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La politique du ralliement

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Modifié : 05/05/2016 à 15h55


Le 17 février 1892, le quotidien Le Petit journal publia une interview exclusive du pape Léon XIII (événement inédit) qui venait officiellement confirmer la politique du ralliement à la République. Cette politique fut préparée par le Saint-Siège depuis les années 1880 et annoncée par le toast du cardinal Lavigerie à Alger le 18 novembre 1890.

Le Saint-Père a commencé par nous témoigner sa satisfaction de voir le représentant d'un journal qui s'occupe des affaires du peuple en dehors des partis et qui s'adresse directement à lui.
Il s'est ensuite exprimé en termes dont je puis garantir l'authenticité absolue pour la forme comme pour le fond :


Mon désir comme la volonté de l'Eglise est que la France soit heureuse ; c'est une nation dont l'esprit est vif et le caractère généreux ; si quelquefois elle ne suit pas le chemin le plus droit, le plus conforme à ses intérêts, elle répare vite ses fautes, dès qu'elle voit bien la vérité.
Je fais le vœu, - et j'agis conformément, malgré les résistances, - que les divisions cessent et qu'il n'y ait plus chez vous de querelles stériles qui vous affaiblissent.
Je suis d'avis que tous les citoyens doivent se réunir sur le terrain légal ; chacun peut garder ses préférences intimes ; mais dans le domaine de l'action il n'y a que le gouvernement que la France s'est donné.
La République est une forme de gouvernement aussi légitime que les autres.
Je viens de recevoir le président du comité d'organisation de l'Exposition de Chicago, qui demandait au Saint-Siège son adhésion et sa participation à cette grande œuvre américaine. Les Etats-Unis, qui sont en république, malgré les inconvénients qui dérivent d'une liberté sans bornes, grandissent tous les jours, et l'Eglise catholique s'y est développée sans avoir de luttes à soutenir contre l'Etat. Ces deux puissances s'accordent très bien, comme elles doivent s'accorder partout, à la condition que l'une n'empiète pas sur les droits de l'autre ; la liberté est bien réellement là-bas le fondement des rapports entre le pouvoir civil et la conscience religieuse.
L'Eglise réclame avant toute autre chose la liberté ; ma voix autorisée doit être entendue pour que son but et son attitude ne soient plus dénaturés par des attaques mal fondées. Ce qui lui convient aux Etats-Unis lui convient à plus forte raison dans la France républicaine.
Je tiens à tous les Français qui viennent me voir le même langage indistinctement ; je souhaite qu'il soit connu de tous. Je regrette seulement jusqu'ici que les personnes haut placées n'osent pas reconnaître publiquement, comme il conviendrait, les efforts que je fais pour la paix et la prospérité de votre noble nation, que je regarde toujours comme la fille aînée de l'Eglise.
Je persiste dans cette voie et j'encourage tous ceux qui y entrent fermement.
C'est pour faciliter cette tâche que l'Eglise doit s'attacher à sa véritable mission, qui est de moraliser les âmes, d'enseigner l'esprit de sacrifice et de dévouement. En même temps elle s'intéresse à la situation des faibles : l'affirmation que j'ai faite des droits des ouvriers doit concourir à rendre plus commode et plus prompt l'apaisement intérieur, à réduire à une infime minorité ceux qui n'ont d'autre préoccupation que de troubler les esprits et d'empêcher l'union du pays, union sans laquelle il n'est pas capable de remplir ses hautes destinées.
C'est par cette constitution solide à l'intérieur que la France, en dépit de ses ennemis, se relèvera pleinement.
Je suis heureux d'apprendre que la France veut résolument la paix, malgré l'abondance de ses ressources militaires et le courage de ses enfants.
Si elle garde sans défaillance cette sagesse et cette patience, si elle sait s'arracher aux divisions qui arrêtent son développement et paralysent son influence, si elle se décide à s'abstenir des tracasseries et des persécutions, elle reprendra vite son rang important et la place glorieuse qui lui appartient dans le monde.

Le Petit journal, 17 février 1892.




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