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Le mouvement de la Paix de Dieu

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Modifié : 04/11/2011 à 11h18


En l'an 1000 de la Passion du Christ [en l'an 1033], qui suivit ces années de désolation et de misère [grande famine de 1032], la bonté et la miséricorde du Seigneur ayant tari la source des pluies et dissipé les nuages, le ciel commença à s'éclaircir et à prendre une face plus riante. Le souffle des vents devint plus propice, le calme et la paix, rétablis dans toute la nature, annoncèrent aussi le retour de la clémence divine. Aussitôt on vit en Aquitaine les évêques, les abbés, et des personnes de tous les rangs, dévouées au bien de notre sainte religion, former des assemblées et des conciles. On y porta le corps d'un grand nombre de bienheureux, et une quantité prodigieuse de châsses contenant de saintes reliques. La province d'Arles, de Lyon, et la Bourgogne toute entière, jusqu'aux extrémités de la France, suivirent cet exemple. On fit savoir dans tous les évêchés que les prélats et les grands du royaume tiendraient en certains lieux des conciles pour le rétablissement de la paix et le maintien de la foi. Tout le peuple accueillit avec joie cette heureuse nouvelle ; grands et petits, tous attendaient la décision des pasteurs de l’Église, pour s'y soumettre avec la même obéissance que si Dieu lui-même faisait entendre sa voix sur la terre ; car le souvenir de leurs derniers malheurs, et la crainte de ne pouvoir profiter de l'abondance que semblait leur promettre l'apparente fécondité des campagnes, avaient effrayé tous les esprits. Les décrets des conciles, divisés par chapitres, contenaient la réforme des abus, et réglaient les offrandes pieuses qu'on avait résolu de consacrer au Seigneur tout-puissant. Un des points les plus importants était la conservation d'une paix inviolable : on y avait pourvu, en ordonnant à tout particulier des deux classes, quelle que fût sa conduite antérieure, de sortir sans armes, avec une entière sécurité. Le ravisseur ou l'usurpateur des biens d'autrui, atteint par l'autorité des lois, devait être dépouillé de ses biens, ou subir les peines corporelles les plus rigoureuses. Les saints lieux, dans toutes les églises, jouissaient d'honneurs et de privilèges particuliers ; quand un coupable y cherchait un refuge, il pouvait en sortir sans crainte, excepté toutefois celui qui aurait violé les lois relatives au maintien de la paix, car celui-là, eût-il été trouvé au pied même de l'autel, ne pouvait échapper à la punition de son crime. On avait encore institué que ceux qui voyageraient dans la compagnie d'un clerc, d'un moine ou d'un religieux, seraient à l'abri de toute violence.
Les mêmes conciles firent encore une foule d'autres statuts, qu'il serait trop long d'énumérer ici ; mais il est remarquable qu'ils s'accordèrent tous à décider que le sixième jour de la semaine il faudrait faire abstinence de vin, et le septième, abstinence de viande, à moins qu'on n'en fût empêché par quelque maladie grave, ou dispensé par quelque fête solennelle. Lorsqu'on avait eu des raisons pour se relâcher un peu de cet usage, on était obligé de nourrir trois pauvres à ses frais. On vit aussi guérir alors une infinité de malades dans les couvents des saints, et pour que personne ne pût élever de doutes, on vit, chez beaucoup d'entre eux, du sang s'écouler en abondance par des fentes à la peau, ou même des entailles dans la chair ; au moment, les bras ou les jambes, auparavant recourbés, se redressaient miraculeusement, pour revenir à leur état naturel. Cette preuve convaincante servit aussi à lever beaucoup d'autres doutes non moins injustes. Tous les assistans en conçurent un tel enthousiasme, que les évêques levaient leur bâton vers le ciel, et que, les mains étendues vers le Seigneur, ils s'écriaient d'une commune voix : Paix ! paix ! paix ! en signe de l'éternelle alliance qu'ils venaient de contracter avec Dieu, alliance qui devait cimenter pendant cinq ans la paix entre tous les peuples de l'univers.
La même année, il y eut une si grande abondance de vin, de froment et de productions de toute espèce, que c'eût été folie d'en espérer une pareille pendant les cinq années suivantes. A l'exception des viandes et des mets recherchés, tout ce qui peut servir à la nourriture de l'homme était au plus vil prix. C'était le retour du grand jubilé de Moïse.

Raoul Glaber, Chronique, livre IV, chap. V, Collection des mémoires relatifs à l'Histoire de France (1824, t. 6) par Guizot, p. 311-313.



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