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L'élection de Hugues Capet (987)

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Modifié : 24/11/2011 à 20h20


[...] A l'époque fixée, les grands de la Gaule, qui s'étaient liés par serment, se réunissent à Senlis. Quand ils sont tous assemblés, sur l'invitation du duc [Hugues Capet lui-même], l'archevêque [Adalbéron, archevêque de Reims] leur parle ainsi : « Après la mort de Louis de pieuse mémoire, décédé sans enfants, on a dû s'occuper sérieusement de la question de savoir qui le remplacerait sur le trône, afin de ne point exposer l'État à sa ruine, en le laissant sans guide ; et pour cela même, nous avons cru qu'il serait utile d'ajourner l'examen de cette affaire, afin que chacun pût venir ici exposer le sentiment que le ciel lui aurait inspiré, et que de ces opinions particulières, on pût tirer la pensée générale. Maintenant donc que nous voici de nouveau réunis, il importe d'avoir assez de prudence et de droiture, pour ne point permettre à la haine d'étouffer la raison, à l'affection d'affaiblir la vérité. Nous n'ignorons pas que Charles [duc de Basse-Lorraine, dernier carolingien] a des partisans, qui prétendent que le trône lui appartient par droit de naissance. Mais le trône ne s'acquiert pas par droit d'hérédité, et on ne doit y élever que celui que distinguent non-seulement les avantages de la naissance, mais encore la sagesse de l'esprit, celui que recommandent sa loyauté et sa grandeur d'âme. Nous lisons dans l'histoire qu'à des empereurs d'illustre origine, que leur lâcheté précipita du trône, en ont succédé d'autres tantôt semblables, tantôt différents. Mais que peut-on attendre de convenable d'un prince que l'honneur ne guide point, qu'énervé la mollesse, et qui a poussé la folie jusqu'à n'avoir pas honte de servir un roi étranger, et de se mésallier en prenant une femme dans les rangs des vassaux [Charles est vassal de l'empereur en tant que duc de Basse-Lorraine et a épousé Adélaïde, fille d'un arrière-vassal du duc des Francs] ? Comment le puissant duc souffrirait-il qu'une femme tirée de la classe des vassaux devînt reine et dominât sur lui ? Comment céderait-il le pas à celle dont les égaux et même les supérieurs fléchissent le genou devant lui et placent leurs mains sous ses pieds ? Examinez attentivement la question, considérez que Charles est tombé par sa faute plutôt que par celle d'autrui, et puis, faites un choix qui assure le bonheur de l'État, au lieu de causer sa ruine. Voulez-vous que votre patrie soit malheureuse, nommez Charles ; la voulez-vous prospère, couronnez le glorieux duc Hugues. Ne vous laissez ni entraîner par vos sympathies pour Charles, ni détourner de l'intérêt commun par un sentiment de haine pour le duc. Car si vous censurez l'homme de bien, comment louerez-vous le méchant ? Et si vous louez le méchant, comment mépriserez-vous l'homme de bien ? N'entendez-vous pas la menace de la divinité même : malheur à vous, qui appelez mal le bien et le bien mal, faisant de la lumière les ténèbres et des ténèbres la lumière ? Élisez donc le duc, que vous recommandent ses actes, sa noblesse, sa puissance, et en qui vous trouverez un défenseur, non-seulement de l'État, mais encore de vos intérêts privés ; grâce à sa bienveillance, vous aurez en lui un père. Qui est-ce en effet qui a eu recours à lui et qui n'en a pas obtenu aide et protection ? Qui est-ce qui, privé de l'assistance des siens, ne leur a pas été rendu par lui ? »
Cet avis est favorablement accueilli de tous, et, d'un consentement général, le duc est élevé au trône. Le métropolitain et les autres évêques le couronnent à Noyon, aux calendes de Juin, et le proclament roi des Gaulois, des Bretons, des Normands, des Aquitains, des Goths, des Espagnols et des Gascons. Entouré des grands du royaume, il fait acte d'autorité royale en publiant des décrets, en donnant des lois. Il règle, il administre les affaires avec le plus grand succès, et reconnaît, par une profonde piété, le bonheur qui partout l'accompagne.

Richer, Histoire, livre IV, XI-XII. Traduction par A. M. Poinsignon (académie impériale de Reims), 1855, pp. 371-375.



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