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Une justification de la société d'ordres


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Modifié : 03/01/2019 à 17h48


Il faut qu'il y ait de l'Ordre en toutes choses, et pour la bienséance, et pour la direction d'icelles. [...]
Les créatures inanimées y sont [dans le monde] toutes placées selon leur haut ou bas degré de perfection : leurs temps et saisons sont certaines, leurs propriétés sont réglées, leurs effets sont assurés. Quant aux animées, les intelligences célestes ont leurs ordres hiérarchiques, qui sont immuables. Et pour le regard des Hommes qui sont ordonnés de Dieu, pour commander aux autres créatures animées de ce bas monde, bien que leur ordre soit muable et sujet à vicissitude, à cause de la franchise et liberté particulière, que Dieu leur a donné au bien et au mal, si est-ce qu'ils ne peuvent subsister sans Ordre.
Car nous ne pourrions pas vivre ensemble en égalité de condition, mais il faut par nécessité, que les uns commandent, et que les autres obéissent. Ceux qui commandent ont plusieurs ordres, rangs, ou degrés : les souverains seigneurs commandent à tous ceux de leur Etat, adressant leur commandement aux Grands, les Grands aux médiocres, les médiocres aux petits, et petits au peuple. Et le peuple, qui obéit à tous ceux-là, est encore séparé en plusieurs ordres et rangs, afin que sur chacun d'iceux, il y ait des supérieurs, qui rendent raison de tout leur ordre aux magistrats, et les magistrats aux seigneurs souverains. Ainsi par le moyen de ces divisions et subdivisions multipliées il se fait de plusieurs ordres un Ordre général, et de plusieurs États un État bien réglé, auquel il y a une bonne harmonie et consonance, et une correspondance et rapport du plus bas au plus haut ; de sorte qu'en fin, un nombre innombrable aboutit à son unité. [...]
Comment pourrait un général d'armée être obéi en un moment par tous les soldats d'icelle, si l'armée n'était divisée par régiments, les régimes par compagnies, les compagnies par escouades ? que si le commandement du général étant incontinent porté aux maîtres de camp, puis par eux aux capitaines, par les capitaines aux caporaux, et par ceux-ci aux simples soldats, le moindre soldat de l'armée en est averti en fort peu de temps. Mais l'effet de l'Ordre est encore plus admirable en un État, qu'en une armée. Car l'armée est serrée en peu de lieu, et l'État est étendu ordinairement en un grand pays. L'armée dure peu de temps en son entier, et l'État dure quasi toujours. Et cela se fait par la vertu de l'ordre. Car le souverain a les officiers généraux près de lui, qui envoient les mandements aux magistrats des provinces, ceux-là à ceux des villes, et ceux des villes les font exécuter par le peuple.
Voilà quant à ceux qui commandent, et quant au peuple qui obéit, parce que c'est un corps à plusieurs têtes, on le divise par ordres, États, ou vacations particulières. Les uns sont dédiés particulièrement au service de Dieu ; les autres à conserver l'État par les armes ; les autres à le nourrir et maintenir par les exercices de la paix. Ce sont nos trois ordres ou États généraux de France, le Clergé, la Noblesse et le tiers-État. Mais chacun de ces trois ordres est encore subdivisé en degrés subordonnés, ou ordres subalternes, à l'exemple de la hiérarchie céleste [...].
Les degrés ou ordres subalternes du clergé sont assez notoires : car outre les quatre mineurs, et celui de tonsure, il y a les ordres sacrés du sous-diacre, diacre, prêtre, évêque, et enfin on a ajouté celui de cardinal, et s'il y a encore les divers ordres des moines. Ceux de la noblesse sont la simple noblesse, la haute noblesse et les princes. Finalement au tiers-État, qui est le plus ample, il y a plusieurs ordres ; à savoir des gens de lettres, de finance, de marchandise, de métier, de labour et de bras : dont toutefois la plupart sont plutôt simples vacations, qu'ordres formés.

Charles Loyseau, Traités des ordres et simples dignités, pp. 1-2, (réed.) 1610. Orthographe modernisée.




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