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Auguste et les débuts du principat (44 av. J.C.-14 ap. J.C.)

Auteur : Thibault
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Modifié : 03/12/2014 à 15h29


Le personnage d'Auguste (63 av. J.-C., 14 ap. J.-C.), fils adoptif de Jules César, est au centre d'une période charnière du monde romain. En effet, c'est à cette période que la République disparaît pour laisser place à un nouveau régime politique de type monarchique. Ce renversement est l'aboutissement de la lutte entre Octave, qui deviendra Auguste, et son rival Marc Antoine. Cependant, connaissant la haine des Romains vis-à-vis du régime monarchique, Auguste ne prit jamais le titre ni d'empereur, ni de roi : il associa les principes monarchiques aux apparences de la République, fondant ce qui est appelé le principat.


L'ascension d'Octave (44-30)


Le deuxième triumvirat


Au lendemain de l'assassinat de César (44), le maître de la situation à Rome est le pro-consul césarien Marc Antoine. Les conjurés réunis autour de Brutus (à ne pas confondre avec le fils de César) et Cassius n'ont pas vraiment de programme politique et sont isolés. Leur idée est de rendre caduc tous les actes de César mais l'agitation populaire est telle qu'elle les empêche d'agir. Marc Antoine choisit de faire voter l'amnistie pour les assassins en échange de la ratification de tous les actes de César (compromis). Il annonce en outre une distribution de terres aux vétérans. Devant la foule, il fait l'éloge funèbre de César, lit son testament et s'impose comme son successeur. Il parvient à maintenir la paix publique. Les sénateurs faisant partie de la conjuration sont forcés de quitter la ville par la plèbe.

César fait dans son testament de son neveu Octave son unique héritier. Celui-ci n'est alors pas à Rome mais en Illyrie. Il ne fait pas le poids face à Antoine : d'apparence chétive, issu d'une famille peu illustre, ne disposant pas d'un prestige militaire, il a néanmoins l'avantage d'être soutenu par Cicéron. Apprenant qu'il est le successeur de César, il se fait acclamer par une légion et est salué imperator (alors qu'il n'a jamais combattu). Il va se lancer dans une courte guerre contre Antoine : la guerre de Modène. Celle-ci s'achève en 43 par la défaite d'Antoine. Par l'entremise de Lépide, maître de cavalerie et proche de César, Octave et Antoine parviennent à s'entendre et obtiennent, avec Lépide, une magistrature extraordinaire (et officielle) de 5 ans : le Triumvirat. Les trois personnages organisent le partage des pouvoirs consulaires et des provinces :

  • La Gaule Cisalpine et Chevelue revient à Antoine (20 légions).
  • L'Afrique et les îles de la Méditerranée occidentale reviennent à Octave (20 légions).
  • Lépide obtient la Narbonnaise et l'Espagne (3 légions).

La partie orientale de l'empire reste aux mains des conjurés. Le Triumvirat édicte une nouvelle proscription (43), édit mettant un certain nombre de têtes à prix (opposants politiques ou hommes fortunés) : Cicéron en fait partie.

Antoine et Octave se dirigent ensuite vers l'Orient avec des troupes. Malgré leur supériorité numérique, les conjurés sont battus à Philippes (octobre 42), lors de deux grandes batailles qui engagent entre 30 et 40 légions. Suite à la défaite, Brutus, Cassius et un certain nombre de conjurés se suicident, d'autres sont mis à mort. Un nouveau découpage des provinces est effectué : Octave récupère l'Espagne, Antoine récupère l'Orient tandis que Lépide est marginalisé en Afrique. Antoine part ensuite vers l'Orient mener une levée de troupes afin d'accomplir le projet césarien de campagne contre les Parthes.

Un équilibre précaire


Octave récupère l'Italie mais le contexte est alors difficile : les partisans d'Antoine s'agitent et plusieurs cités italiennes se révoltent avec à leur tête le frère et la femme d'Antoine (Antonius et Fulvie). Octave entre dans la guerre dite de Pérouse (41-40) et mate la rébellion. La victoire d'Octave force Antoine à répudier sa femme et à épouser la sœur d'Octave, Octavie. Un nouveau partage est décidé : l'Orient revient à Antoine, l'Occident à Octave tandis que l'Afrique reste entre les mains de Lépide.

En Sicile, le fils de Pompée, Sextus Pompée, s'est entre temps forgé un empire maritime et affame Rome. En 39, Octave passe des accords à Misène avec le rebelle qui rentre désormais dans la légalité romaine. Sextus Pompée récupère le commandement officiel de la Sicile et se voit concéder la Sardaigne, la Corse et l'Achaïe. Mais Sextus Pompée entre peu après à nouveau en rébellion : Antoine montre peu d'ardeur à secourir Octave d'où de nouvelles tensions entre les deux triumvirs. En 36, la Sicile est finalement conquise et Sextus Pompée s'enfuit en Orient. La même année, Lépide, accusé de s'être entendu avec Sextus Pompée, perd son pouvoir de triumvir et est exilé à Circei. Octave, devenu seul maître de l'Occident, renforce son pouvoir.

Octave contre Antoine


En 35, les rapports entre Octave et Antoine se tendent à nouveau, Antoine se plaignant de n'avoir pas avoir reçu de soutien dans sa campagne contre les Parthes (campagne qui s'achève par une demi-défaite). Octavie est répudiée. Les deux camps s'agitent.

En 33, le triumvirat est rompu, privant Octave comme Antoine de tout pouvoir juridique. Mais loin de déposer son imperium, Octave expulse les consuls qui lui sont opposés. Octave déchaîne une intense propagande contre Antoine, cherchant à le faire passer pour un traître afin de déclencher une guerre. Antoine est accusé par les partisans d'Octave d'être passé sous la coupe de Cléopâtre VII, dont il s'est épris. Pour soutenir cette accusation, Octave viole le secret du testament d'Antoine, lequel souhaite être inhumé à Alexandrie. Après s'être fait prêter serment par l'Italie, la Gaule, l'Espagne, l'Afrique et les îles, Octave déclare la guerre à la reine d'Egypte (en 32) qui a eu trois enfants avec Antoine, et lève une armée et une flotte très importante. Si Antoine dispose d'effectifs militaires plus importants, Octave a auprès de lui d'excellents généraux, comme Agrippa, et le soutien de la population grâce une propagande efficace. En 31, la bataille navale d'Actium (sud de l'Egée) est remportée par Octave : si la bataille n'est pas du tout décisive, elle a un énorme impact psychologique. En effet, la flotte qui reste se rend et les légions restées en Asie rejoignent Octave après des tractations. L'année 30 voit l'offensive contre l'Egypte ; Cléopâtre tente de négocier mais c'est un échec. Malgré quelques succès militaires, Antoine perd la guerre et se suicide, suivi par Cléopâtre quelques jours plus tard. Les fils d'Antoine, ainsi que Césarion (fils de Jules César et de Cléopâtre) sont exécutés. Octave devient maître de l'Egypte, se fait prêter serment par les royaumes vassaux, et consolide les frontières en Orient. C'est désormais l'unique maître du monde romain.


L'élaboration du principat (30-14 ap. J.-C.)


Les aspects juridiques et politiques


Tout comme César, Octave utilise les pouvoirs que lui a offert la tradition républicaine romaine. En revanche, il prend autoritairement le consulat en 43, est à nouveau consul en 33 puis de 31 à 23, sans interruption. Cette magistrature supérieure lui confère des compétences étendues aussi bien dans le domaine civil que militaire. A Rome, il contrôle et oriente en tant que consul la vie politique : il possède le pouvoir de réunir le Sénat et les assemblées du peuple et de les présider. Dans les provinces qui lui sont confiées, il peut prendre en charge l'administration et commander les troupes.
Aussi, il reçoit l'inviolabilité tribunicienne en 36. L'imperium lui a été régulièrement renouvelé. En 28, Octave aurait reçu sur l'ensemble de l'Empire un imperium de conception nouvelle (per consensum), conféré par un acte du peuple et du Sénat, pour dix ans. En 27, Octave reçoit du Sénat le titre d'« Auguste », synonyme d'autorité. En 23, Auguste revêt la puissance tribunicienne pleine et entière à vie (inviolabilité et possibilité de s'opposer aux magistrats). En 2 av. J.C., Auguste reçoit enfin le titre de « Père de la Patrie », faisant de lui un nouveau Romulus, le fondateur de Rome.
L'imperium va constituer, avec la puissance tribunicienne (tribunicia potestas), le fondement du principat.

Le mythe de la restauration de la République


Malgré l'irrégularité de ces pouvoirs, Octave (devenu Auguste) va s'attacher à sauver les apparences de la légalité républicaine. Auguste, dans ses Res gestae (son testament politique), affirme ainsi avoir rendu au Sénat et au peuple romain ses lois et ses droits. En 29, Auguste ferme symboliquement les portes du temple de Janus, signifiant que le temps de la paix (extérieure et intérieure) est revenu et que la République est restaurée : les portes du temple n'avaient été fermées que deux fois depuis la fondation de Rome. En 27, Auguste prononce un discours au Sénat dans lequel il affirme remettre au Sénat et au peuple toutes les provinces qui sont encore sous son contrôle. Après des refus simulés des sénateurs, il reçoit pour une durée de dix ans la mission de gouverner les provinces de Syrie, des Espagnes, des Gaules et d'Egypte, désormais qualifiées d'impériales (le Sénat et le peuple conservant toutes les autres provinces). Par un formidable coup théâtral, Auguste parvient à conserver les provinces les plus militarisés, tout en donnant l'apparence d'un retour à l'Etat de droit.

Auguste et la religion romaine


Auguste attache une grande importance à la religion romaine dans une période où la dissociation entre le politique et le religieux n'est pas nette. Avant même le principat, il cumule diverses fonctions religieuses. Le pouvoir religieux d'Auguste est destiné à faire accepter son autorité personnelle et à faire perdurer le nouveau régime. Ainsi, il organise la divinisation son père adoptif, Jules César. En 17 av. J.C., Auguste organise des Jeux séculaires, fête religieuse extraordinaire célébrant l'avènement d'un nouveau siècle et le retour de l'âge d'or selon la conception cyclique du temps. A la mort de Lépide en 12 av. J.C., Auguste prend le titre de grand pontife et met en place le culte impérial, ciment de l'Empire. Désormais, tous les empereurs prendront soin de revêtir le grand pontificat. Ce rôle est promis à un grand avenir puisque le titre est encore assumé aujourd'hui par les papes comme un héritage multiséculaire des empereurs romains.



Bibliographie :
BORDET Marcel, Précis d'histoire romaine, Paris, Armand Colin, 1998.
CHRISTOL Michel, NONY Daniel, Rome et son empire, Paris, Hachette supérieur, 2007.
LE GLAY Marcel, VOISIN Jean-Louis, LE BOHEC Yann, Histoire romaine, Paris, PUF, 2005.
PETIT Paul, Histoire générale de l'Empire romain. Le Haut-Empire, tome 1, Paris, Seuil, 1974.
SCHWENTZEL Christian-Georges (dir.), LAMOINE Laurent, PICHON Blaise, Le monde romain de 70 av. J.-C. à 73 apr. J.-C., Paris, Armand Colin, 2014.

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