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Le positivisme : science et superstition

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Modifié : 03/06/2011 à 17h47


[...] le plus sûr moyen de combattre l'esprit superstitieux, c'est que l'esprit scientifique le suive dans ses plus obscurs recoins, et montre, non à lui, car il n'a ni oreilles pour entendre ni œil pour voir, mais au monde, que rien de ce qu'il produit n'échappe au niveau de la naturalité, ou ne résiste à la critique.

La première réflexion qui se présente est relative à la manière dont l'esprit contemporain envisage, au XIIIe siècle et au XIXe siècle les faits dont il s'agit. Alors, non-seulement les évêques qui les recueillaient, mais encore les docteurs des facultés, les maîtres du savoir, tous ceux qui donnaient l'éducation et tous ceux qui la recevaient, acceptaient sans l'ombre d'un doute la surnaturalité des guérisons, et en rapportaient la cause à une vertu occulte et mystique qui résidait dans les ossements d'un saint personnage. Cet unanime assentiment des plus éclairés fortifiait notablement la croyance des moins éclairés ; aucun levain d'incrédulité n'en atténuait les effets ; ce que tous croyaient se vérifiait aux yeux de tous : la foi appelait le miracle, et le miracle venait à point confirmer la foi.
Aujourd'hui tout est changé. De même qu'au XIIIe siècle la foi aux effets surnaturels ne souffrait aucun mélange d'incrédulité, de même, au XIXe, l'incrédulité à ces mêmes effets ne souffre aucun mélange de foi. Non-seulement les savants qui se livrent particulièrement à l'étude positive de la nature, mais encore tous ceux qui reçoivent de la science leurs opinions, rejettent l'antique interprétation des faits singuliers ; et, quand ces faits surviennent, un examen régulièrement conduit montre ou qu'ils sont controuvés [inventés mensongèrement], ou qu'ils sont naturels.
Il y a deux merveilleux, le faux et le vrai. Le faux est de croire que des volontés en dehors de la nature viennent en troubler l'ordre quand il leur plait ; le vrai est tantôt de dévoiler les mystères des choses, tantôt de mettre en la main de l'homme de puissants agents qui multiplient sa force. La théologie est le ministre du premier ; la science est le ministre du second.

Émile Littré, Grégoire Wyrouboff, Philosophie positive , t. 5. G. Baillière, 1870.



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