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Un industriel député contre le droit de grève (1864)

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Modifié : 16/12/2012 à 14h24


... Vous savez tous, messieurs, que la première condition économique de l'industrie, c'est la division du travail ? Le produit le plus simple en apparence nécessite plusieurs mains-d'oeuvre. Ainsi les forges, les filatures, les teintureries, les fabriques de tabac, etc... sont divisés en plusieurs ateliers dans lesquels s'opère la transformation successive de la matière première ; chaque atelier a sa destination propre, accomplit un travail spécial, non seulement dans les grandes manufactures, mais même dans les industries qui s'exercent à domicile.

Ces ateliers sont tous dépendants et solidaires les uns des autres, chacun fournit à l'autre le travail de la journée ou celui du lendemain.

Prenons pour exemple une filature qui emploie 500 personnes, le quart au plus est composé d'hommes, et les trois autres quarts de femmes et d'enfants.

Les hommes travaillent dans des ateliers distincts. Eh bien ! il suffira que quelques-uns d'entre eux soient mécontents, qu'une occasion favorable se présente, comme une demande plus active des produits fabriqués, pour qu'ils entraînent leurs camarades et les excitent à demander une augmentation de salaire. Ils le feront inopinément avec toutes les formes voulues par la loi ; et sur le refus du patron peu disposé peut-être à céder à une pression de ce genre, ils se mettront en grève, ils en auront le droit, c'est cette liberté que la loi proposée veut leur donner.

Ce sera en effet de la liberté pour eux, je le reconnais, mais sera-ce aussi de la liberté pour les 400 autres ouvriers qui ne demandent qu'à continuer leur travail et qui seront forcées de quitter leurs métiers parce qu'ils ne pourront plus préparer des matières qu'on ne mettra pas en œuvre ?...

Ces 400 pauvres femmes et enfants se trouveront ainsi sans salaires et sans pain au nom de la liberté.

Mais ce n'est pas tout : les produits de cet établissement doivent être convertis en tissus, ils alimentent un millier de métiers qui occupent 15 à 1600 personnes. Ces 1600 personnes chômeront aussi faute de fils. Ainsi 2000 ouvriers seront privés de travail et de salaires parce qu'il aura plu à quelques mécontents d'user du droit qu'on veut leur donner. ce serait selon moi l'abus le plus odieux de la liberté. Sans doute toutes les grèves n'auraient pas des conséquences aussi malheureuses ; mais si vous voulez bien, par la pensée, appliquer cet exemple à d'autres industries, à l'agriculture, à de certaines grandes entreprises et même à des administrations publiques, vous reconnaîtraient que les conséquences seraient souvent plus graves encore et pourraient être désastreuses dans certains cas.

Corps législatif, Intervention de M. Seydoux au cours de la discussion de la loi sur les coalitions. Séance du 27 avril 1864, Moniteur Universel, 1864, p. 573.



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