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La bataille de Fontenay-en-Puisaye (841)

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Modifié : 24/01/2012 à 17h59


Quand l'aurore sépara une nuit affreuse des premières lueurs du matin, on vit paraître, non un jour de repos sabbatique (c'était le samedi), mais le fatal météore de Saturne (le samedi est le jour de Saturne). La paix a été rompue entre les frères : un démon sacrilège en tressaillit de joie.
Le cri de guerre retentit, Ici et là le combat terrible commence. Le frère prépare la mort à son frère, l'oncle à son neveu, et le fils à l'égard de son père n'a plus aucune pitié filiale.
Jamais on ne vit carnage plus grand, non, sur aucun champ de bataille. Des chrétiens ont trouvé la mort dans un fleuve de sang. La troupe de génies infernaux est dans l'allégresse et Cerbère ouvre sa triple gueule.
La droite si puissante de Dieu a protégé Lothaire. Pour lui, son bras a été vainqueur ; il a vaillamment combattu. Si tous les autres avaient combattu ainsi, on eût bientôt vu la concorde revenir.
Mais voici ! De même qu'autrefois Judas a livré le Sauveur, ainsi, ô roi, tes propres généraux t'ont livré à l'épée. Sois prudent pour que le loup qui s'avance n'enlève pas l'agneau.
Fontenay, c'est le nom que les paysans donnent à la source et au village qui ont vu le massacre et la ruine, où a coulé le sang des Francs. Les campagnes en ont horreur, les forêts en ont horreur, les marais en ont horreur.
Que jamais la rosée ni la pluie ne rafraichissent la prairie où sont tombés ces braves, si savants dans les combats ! Oh ! qu'on pleure longtemps ceux qui viennent ainsi de mourir !
Je l'ai vu s'accomplir ce grand forfait que je décris dans mon vers, moi Angilbert, je l'ai vu, combattant avec les autres. Seul de beaucoup de guerriers, j'ai survécu aux premières lignes de l'armée.
En détournant la tête, j'ai vu le fond de la vallée et le sommet de la montagne, où le roi courageux, Lothaire, pressait ses ennemis et les forçait à la fuite jusqu'au bord du ruisseau.
Du côté de Charles et aussi du côté de Louis, les campagnes étaient blanches, couvertes de vêtements et de longues lignes mortes, comme elles sont blanches en automne quand les oiseaux s'y reposent.
Mais cette bataille n'est pas digne de louange. Il ne faut pas qu'on la chante en musique. L'Orient et l'Occident, le midi et l'aquilon pleureront ceux qui sont venus là recevoir du hasard le coup de la mort.
Maudit soit ce jour fatal ! Qu'il ne compte plus dans le cercle de l'année ! Qu'il soit rayé de tout souvenir ! Que la clarté du soleil lui manque, et qu'il n'ait point d'aurore à son lever !
Ah ! nuit affreuse, nuit amère, nuit dure, où demeurent gisants les forts, expérimentés aux batailles, qu pleurent aujourd'hui tant de pères et de mères, tant de frères et de sœurs, tant d'amis !

Poème d'Angilbert traduit par l'abbé P. Chevallard, Saint Agobard archevêque de Lyon, sa vie, ses écrits, Lyon, P. N. Josserand, 1869, pp. 335-337.



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