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La lutte contre l'impérialisme espagnol

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Modifié : 07/10/2011 à 22h52


Maintenant que La Rochelle est prise, si le Roi veut se rendre le plus puissant monarque du monde et le prince le plus estimé, il doit considérer devant Dieu, et examiner soigneusement et secrètement, avec ses fidèles créatures, ce qui est à désirer en sa personne et ce qu'il y a à réformer en son État. [...]
Pour le dehors il faut avoir en dessein perpétuel d'arrêter le cours des progrès d'Espagne, et au lieu que cette nation a pour but d'augmenter sa domination et étendre ses limites, la France ne doit penser qu'à se fortifier en elle-même, et bâtir, et s'ouvrir des portes pour entrer dans tous les États de ses voisins, et les pouvoir garantir des oppressions d'Espagne quand les occasions s'en présenteront.
Pour cet effet, la première chose qu'il faut faire est de se rendre puissant sur la mer, qui donne entrée sur tous les États du monde.
Ensuite, il faut penser à se fortifier à Metz, et s'avancer jusqu'à Strasbourg, s'il est possible, pour acquérir une entrée dans l'Allemagne : ce qu'il faut faire avec beaucoup de temps, grande discrétion et une douce et couverte conduite.
Il faut faire une grande citadelle à Versay, pour se rendre considérable aux Suisses, y avoir une porte ouverte, et mettre Genève en état d'être un des dehors de la France.
On pourrait aussi penser de M. de Longueville la souveraineté de Neuchâtel, qui étant dans la Suisse y donne plus de pied et plus de lieu d'y être considéré par ces gens grossiers qui ne voient rien mieux que ce qui est proche de leurs yeux. Et il n'y a personne bien sensé et affectionné à la France qui n'estiment que ces étrangers sont ceux dont le roi doit conserver plus soigneusement l'alliance, tant parce qu'ils séparent l'Allemagne de l'Italie que parce que, faisant profession de la guerre, ce n'est pas peu de les acquérir et en priver ses ennemis.
Il faut penser au marquis de Saluces, soit par accommodement avec M. de Savoie, si son humeur changeante le fait revenir au service du roi, en lui donnant quelque plus grande conquête en Italie ; soit en profitant de la mauvaise intelligence qu'on a avec lui en le reconquérant, ce qu'il ne peut empêcher quand on le voudra entreprendre puissamment, non plus que de garder cette conquête, qui étant contiguë à nos États se conservera facilement en y faisant une grande et forte place au lieu qui sera estimé le plus propre à cet effet.
Pour se mettre encore plus en état d'être considéré par force en Italie, il est besoin d'entretenir trente galères, et les faire commander par commission, changeant tous les trois ans ceux qui en auront la charge, afin que chacun ait passion à signaler son emploi, et non pas à demeurer dans les ports pour profiter, à la honte de la France, de leur séjour, comme on a fait jusqu'à présent.
On pourrait encore penser à la Navarre et à la France-Comté comme nous appartenant, étant contiguës à la France, et faciles à conquérir toutefois et quand que nous n'aurons autre chose à faire ; mais je n'en parle point, d'autant que ce serait imprudence d'y penser, si premièrement si ce qui est ci-dessus n'a réussi, parce qu'en outre qu'on ne le peut faire sans allumer une guerre ouverte avec l'Espagne, ce qu'il faut éviter autant qu'on pourra.

« Avis au roi après la prise de La Rochelle pour le bien de ses affaires », Lettres du cardinal de Richelieu, ed. d'Avenel, 1858, t. III, p.179-182. Orthographe modernisée.



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