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La guerre sociale en Italie (91-88 av. J.-C.)


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Modifié : 02/12/2014 à 18h01


La guerre sociale, appelée aussi guerre des alliés, opposa Rome à ses alliés traditionnels italiens, lesquels aspiraient à la citoyenneté romaine. Ils apportaient hommes et contributions à Rome pour la guerre sans en tirer de véritables bénéfices. La guerre se termina par l'octroi de la citoyenneté romaine à l'ensemble des Italiens.

XV. [...] Le feu de la guerre Italique couvait depuis longtemps ; la mort de Drusus l'alluma. Elle commença par les habitants d'Asculum, qui avaient massacré le préteur Servius et le lieutenant Fonteius. La rébellion gagna les Marses, et de la, s'étendit aux autres contrées ; de sorte que les Romains, sous les consuls L. César et P. Rutilius (il y a cent vingt ans), eurent pour ennemis les peuples ligués de toute l'Italie. Mais le sort des alliés fut aussi malheureux que leur cause était juste. Car enfin, que demandaient-ils ? le droit de cité dans la capitale d'un empire dont ils étaient les défenseurs. A chaque guerre, disaient-ils, et tous les ans, ils fournissaient un double contingent de troupes, soit à pied, soit à cheval ; et Rome refusait d'admettre au nombre de ses citoyens des hommes par lesquels elle avait acquis cette grandeur dont elle abusait pour mépriser des peuples du même sang et d'une même origine ! Cette guerre fit perdre à l'Italie plus de trois cent mille hommes, la fleur de sa jeunesse.

XVI. Les généraux qui s'y distinguèrent furent, parmi les Romains, Cn. Pompée, père du grand Cn. Pompée, C. Marius, dont j'ai déjà parlé, L. Sylla, qui sortait de la préture, Q. Metellus Pius, fils du Numidique. II mérita ce surnom de Pius, lorsque sa tendresse filiale, aidée de l'autorité du Sénat et de l'assentiment unanime de la république, ménagea le retour de son père, exilé par L. Saturninus pour s'être refusé seul au serment d'observer les lois que ce tribun avait publiées. La cause de l'exil de Metellus, son exil même et son retour ne furent pas moins glorieux pour lui que ses dignités et ses triomphes.
Les principaux chefs des alliés étaient Popedius Silon, Herius Asinius, Insteius Caton, C. Pontidius, Telesinus Pontius, Marius Egnatius, Papius Mutilius. Et pourquoi déroberais-je quelque chose a la gloire de mon sang par une modestie mal placee, quand je n'ai rien a dire qui ne soit conforme a la vérité ? Minatius Magius, d'Asculum, mon troisième aïeul, est digne ici d'un honorable souvenir. Petit-fils d'un des principaux habitants de Capoue, de Decius Magius, dont Rome éprouva la fidélité illustre, Minatius ne fut pas moins fidèle. A la tête d'une légion qu'il avait levée lui-même dans le pays des Hirpins, il prit Herculanum avec T. Didius, se joignit a L. Sylla pour assiéger Pompei, et se rendit maître de Cosa. Bien des historiens ont célébré ses mérites ; mais nul ne leur a rendu un plus complet et plus éclatant hommage que Q. Hortensius dans ses Annales. Le peuple romain récompensa dignement son zèle : il lui accorda le droit de cité romaine, par privilège spécial ; et ses deux fils furent nommes préteurs, a une époque ou ces magistrats n'étaient encore qu'au nombre de six.

La guerre Italique fut sanglante et mêlée de revers ; en l'espace de deux années consécutives, deux consuls, Rutilius et Porcius Caton furent tués, les armées romaines battues en plusieurs rencontres ; il fallut prendre le sagum et pendant longtemps le garder. Les peuples ligués avaient déjà choisi Corfinium pour être la capitale de leur empire, et lui donnaient le nom d'Italicum. Mais peu à peu Rome, en accordant le droit de cité aux peuples qui n'avaient point pris les armes ou qui les avaient déposées a temps, rétablit sa fortune ; ce furent Sylla, Marius et Pompée qui relevèrent l'Etat penchant et glissant vers sa ruine.

XVII. On touchait à la fin de la guerre. La seule ville de Nole se maintenait encore en état d'hostilité. Les Romains, affaiblis eux-mêmes, accordèrent aux Italiens, vaincus et humiliés, le droit de cité qu'ils leur avaient refusé, avant que la lutte les eût épuisés les uns et les autres. Q. Pompée fut alors nomme consul. Il eut pour collègue L. Cornelius Sylla, cet homme en qui l'on ne peut ni assez louer le guerrier qui sut vaincre, ni détester assez l'abus de la victoire.

Velleius Paterculus, Œuvres, livre II, XV-XVII. Traduction de Després et Gréard, Paris, Garnier frères, 1864, pp. 41-44.





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