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Portrait de Néron

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Modifié : 18/09/2014 à 13h12


LI. Sa taille était médiocre. Il avait le corps couvert de taches et infect, les cheveux blonds, la figure plutôt belle qu'agréable, les yeux bleus et la vue faible, le cou épais, le ventre proéminent, les jambes fort grêles, le tempérament robuste. Malgré ses débauches effrénées, il ne fut incommodé que trois fois dans l'espace de quatorze ans, et encore sans être obligé de s'abstenir de vin, ni de changer quelque chose à ses habitudes. Nulle décence dans sa mise et dans sa tenue : on le vit, pendant son séjour en Achaïe, laisser retomber par derrière ses cheveux, qui, d'ailleurs, étaient toujours étages par boucles symétriques ; il parut souvent en public en robe de festin, un mouchoir autour du cou, sans ceinture, et les pieds nus.
LII. Il s'essaya, dès son enfance, à presque tous les arts libéraux ; mais sa mère le détourna de l'étude de la philosophie, qui, disait-elle, ne pouvait que nuire à un prince destiné à régner ; et son précepteur Sénèque lui interdit la lecture des anciens orateurs, afin de fixer sur lui seul l'admiration de son disciple. Il se tourna vers la poésie, et composa sans peine et sans travail quelques pièces de vers. Il n'est pas vrai, comme on l'a dit, qu'il donnât pour siens ceux d'autrui. J'ai eu entre les mains des tablettes où se trouvaient des vers de lui fort connus et entièrement de son écriture. On voyait bien qu'ils n'étaient ni copiés, ni écrits sous la dictée d'un autre, mais qu'ils étaient le fruit laborieux de sa pensée, tant il y avait de corrections et de ratures. Il eut aussi un goût très-vif pour la peinture et surtout pour la sculpture.
LIII. Avide de popularité, il se faisait aussitôt le rival de quiconque agissait, par quelque moyen que ce fût, sur la multitude. On pensait généralement que, non content de ses succès de théâtre, il devait descendre, au prochain lustre, dans l'arène olympique, avec les athlètes. En effet, il s'exerçait assidûment à la lutte ; et dans toutes les villes de la Grèce où il assista aux jeux gymniques, ce fut à la manière des juges, en s'asseyant par terre dans le stade : voyait-il s'éloigner du centre un couple de lutteurs, il courait le saisir et l'y ramenait. Comme on l'égalait à Apollon pour le chant, et au Soleil pour le talent de conduire un char, il voulut imiter aussi les exploits d'Hercule ; et l'on avait, dit-on, dressé un lion qu'il devait combattre nu dans l'arène, et assommer avec sa massue ou étouffer dans ses bras, sous les yeux du peuple.

Suétone, « Néron » dans la Vie des douze Césars (fin du Ier siècle, début du IIe siècle). Traduction de Théophile Baudement, Paris, J.-J. Dubochet, Le Chevalier et cie, 1845, pp. 353-354.



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