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L'éducation des enfants à Sparte

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Modifié : 25/04/2011 à 14h23


Dans ceux des pays de la Grèce où l'on se vante d'élever le mieux la jeunesse, à peine les enfants sont-ils capables d'entendre ce qu'on leur dit, qu'on s'empresse de leur donner pour instituteurs des esclaves ; on s'empresse de les envoyer dans les écoles publiques, afin qu'ils y apprennent les éléments du langage, la musique et les exercices de la palestre. Outre cela, on amollit leurs pieds par les chaussures ; on énerve leurs corps en leur faisant changer d'habits avec les saisons, enfin l'on ne connaît d'autre mesure de leur besoin que la capacité de leur estomac.
Lycurgue, au lieu de donner des esclaves pour instituteurs à chacun des enfants en particulier, a nommé pour les présider un des principaux magistrats, appelé pour cet effet pédonome. C'est celui qui est le maître d'assembler les enfants, et de punir sévèrement ceux qui se livrent à la mollesse : aussi lui a-t-on donné des adolescents armés de verges pour châtier ceux qui méritent de l'être. De là beaucoup de réserve et de subordination parmi la jeunesse.
Au lieu de ménager la délicatesse des pieds, pour les endurcir il a proscrit la chaussure, persuadé qu'en marchant nu-pieds les enfants deviendraient plus légers à la course, plus en état de faire des sauts, de franchir les fossés, de gravir les monts escarpés, de descendre les pentes les plus rapides.
Ennemi du luxe dans les habits, il a voulu les accoutumer à n'en avoir qu'un pour toute l'année : c'était, selon lui, un moyen de les endurcir contre le froid et contre le chaud.
Il a réglé les repas de manière que les garçons apprissent, par leur propre expérience, à ne pas se charger l'estomac et à ne pas excéder leur appétit. Dans l'occasion, disait-il, des hommes ainsi élevés supporteront plus aisément la faim : à la guerre, ils pourront, suivant les ordres de leurs chefs, vivre plus longtemps avec une modique ration, se contenter sans peine des mets les plus grossiers. Il pensait d'ailleurs que les aliments qui rendent les corps secs et nerveux, contribuent bien mieux à la beauté de la taille et à la bonté de la constitution que ceux qui surchargent d'embonpoint.
Cependant, afin qu'ils n'eussent pas non plus à souffrir de la faim, s'il n'est pas chargé de fournir à leur nécessaire, il leur a permis du moins d'y pourvoir eux-mêmes en dérobant les objets de leur besoin. Sans doute on n'accusera pas Lycurgue d'avoir manqué d'autres moyens, lorsqu'il a permis les vols adroits pour subsister. Le voleur qui veut faire capture ne doit-il pas veiller la nuit, imaginer des ruses pendant le jour, placer une embuscade, avoir des gens au guet ? En dressant les enfants à toutes ces manœuvres, son but était donc évidemment de les rendre plus adroits à se procurer le nécessaire, et plus propres à la guerre.
Mais pourquoi Lycurgue, en faisant un mérite du larcin, a-t-il soumis au fouet quiconque est pris sur le fait ? Eh quoi ! dans toutes les écoles n'y a-t-il pas des châtiments pour ceux qui suivent mal les principes qu'on leur donne ? Ce que l'on punit dans les Spartiates, ce n'est pas le vol, c'est la maladresse.
C'était une belle action de dérober des pains sur l'autel de Diane-Orthie [Artémis], cependant celui qui se laissait surprendre était condamné à être fustigé par ses camarades. Quel était en cela le but du législateur, sinon de montrer qu'on peut acheter une gloire et un plaisir durables au prix d'une douleur passagère ? Une autre instruction à retirer de là, c'est que dans les occasions où il faut de la célérité, l'homme indolent, avec beaucoup de peine, ne se procure aucun avantage.
Le législateur de Sparte n'a pas voulu que les enfants demeurassent sans surveillant, même en l'absence du pédonome. Le premier qui se présente prend alors sa place pour commander aux enfants ce qu'il juge honnête, et punir ceux qui s'en écartent. Avec un règlement aussi sage, il a encore rendu les enfants plus dociles : en effet, soit dans la jeunesse, soit dans l'âge viril, tous les Spartiates respectent singulièrement les magistrats.
Et afin que les enfants ne restassent pas sans inspecteur, supposé qu'il ne se trouvât aucun homme fait, il a ordonné que ce serait le plus habile de chaque classe qui la commanderait : par-là les enfants ne restent jamais sans chef.

Xénophon, République des Lacédémoniens, II. Traduction de J. A. C. Buchon, 1842.



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