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Les revendications de la nation italienne

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Modifié : 30/04/2011 à 15h02



Nous sommes un peuple de vingt-un à vingt-deux millions d'hommes, désignés depuis un temps immémorial sons un même nom, - celui de peuple italien, - renfermés entre les limites naturelles les plus précises que Dieu ait jamais tracées, la mer et les montagnes les plus hautes d'Europe, - parlant la même langue modifiée par des patois moins dissemblables que ne le sont l'écossais et l'anglais, - ayant les mêmes croyances, les mêmes mœurs, les mêmes habitudes, avec des modifications moins grandes que celles qui séparent, dans le pays le plus unitaire du monde, la France, les populations basques des populations bretonnes ; fiers du plus glorieux passé politique, scientifique, artistique, qui soit connu dans l'histoire européenne, - ayant donné deux fois à l'humanité un lien, un mot d'ordre d'unité, une fois par la Rome des empereurs, une autre, quand les papes n'avaient pas encore trahi leur mission, par la Rome papale ; - doués de facultés actives, promptes, brillantes, que ceux-là même qui nous calomnient ne nous refusent pas, - riches de toutes les sources de bien-être matériel, qui, exploitées fraternellement et librement, pourraient faire de nous une nation heureuse, et ouvrir aux nations nos sœurs le plus beau marché du monde.

Nous n'avons pas de drapeau, pas de nom politique, pas de rang parmi les nations européennes. Nous n'avons pas de centre commun, pas de pacte commun, pas de marché commun. Nous sommes démembrés en huit états : Lombardie, Parme, Toscane, Modène, Lucques. Etats du pape, Piémont, royaume de Naples, tous indépendants les uns des autres, sans alliance, sans unité de but, sans liaison organisée entre eux. Huit lignes de douanes, sans compter les tracasseries intérieures de chaque Etat, fractionnent nos intérêts matériels, limitent notre marché et nous interdisent la grande industrie, la grande activité commerciale, tous les encouragements qu'un centre d'impulsion donnerait à nos facultés. Des prohibitions ou des droits énormes entravent l'importation et l'exportation des objets de première nécessité dans chacun des Etats italiens : des produits territoriaux et industriels surabondent dans une province italienne et manquent dans l'autre, et nous ne pouvons nous vendre le superflu ou nous fournir le nécessaire réciproquement et librement. Huit systèmes différents de monétisation, de poids et mesures, de législation civile, commerciale, pénale, d'organisation administrative, et de mesures de police, nous séparent, nous rendent, autant que possible, étrangers les uns aux autres. Et tous ces Etats, ainsi partagés, sont régis par des gouvernements despotiques, dans l'action desquels le pays n'intervient nullement. Il n'y existe de liberté ni de presse, ni d'association, ni de parole, ni de pétition collective, ni d'introduction de livres étrangers, ni d'éducation ; rien. Un de ces Etats, comprenant à peu près le quart de la péninsule, appartient à l'Autriche : les autres, quelques-uns par des liens de famille, tous par le sentiment de leur faiblesse, en subissent aveuglément l'influence.

Giuseppe Mazzini, « l'Italie, l'Autriche et le pape » (10 septembre 1845). La revue indépendante, 1845.



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