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Derniers Mérovingiens et Pippinides au VIIIe siècle

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Modifié : 03/12/2011 à 13h57


I. La race des Mérovingiens, dans laquelle les Francs avaient coutume de choisir leurs rois, passe pour avoir duré jusqu'au roi Childéric, qui, fut, par ordre du pontife romain Étienne, déposé, rasé et jeté dans un monastère. Quoiqu'on puisse la considérer comme finissant seulement avec ce prince, néanmoins elle était déjà depuis longtemps sans aucune force, et n'offrait plus en elle rien d'illustre, si ce n'est le vain titre de roi. Car les moyens et la puissance du gouvernement étaient entre les mains des préfets du palais, que l'on appelait majordomes [maires du palais] et à qui appartenait l'administration suprême. Le prince, pour toute prérogative, devait se contenter du seul titre de roi, de sa chevelure flottante, de sa longue barbe et du trône où il s'asseyait pour représenter l'image du monarque, pour donner audience aux ambassadeurs des différents pays, et leur notifier, à leur départ, comme l'expression de sa volonté personnelle, des réponses qu'on lui avait apprises et souvent même imposées. A l'exception de ce vain nom de roi et d'une pension alimentaire mal assurée, il ne possédait rien en propre qu'une seule terre d'un modique revenu, qui lui fournissait une habitation et un petit nombre de serviteurs, à ses ordres chargés de lui procurer ce qui lui était nécessaire. S'il fallait aller quelque part, c'était sur un char traîné par un attelage de bœufs qu'un bouvier menait à la manière des paysans : c'était ainsi qu'il se rendait au palais et à l'assemblée générale de son peuple, tenue chaque année pour les affaires publiques ; c'était ainsi qu'il revenait chez lui. Quant à l'administration du royaume, aux mesures et aux dispositions qu'il fallait prendre au dedans et au dehors, le maire du palais en avait tout le soin.

II. Lors de la déposition de Childéric, Pépin, père du roi Charles, remplissait déjà ces fonctions presque à titre héréditaire. En effet, Charles, son père, qui écrasa les tyrans dont l'ambition menaçait toute la France ; qui, au moment où les Sarrasins envahissaient la Gaule, les vainquit si complétement dans deux grandes batailles, l'une en Aquitaine, auprès de la ville de Poitiers, l'autre près de Narbonne, sur les bords de la Berre [en 737], qu'il les contraignit à rentrer en Espagne, avait aussi glorieusement occupé cette charge que Pépin, son père, lui avait transmise. Le peuple ne confiait ordinairement ces fonctions qu'à des hommes placés au-dessus de tous les autres par l'illustration de leur naissance et la puissance de leurs richesses.
Pépin, père du roi Charles, hérita avec Carloman de cette dignité successivement possédée par leur aïeul et par leur père. Un accord fraternel présida au partage de leur autorité commune, qui s'exerça pendant quelques années comme sous les ordres du roi Childéric, jusqu'au moment où Carloman, on ne sait trop pour quel motif, si ce n'est peut-être par amour pour la vie contemplative, abandonnant le lourd fardeau d'un gouvernement temporel, se rendit à Rome afin d'y chercher la tranquillité. [...]

III. Pépin, qui de préfet du palais était devenu roi avec l'assentiment du pontife de Rome, gouverna seul les Francs pendant plus de quinze ans ; et après avoir terminé la guerre d'Aquitaine qu'il avait entreprise contre Waifre, duc de ce pays, et qu'il continuait depuis neuf années entières, il mourut à Paris d'une hydropisie, laissant deux fils, Charles et Carloman, auxquels, par la permission divine, la succession au trône avait été dévolue. Les Francs, réunis en assemblée générale et solennelle, reconnurent pour rois ces deux princes, sous la condition préalable qu'ils se partageraient également le royaume ; que Charles recevrait la portion qu'avait eue Pépin leur père, et Carloman celle que leur oncle Carloman avait gouvernée. De part et d'autre ces conditions furent acceptées, et chacun d'eux prit possession de la portion du royaume qui lui revenait d'après les conventions du partage. [...] Carloman [mourut] de maladie après avoir administré pendant deux ans le royaume en commun avec son frère. C'est alors que Charles fut reconnu roi du consentement unanime des Francs.

Éginhard, Vie de Charlemagne (entre 829 et 836). Publié et traduit par A. Teulet, Oeuvres complètes d'Éginhard (t. I), Renouard, Paris, 1840, pp. 7-15.




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