits, c’est l’Empire qui s’impose. La succession réussie de Tibère installe le régime impérial : il n’y a alors plus de contestation de la légitimité dynastique. Successivement, Tibère, Caligula, Claude et Néron parviennent au pouvoir en tant que membres de la famille impériale, les Julio-Claudiens (alliance de la famille des Julii et de celle des Claudii). Lorsque les Julio-Claudiens chuteront, leurs successeurs chercheront aussi à imposer une lignée dynastique.

Tibère, premier successeur d’Auguste (14-37)

Un empereur qui n’aurait pas dû régner

Après la mort successive de tous ses héritiers (Marcellus, Agrippa, Gaius et Julius César), Auguste se voit contraint de désigner comme successeur Tibère, personnage qu’il n’aime guère : c’est un choix par défaut. Il ne s’agit cependant pas d’un inconnu puisqu’il a été questeur en 23 av. J.-C. Revêtu en 13 d’un imperium majus (co-régent de l’Empire), il est le véritable souverain les mois qui précèdent la mort d’Auguste. Auguste place les amis de Tibère à des postes importants et, avant sa mort (survenue en 14), il le contraint d’adopter le jeune et populaire Germanicus en vue de la préparation d’une ligne dynastique. Lorsqu’il succède au fondateur du principat, Tibère a déjà 56 ans : il est perçu comme un empereur de transition. Il récupère les biens et la clientèle d’Auguste et développe le culte impérial. Il règle les détails de l’apothéose d’Auguste qui est divinisé.

Le principat de Tibère

Buste de Tibère.Tibère est un empereur fidèle à son devoir d’administration qui prend exemple sur la politique augustéenne : il refuse ainsi tous les honneurs que lui accorde le Sénat, base son pouvoir sur la puissance tribunicienne et garde la même politique intérieure.
Le début du règne se déroule plutôt bien, malgré deux mutineries au Nord (aux frontières de la Germanie et en Pannonie) rapidement matées (14), des difficultés en Afrique avec la révolte de Tacfarinas (de 17 à 24) et des rébellions en Gaule du Nord-Est causées par les magistrats Florus et Sacrovin (en 21). Germanicus meurt en 19, privant l’Empire d’un appui solide et d’un héritier doté d’indéniables qualités.
A partir de 23 apparaît sur la scène politique Séjan. Personnage issu d’une famille équestre, habile et ambitieux, il parvient à obtenir la confiance totale du prince. Il se constitue une clientèle, devient le personnage le plus puissant de l’Empire derrière Tibère et ambitionne de lui succéder. L’empereur se retirant à Capri (Sud de l’Italie) pour régner, Séjan prend à Rome le rôle de vice-empereur : il reçoit un imperium proconsulaire, un siège au Sénat et le consulat, avec Tibère, en 31. Agacé par la longévité de Tibère (il a 73 ans), Séjan décide de brusquer les choses en organisant un complot qui est découvert. Alerté, Tibère nomme secrètement à Rome un nouveau préfet du prétoire, Macro, lequel fait arrêter et exécuter le trop ambitieux Séjan. Le réseau de clientèle de Séjan est décapité et une série de procès est entamée devant le Sénat.

Tibère restera profondément affecté par les intrigues de Séjan. Il vit encore 6 ans à Capri, sans revenir à Rome, sombrant alors dans une misanthropie profonde. Entouré par des fidèles, des médecins et des astrologues, il continue néanmoins à gérer scrupuleusement l’Empire. Il décède le 16 mars 37, probablement de mort naturelle, sans avoir préparé sa succession : il semble qu’il hésitait entre différents personnages.

L’Empire sous Tibère

Le règne de Tibère est globalement un règne de paix et de stabilité dans l’Empire. Le successeur d’Auguste ne cherche pas agrandir l’Empire et évite les guerres importantes. Il dote la région du Danube d’Etats tampons et gère la diplomatie avec les Parthes. Tibère s’assure du soutien de l’armée avant celui du Sénat, et installe une garnison militaire à Rome (garde prétorienne).
Economiquement, Tibère parvient à surmonter la crise de 33, qui frappe les riches et les hommes d’affaires. L’administration centrale s’agrandit et se perfectionne. A la fin de son règne, le Trésor compte 2700 millions de sesterces, situation confortable pour son successeur.

Les empereurs Caligula et Claude (37-54)

Caligula (37-41), un empereur fou ?

Né en l’an 12, Caligula est le dernier fils de Germanicus, il a 26 ans lorsqu’il devient empereur. Au début de son règne, il est largement soutenu par l’armée et les Romains. Caligula se distingue par son refus du système augustéen : dès le 18 mars 37, il obtient le serment des prétoriens et des soldats, l’investiture sénatoriale, le titre d’imperator, la puissance tribunicienne, le grand pontificat et peu après le titre de Père de la Patrie. L’ensemble de ces pouvoirs est réuni très rapidement par ce jeune prince, alors qu’Auguste ou Tibère avaient attendu des années pour les obtenir ou les avait en partie refusés. Est-ce une volonté d’en finir avec l’hypocrisie du système (pouvoir personnel masqué par des apparences républicaines) ou une première manifestation de sa folie ? En effet, selon les commentateurs de l’époque, Caligula est un empereur fou. Dès octobre 37 il serait tombé dans une grave dépression nerveuse et aurait entamé, selon Suétone, une politique extravagante et cruelle (qui ne se traduisit cependant pas par un dérèglement majeur dans l’Empire). Des dépenses folles sont engagées en Jeux, constructions inutiles et autres gaspillages, si bien que les caisses garnies du Trésor laissées par Tibère sont vidées. Fasciné par l’Orient, il adopte le style du despote oriental, exigeant la proskynèse (génuflexion en guise de salut) et s’auto-déifiant. Il s’attire les foudres du Sénat par ses insultes à l’encontre de ses membres.
Le 24 janvier 41, il est assassiné par une conspiration de prétoriens et d’affranchis impériaux, dans l’indifférence générale. Son règne court reste énigmatique.

Le règne de Claude (41-54)

Frère de Germanicus, neveu de Tibère et oncle de Caligula, Claude est né à Lyon en 10 av. J.-C. et accède à la tête de l’Empire à l’âge de 52 ans. Suite à l’assassinat de Caligula, il est proclamé empereur par les prétoriens et est ensuite investi par le Sénat (25 janvier 41). Fidèle à la politique dynastique, il fait exécuter les meurtriers de Caligula.
Durant son règne, Claude réforme l’administration centrale : les bureaux spécialisés tenus par des affranchis impériaux sont multipliés. De grands travaux publics sont entrepris : aqueducs, création du Portus (grand port près de Rome). Il renoue enfin avec des usages augustéens : il agit en accord avec le Sénat, refuse les honneurs excessifs liés au culte impérial et s’attache aux traditions romaines (célébration en 47 des Jeux séculaires, agrandissement de l’enceinte sacrée du pomoerium).

La fin du règne de Claude est marquée par les intrigues de ses deux dernières épouses. Messaline, troisième femme de Claude, donne à l’empereur deux enfants : Britannicus et Octavie. Elle est exécutée en 48 après avoir épousé publiquement Caius Silius, qui nourrissait de grandes ambitions pour l’Empire. Quatrième et dernière femme de Claude (à partir de 49), Agrippine (dernière descendante directe d’Auguste) a le goût du pouvoir. Elle lui fait adopter Claudius Nero (futur Néron), né d’un premier mariage avec un certain Domitius Ahenobarbus, et l’impose pour la succession au détriment de Britannicus. Sénèque est appelé et nommé précepteur du futur empereur. Claude meurt le 13 octobre 54, peut-être empoisonné par sa femme, car il aurait à la fin de sa vie décidé de placer sur le même plan de succession Néron et Britannicus (des incertitudes historiques demeurent).

La politique extérieure de Claude

La politique étrangère de Claude s’inspire de la prudence d’Auguste, mais il doit corriger les erreurs commises par son prédécesseur Caligula. En 43, l’annexion de la Lycie fait rentrer l’Anatolie dans le giron romain. En 44, Claude réduit à nouveau la Judée en province romaine. La Thrace devient aussi une province en 46, à la mort de son dernier roi : Rhoemetalcès III. En Maurétanie, les partisans de l’indépendance sont écrasés. Sur la rive nord de la mer Noire, la présence romaine est renforcée, indispensable à la sécurité des villes grecques.
Mais la grande conquête est la Bretagne : en 43, quatre légions débarquent sur l’île, franchissent la Tamise et s’emparent de Camulodunum en 44, en présence de Claude. Les troupes vont se heurter par la suite aux Silures du Pays de Galle. La Bretagne constitue à partir de Claude une province romaine, et la région active du pays, autour du port de Londinium (Londres), se romanisera assez rapidement.

Néron, un tyran aimé par son peuple (54-68)

Le début du règne (54-62)

Portrait de Néron.Né en 35 à Antium, arrière-arrière-petit-fils d’Auguste par sa mère, Néron a été formé dans sa jeunesse par son précepteur Sénèque, philosophe stoïcien. C’est un homme de goût qui compose des poèmes raffinés, qui aime la musique et les arts. Il se sert de ses dons pour briller en public et ne cache pas son penchant pour la Grèce. A la mort de Claude, il a donc 17 ans et il devient empereur sans difficulté. Néron se présente au camp prétorien et y est acclamé imperator ; le Sénat lui confère aussitôt tous les pouvoirs, sauf le titre de Père de la Patrie, accepté qu’un peu plus tard.

Le début du règne est heureux, sans contestation ; et l’empereur est très bien entouré (Sénèque et Burrhus qui est préfet du prétoire). L’apothéose de Claude est décrétée. Le partage théorique du pouvoir entre le Sénat et le prince est respecté. L’assassinat politique de Britannicus en 55 est en revanche mal perçu. Poussé par Poppée, femme élégante et ambitieuse qui l’exhorte à se débarrasser de ceux qui lui font obstacle, il fait assassiner sa mère Agrippine en 59, dans une certaine indifférence générale.
Au niveau extérieur, une guerre en Arménie se déclenche et les Parthes sont chassés en 58. Une révolte en Bretagne menée par la reine Boudicca est rapidement réglée en 61.

Vers un pouvoir autocratique (62-65)

L’année 62 voit la mort naturelle de Burrhus, le préfet du prétoire. Néron renvoie Sénèque et s’engage vers un exercice du pouvoir plus autoritaire. Tigellin, nommé préfet du prétoire en 62, hostile au Sénat, prend de plus en plus d’importance. L’opposition est de plus en plus marquée entre le prince et le Sénat. Néron réoriente le culte impérial et se rapproche des pratiques augustéennes. Il rend un culte à Apollon, Hélios, Hercule et Mars.
Peu à peu, Néron acquiert la passion de sa popularité et met sa politique en spectacle. Il donne des Jeux et distribue du blé à un peuple qui le considère comme son protecteur (la popularité de l’empereur restera importante jusqu’à sa mort). Quand Néron part en voyage en 64, Rome est le théâtre de grandes manifestations publiques de chagrin. La même année (en juillet), l’empereur bénéficie du soutien inconditionnel du peuple lors de l’incendie de Rome, alors que ses ennemis répandent la rumeur qu’il en est responsable. Néron prend les mesures nécessaires, ouvre ses jardins aux sinistrés et désigne les Chrétiens comme responsables (d’où la haine des Chrétiens qui voient en Néron l’Antéchrist). Il restructure Rome et fait adopter les plans d’un nouvel urbanisme censé rendre la ville à la fois plus sûre et plus belle. Il en profite pour faire construire la Maison dorée, grand palais richement décoré.

La fin d’une dynastie (66-68)

Les dépenses importantes de Néron ne permettent pas de s’appuyer sur le seul Trésor. La perception fiscale devient plus rigoureuse et une politique de vastes confiscations dans les domaines impériaux voit le jour.
Les erreurs et extravagances de l’empereur font apparaître des faiblesses et suscitent des complots. Des sénateurs et écrivains stoïciens se mettent à considérer Néron comme un tyran. Une conspiration menée par Pison, en 65, est déjouée par Tigellin. L’élite politique et intellectuelle de Rome est décimée : l’écrivain Pétrone, les stoïciens Thrasea et Barea Soranus et bien d’autres disparaissent. Néron s’enferme dans une politique autoritaire et implacable envers ses ennemis. L’empereur part en Grèce où il proclame la liberté des cités (exemptées du tribut des provinciaux), participe à des Jeux où il remporte toutes les couronnes, et fait creuser le canal de Corinthe (chantier inachevé). Dans le même temps, le préfet du prétoire Tigellin fait régner la terreur à Rome, ce qui est très mal vécu par les Romains.
Rentré à Rome en 68, Néron apprend la révolte de Vindex, légat de Jugdunaise (région de Lyon), alors que les intrigues se multiplient et qu’une disette s’installe. Néron s’engage dans une politique incohérente et paranoïaque qui aggrave la situation. Il impose le suicide à plusieurs généraux, dont le grand Corbulon, et perd le soutien de la majeure partie de l’armée. Galba, légat de Tarraconaise, prend le relais de Vindex battu, et se rallie Macer (légat de la IIIe légion en Afrique) et Othon (gouverneur de Lusitanie), tandis que le Sénat proclame Néron ennemi public. Paniqué, le dernier juléo-claudien s’enfuit presque seul et se suicide le 9 juin 68.

Après la suicide de Néron en 68, il n’y a plus aucun candidat julio-claudien pour la succession. Le Sénat vote le damnation memoraie (mémoire maudite) du dernier empereur, et les témoignages littéraires sur son règne sont très accablants. Il s’en suit une courte guerre civile (l’année des « quatre empereurs ») entre Galba, Othon, Vitellius et Vespasien, ce dernier sortant vainqueur et instaurant la dynastie flavienne. Il s’impose par la force armée, rétablit l’ordre et se déclare fils spirituel d’Auguste.

Bibliographie :
Bordet, Marcel. Précis d’histoire romaine. Armand Colin, 1998.
Christol, Michel ; Nony, Daniel. Rome et son empire. Hachette supérieur, 2007.
Le Glay, Marcel ; Voisin, Jean-Louis ; Le Bohec, Yann. Histoire romaine. PUF, 2005.
Petit, Paul. Histoire générale de l’Empire romain. Le Haut-Empire (Tome 1). Seuil, 1974.

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