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Le commerce des Européens avec la Chine au XVIIIe siècle


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Modifié : 30/05/2016 à 22h14


Jean-François de Lapérouse était un explorateur chargé par le roi de France d'approfondir la connaissance du Pacifique. Du 3 au 7 janvier 1787, il fait escale à Macao, petite île tenue par les Portugais en face de Canton.

Comme on est aussi éloigné de la Chine à Macao qu'en Europe, par l'extrême difficulté de pénétrer dans cet empire, je n'imiterai pas les voyageurs qui en ont parlé sans avoir pu connaître, et je me bornerai à décrire les rapports des Européens avec les Chinois, l'extrême humiliation qu'ils y éprouvent, la faible protection qu'ils peuvent retirer de l'établissement portugais sur la côte de la Chine, l'importance enfin dont pourrait être la ville de Macao pour une nation qui se conduirait avec justice, mais avec fermeté et dignité, contre le gouvernement peut-être le plus injuste, le plus oppresseur, et en même temps le plus lâche qui existe dans le monde.

Les Chinois font avec les Européens un commerce de cinquante millions, dont les deux cinquièmes sont soldés en argent, le reste en drap anglais, en calin de Batavia ou de Malac, en coton de Surate ou du Bengale, en opium de Patna, en bois de sandal, et en poivre de la côte de Malabar. On apporte aussi d'Europe à la Chine quelques objets de luxe, comme glaces de la plus grande dimension, montres de Genève, corail, perles fines ; mais ces derniers articles doivent à peine être comptés, et ne peuvent être vendus avec avantage qu'en très-petite quantité. On ne rapporte en échange de toutes ces richesses que du thé vert ou noir, avec quelques caisses de soie écrue (1) pour les manufactures européennes. Je ne compte pour rien les porcelaines qui lestent les vaisseaux, et les étoffes de soie qui ne procurent aucun bénéfice. Aucune nation ne fait certainement un commerce aussi avantageux avec les étrangers, et il n'en est point, cependant, qui impose des conditions aussi dures, qui multiplie avec plus d'audace les vexations, les gênes de toute espèce ; il ne se boit pas une tasse de thé en Europe qui n'ait coûté une humiliation à ceux qui l'ont acheté à Canton, qui l'ont embarqué, et ont sillonné la moitié du globe pour apporter cette feuille dans nos marchés.

Jean-François de Lapérouse, Voyage de Lapérouse, Paris, Arthus Bertrand, 1831, pp. 202-204.

(1) soie écrue : qui n'a pas encore été teinte.




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