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La bataille de Castillon (1453)

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Modifié : 06/03/2012 à 20h02


L'hiver passé et les beaux jours revenus, le roi [Charles VII] décida, en raison des difficultés de l'affaire, de conduire en personne l'expédition de Guyenne. Il avait, en effet, dirigé lui-même une campagne dans ces régions contre les Anglais, à l'époque où il avait mis le siège devant Tartas [...] ; aussi connaissait-il parfaitement le pays. Il rassembla donc de nombreux contingents de cavalerie et d'infanterie et partit avec son armée pour la Guyenne, laissant la Normandie à la garde de l'illustre comte de Dunois, qu'il avait coutume d'appeler « mon cousin » [...].
Le roi arriva donc en Guyenne avec son armée, renforcée de nombreuses machines et de tout un appareil de guerre, et il s'empara sans difficulté de quelques villes et châteaux parmi les moins défendus. Puis il fit mettre le siège devant Castillon, dont la possession lui était nécessaire pour la suite des opérations. Le sire de Talbot était alors à Bordeaux avec beaucoup d'Anglais, de nobles et de particuliers de Gascogne, tant cavaliers que fantassins. Les Français se doutaient qu'il avait l'intention de les grouper autour de lui et qu'il ne permettrait pas que tombe sans résistance la place assiégée de Castillon. Aussi fortifièrent-ils leur camp du mieux qu'ils purent. Ils l'entourèrent d'un fossé profond, d'un mur de terre et même de grands troncs d'arbre, plaçant sur tout le pourtour un grand nombre de machines de guerre nommées serpentine et couleuvrines.
[...] N'estimant pas à leur valeur la puissance des retranchements des Français, [monseigneur de Talbot] résolut non sans témérité de les attaquer dans leur camp. Sortant donc de Bordeaux avec plusieurs milliers de cavaliers et de fantassins tant anglais que gascons, il se dirigea rapidement vers Castillon assiégé, et, comme, emporté par son ardeur et sa témérité, il se figurait qu'il n'arriverait jamais assez vite, il avait avec ses cavaliers, pris les devants sur ses fantassins et sur son artillerie. Dans un lieu assez proche du camp des Français, il rencontra une troupe d'environ 400 francs archers, marchant en débandade, et il les battit sans peine, les tuant jusqu'au dernier.
Ce beau commencement lui sembla un favorable auspice de victoire. Aussi, voyant peu après s'élever au loin comme un nuage de poussière (le temps était alors très chaud et sec), il s'imagina que c'étaient les Français qui, frappés de crainte à l'annonce de son arrivée, s'enfuyaient en abandonnant leur camp, n'osant pas attendre de pied ferma la rencontre. Il pressa donc sa marche et, exhortant ses troupes comme s'il s'agissait de courir au butin derrière des fuyards, il parvint au camp des assiégeants, ayant laissé loin derrière lui ses gens de pieds. Il s'aperçut alors que les Français n'avaient nullement songé à la fuite et qu'au contraire ils l'attendaient de pied ferme. La poussière qu'il avait vue au loin avait été soulevée par les chevaux que les Français avaient fait partir du camp avec des valets d'écurie pour qu'on les conduisit dans des endroits où l'on pourrait trouver du fourrage. [...]
Étant donc arrivé au camp des Français avec une précipitation excessive, et sans attendre son artillerie et son infanterie, montant, disait-on, à plus de dix mille hommes, il résolut d'attaquer. [...] Ils arrivèrent au bord du fossé et s'attaquèrent aux palissades et aux défenses du camp, cherchant à les forcer pour en venir aux mains avec l'ennemi. De leur côté, les Français, très calmes, accueillirent les Anglais à coup de pierres, de décharges de plomb, et de toutes sortes de traits et de projectiles, en tuèrent beaucoup à coups de serpentines, de couleuvrines et d'arbalètes et repoussèrent vaillamment l'assaut.
Entre temps, pendant que l'attaque battait son plein de part et d'autre et que plusieurs Anglais, parmi lesquels le porte-enseigne Thomas [Evringham], étaient tués, il arriva, non par hasard assurément, mais par la volonté de la divine Providence, que monseigneur de Talbot, commandant en chef de l'armée anglaise, fut atteint à la jambe par un coup de serpentine ou de couleuvrine. Talbot blessé, les assaillants repoussés et décimés par les Français, les survivants, frappés d'épouvante et de stupeur, se rassemblèrent autour de leur chef qu'ils savaient blessé. Quand les Français s'en aperçurent et qu'ils virent les Anglais débandés et désemparés, bien qu'ignorant auquel des capitaines ennemis il était arrivé malheur, ils s'élancèrent avec impétuosité hors de leurs retranchements et, se dirigeant en toute hâte du côté où le chef anglais, blessé, gisait à terre, ils le tuèrent, en même temps que l'un de ses fils et plusieurs autres seigneurs. [...] Son armée battue et mise en déroute, les survivants se réfugièrent en grande partie dans la place assiégée de Castillon, évitant ainsi les coups des épées prêtes à les frapper mortellement. Quant à l'infanterie, qui suivait, quand elle eut connaissance du désastre, terrifiée par la mort de son chef et de la plus grande partie des cavaliers et des nobles, elle rebroussa chemin et rentra chez elle. Ensuite, au bout de deux jours, les assiégés, privés de tout espoir de secours, furent forcés de rendre la place à la volonté des vainqueurs.

Thomas Basin, Histoire de Charles VII, t. II, traduit et publié par Ch. Samaran, Paris, Les Belles Lettres, 1944, pp. 190-199.



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