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L'Europe à la fin du XVe siècle

Auteur : Thibault
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Modifié : 10/05/2012 à 12h44


A la fin du Moyen Âge, la France des Valois paraît être l'Etat occidental le plus puissant, économiquement, démographiquement et militairement. Les monarchies les plus solides et centralisées sont celles qui se sont construites sur la guerre (France, Espagne, Angleterre). Au contraire, l'Empire et l'Italie sont durablement morcelés en principautés et cités-Etats. La naissance des monarchies nationales, la fin de la Reconquista, les premières explorations maritimes et la découverte de l'Amérique, le reflux de la Chrétienté à l'Est (chute de Constantinople en 1453), la mise au point de l'imprimerie par Gutenberg installent des cadres politiques, sociaux et culturels nouveaux. Dans le même temps, la pacification de l'Europe, la poussée démographique et le développement des échanges permettent un renouveau européen qui sera le cadre général des Grandes Découvertes et du mouvement humaniste.


Le redressement de l'Europe


Une pacification de l'Europe


A la fin du XVe siècle, la paix est rétablie presque partout sur le continent européen alors que de grands conflits avaient marqué le Moyen Âge finissant. En 1434 prend ainsi fin les guerres hussites (en Bohême) ; en 1453 se termine la guerre de Cent Ans ayant opposé la France et l'Angleterre, aucun des belligérants n'ayant réussi à imposer à l'autre son hégémonie ; en 1477 le roi de France et le duc de Bourgogne se réconcilient.
Les relations se pacifient aussi à l'intérieur même des Etats : 1485 marque la fin de la guerre des Deux-Roses en Angleterre qui opposait la famille des Lancastre à celle des York (Henri Tudor, de la famille des Lancastre, sort vainqueur), la paix de Lodi en 1454 rétablit un équilibre entre les Etats italiens, et le mariage en 1469 d'Isabelle de Castille et de Ferdinand d'Aragon unit les deux royaumes espagnols. Par ailleurs, si les guerres n'ont pas totalement disparu, leur caractère anarchique s'est dissipé ainsi que l'insécurité chronique qui en résultait.

L'affaiblissement des pouvoirs universalistes


A la fin du XVe siècle, deux pouvoirs se veulent supérieurs aux autres et entrent en concurrence : la papauté et le Saint Empire romain germanique. Ils se veulent les héritiers de Rome mais connaissent tous deux une grave crise depuis le XIVe siècle.

Le Saint Empire, qui finit par se réduire à l'Allemagne, doit céder peu à peu devant la montée en puissance des principautés territoriales et des villes. A partir de la Bulle d'or de 1356, l'empereur est élu par sept princes électeurs qui, depuis 1438, choisissent le chef de la Maison des Habsbourg.

L'autorité du pape paraît elle aussi affaiblie après l'exil à Avignon (1305-1378), le grand schisme d'Occident (1378-1417) et les conciles de Constance (1414-1418) et de Bâle (1431-1448) qui entendaient restreindre les prérogatives du pape. La perte de prestige se manifeste par l'incapacité de ranimer l'idéal de croisade contre les Turcs (Pie II en 1464) et la non-réponse aux profonds désirs de réforme de l'Église.

L'affirmation des Etats


C'est dans ce contexte de redressement européen que les monarchies européennes renforcent leur pouvoir et accroissent leurs moyens d'action. Monarques héréditaires d'Angleterre, de Castille ou de France, souverains électifs d'Allemagne et de Pologne ou princes italiens, tous tendent vers un même but : supprimer tous les obstacles à leur autorité. Ainsi commence la lutte contre la puissance des grandes familles, en utilisant les deux principaux moyens que sont la guerre et le mariage.

Les monarchies se centralisent : le Conseil du roi prend une importance fondamentale. L'autorité du roi est renforcée par la multiplication des agents qui le représentent dans les provinces : juges royaux, officiers ou représentants locaux de la Couronne, choisis, comme en Angleterre, dans la noblesse de province. Les impôts se réorganisent et se structurent : certains impôts exceptionnels (levés en cas de guerre par exemple) deviennent permanents. Ils permettent au roi de financer son administration, et surtout de recruter une armée permanente composée de professionnels de guerre qui se substitue à l'ost féodal.

Dans cette construction d'un Etat moderne, organisé et efficace, l'Europe occidentale est pionnière. La France et la Castille sont les exemples même d'Etats-nations modernes suivies par l'Aragon, l'Angleterre, ou les Etats bourguignons. En revanche, les monarchies d'Europe centrale et orientale ne suivent pas le même mouvement et demeurent marquées par l'archaïsme, ne disposant pas des organes administratifs ou militaires qui font la force des Etats occidentaux.


Le dynamisme économique et démographique de l'Occident


La reprise démographique


Vers la fin du Moyen Âge, la population a été fortement touchée par la Grande Peste, les disettes, les déplacements des soldats (qui ravageaient les campagnes) et les pillards. Mais l'Europe va connaître une poussée démographique qui va être décisive sur son destin, et l'économie, minée par les les calamités, va retrouver son dynamisme. L'augmentation de la demande alimentaire entraîne des défrichements, la remise en culture des terres laissées à l'abandon et le développement de l'élevage. Certaines régions envoient même des populations vers des régions dépeuplées (comme le Bordelais). Si certains villages désertés en raison de la médiocrité des sols ou du caractère malsain de l'environnement sont voués à disparition, d'autres apparaissent.

De fortes disparités demeurent néanmoins. Dans l'Europe de la fin du XVe siècle, 70 à 80 millions d'habitants se partagent le continent d'une façon très inégale : si les pays de l'Europe de l'Ouest et du Centre (Italie septentrionale et centrale, Pays-Bas, France, Allemagne, Angleterre) connaissent des densités de 30 à 40 habitants au km2, sur les bords de la Méditerranée, en Europe du Nord et de l'Est, les densités sont beaucoup plus faibles. Ces inégalités hiérarchisent les puissances européennes. La France, avec ses quelque 16 millions d'habitants, est le pays le plus peuplé d'Europe et va jouer jusqu'au début du XIXe un rôle de premier plan sur le continent.

L'expansion urbaine


Si la population européenne est avant tout rurale, les villes poursuivent à la fin du XVe siècle l'essor pris au XIVe. Par leur demande croissante en produits consommables, elles modifient les campagnes qui les entourent : remise en culture des terres, défrichement, diversification des cultures,... Vers 1500, Paris et Naples sont les deux villes qui dépassent les 100 000 habitants, Venise et Milan s'en approchant. Rome, Florence, Gênes, Palerme, Anvers et Londres comptent aux alentours de 50 000 habitants, Lyon, Rouen et Bruxelles quelque 40 000.

Le développement des échanges commerciaux


Le développement de la production, la croissance démographique et la paix partiellement retrouvée permettent une reprise des échanges. Certains itinéraires abandonnés sont de nouveau empruntés. La fin du XVe siècle voit l'apparition de voies nouvelles : si la Méditerranée reste un haut-lieu du commerce (dominée par Gênes et Venise), les échanges s'accroissent dans la mer du Nord et dans l'Atlantique. De grandes foires se développent (Lyon, foire Castillane) où s'échangent les produits européens. Cet essor du commerce va influencer les grands aventuriers et les navigateurs.



Bibliographie :
LEBRUN François, L'Europe et le monde. XVIe-XVIIIe siècle, Paris, Armand Colin, 2002.
BERSTEIN Serge, MILZA Pierre, États et identité européenne. XIVe siècle-1815, tome 3, Paris, Hatier, 1994.
HÉLIE Jérôme, Petit atlas historique des Temps modernes, Paris, Armand Colin, 2004.

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