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Périclès et la politique de grands travaux

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Modifié : 08/11/2011 à 21h29


Mais ce qui fit le plus de plaisir à Athènes, et ce qui devint le plus bel ornement de la ville ; ce qui fut pour tout l'univers un objet d'admiration ; la seule chose enfin qui atteste aujourd'hui la vérité de ce qu'on a dit de la puissance de la Grèce et de sa splendeur d'autrefois, ce fut la magnificence des édifices construits par Périclès. C'est aussi contre ces monuments de son administration que ses ennemis se sont le plus déchaînés, et qu'ils ont poussé, dans les assemblées, leurs accusations et leurs déclamations les plus furieuses. « Le peuple s'est déshonoré, disaient-ils, et il s'est couvert d'infamie, en tirant de Délos le trésor commun de la Grèce, pour l'employer à son seul profit. La raison la plus plausible que nous eussions pu opposer à ceux qui nous en ont fait un crime, savoir, que nous avions voulu placer dans un lieu plus sûr ce qui appartient à tous, de crainte que les barbares n'allassent s'en emparer à Délos, ce prétexte honorable, Périclès nous en a privés. Et la Grèce n'a-t-elle pas raison de se croire insultée, et outrageusement tyrannisée, quand elle voit que les sommes déposées par elle dans le trésor commun, et qu'elle destinait à fournir aux frais des guerres nationales, nous les dépensons, nous, à couvrir notre ville de dorures et d'ornements recherchés, comme une femme coquette accablée sous le poids des pierreries ; à la parsemer de statues ; à construire des temples de mille talents ? »
Périclès tenait un tout autre langage : « Vous ne devez à vos alliés nul compte de ces deniers, disait-il au peuple, puisque c'est vous qui faites la guerre pour eux, et qui retenez les barbares loin de la Grèce, tandis qu'eux ne vous fournissent pas un cheval, pas un vaisseau, pas un homme, et qu'ils ne contribuent que de leur argent. Or, l'argent, du moment qu'il est donné, n'est plus à celui qui l'a donné, mais à celui qui l'a reçu, pourvu seulement que celui-ci remplisse les engagements qu'il a contractés en le recevant. Or, vous avez rempli tous vos engagements, en ce qui concerne la guerre. Vous êtes suffisamment pourvus de tout ce qu'il faut pour la faire ; et si, grâce à vous, le trésor est surabondant, n'est-il pas juste que vous l'employiez à des ouvrages qui procurent à votre ville une gloire éternelle, et après l'achèvement desquels Athènes continuera de jouir d'une opulence qu'entretiendra le développement des industries de tout genre ? Une foule de besoins nouveaux ont été créés, qui ont éveillé tous les talents, occupé tous les bras, et fait, de presque tous les citoyens, des salariés de l'État : ainsi, la ville ne tire que d'elle-même et ses embellissements et sa subsistance. Ceux que leur âge et leurs forces rendent propres au service militaire reçoivent, sur le fonds commun, la paye qui leur est due. Quant à la multitude des ouvriers que leurs professions exemptent présentement du service militaire, j'ai voulu qu'elle ne restât point privée des mêmes avantages, mais sans y faire participer la paresse et l'oisiveté. Voilà pourquoi j'ai entrepris, dans l'intérêt du peuple, ces grandes constructions, ces travaux de tous genres, qui réclament tous les arts et toutes les industries, et qui les réclameront longtemps. Par ce moyen, la population sédentaire n'aura pas moins de droits à une part des deniers communs, que les citoyens qui courent les mers sur nos flottes, ou qui gardent nos places éloignées, ou qui font la guerre. Nous avions la matière première, pierre, airain, ivoire, or, ébène, cyprès ; nous l'avons fait travailler et mettre en œuvre, par tout ce qu'il y a d'artisans : charpentiers, mouleurs, fondeurs, tailleurs de pierre, brodeurs, doreurs, sculpteurs en ivoire, peintres, orfèvres. Et nous employons sur mer, au transport de tous ces objets, les équipages et les vaisseaux du commerce, les matelots et les pilotes de l'État : sur terre, ces travaux occupent les charrons, les voituriers, les charretiers, les cordiers, les tisserands, les cordonniers, les paveurs, les mineurs. El chaque métier occupe encore, comme fait un général, une armée de manœuvres qui n'ont d'autre talent que l'usage de leurs bras, et qui ne sont, pour ainsi dire, que des outils et des forces, au service des chefs d'atelier. Ainsi le travail distribue et répand au loin l'aisance, dans tous les âges et dans toutes les conditions. »
Ces édifices s'élevaient, déployant une grandeur étonnante, une beauté et une grâce inimitables ; car les artistes s'appliquaient à l'envi à surpasser, par la perfection de l'œuvre, la perfection du plan même. Et ce qu'il y avait de plus surprenant, c'était la rapidité de l'exécution. En effet, cette multitude d'ouvrages, dont il semblait que chacun ait dû exiger les efforts continus de plusieurs générations pour arriver à son achèvement, fut toute exécutée et terminée durant les années florissantes de l'administration d'un seul homme.

Plutarque, Vie de Périclès, XII (IIe siècle ap. J.-C.). Traduit par Alexis Pierron, Vies des hommes illustres, t. 1, 1877, p. 366-369.



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