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Les qualités de Louis XIV

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Modifié : 27/11/2011 à 22h18


Les qualités du Roi se développèrent avec surprise après la mort du cardinal Mazarin, qui arriva en 1661, auquel temps il commença à régner par lui-même. La conduite qu'il tint à l'égard de M. Fouquet, qui disposait des finances en maître plutôt qu'en surintendant, surprit le monde, et fit voir qu'il était maître de son secret quand il voulait, et que sa première application allait à redresser les finances et à remplir son Trésor, qu'il trouvait vide, à établir son autorité, et à abaisser celle des grands et des cours souveraines, dont il avait été insulté durant sa minorité ; enfin, de ne vouloir plus vivre dans la dépendance d'un premier et absolu ministre. Il y joignit en même temps, et dans un âge peu avancé comme celui de vingt-trois ans, une grande application aux affaires, une assiduité aux Conseils, un secret dans les délibérations, et beaucoup de fermeté dans l'exécution des résolutions prises : ce qui a paru, entre autres, par celle avec laquelle il a maintenu jusqu'ici la défense des duels, et a été inflexible à faire grâce à ceux qui en étaient convaincus, malgré le poids et la considération des intéressés, ou les sollicitations pressantes, et de la part des plus grandes puissances de l'Europe, en leur faveur. On peut dire qu'il fut aidé à tout cela par un tempérament naturellement rassis, qui n'avait rien de brusque ni d'emporté, qui le rend assez maître de soi-même et de ses mouvements, qui tient plus d'un naturel grave, sérieux et réservé, que d'une humeur libre, enjouée et ouverte. C'est par là que son génie, qui, naturellement, n'a rien de fort brillant ni de fort élevé, dont les connaissances d'ailleurs étaient fort bornées, par le peu de soin qu'on avait pris de les cultiver dans sa jeunesse, et par la dépendance dans laquelle on l'avait tenu, ou il s'était tenu lui-même durant la vie du Cardinal, que ce génie, dis-je, prit de nouvelles forces et parut assez grand dans la suite pour soutenir par lui-même le poids des affaires et du gouvernement, ou au moins pour s'en conserver au dedans et au dehors tout l'éclat et toute l'autorité. C'est par là que toutes les factions passées se dissipèrent, que les grands rentrèrent dans leur devoir, les cours souveraines dans la dépendance, les peuples dans l'obéissance, et que les prétextes des désordres et des troubles passés contre le gouvernement furent retranchés. [...] Comme il aime l'ordre, la dépendance et la sobriété, qu'il est attaché aux devoirs de sa religion et fort régulier à les pratiquer, aussi a-t-il une cour réglée, des courtisans soumis, et il a su en éloigner des vices qui n'y étaient que trop fréquents, les querelles, la débauche, l'impiété, le libertinage et l'irrévérence en matière de culte divin.

Ezechiel Spanheim, Relations de la Cour de France en 1690. Publié par Ch. Schefer, Renouard, 1882, pp. 2-6. Orthographe modernisée.



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