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L'assassinat du duc de Guise


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Modifié : 23/08/2014 à 17h41


Le vendredi 23e de décembre, le Roy manda de bon matin au duc de Guise et au cardinal son frère qu'ils vinssent au Conseil et qu'il y avoit à leur communiquer des affaires d'importance. Venus à son mandement, ils vont à la Chambre du Conseil où ils séent en leurs rencs avec les autres Conseillers d'Estat, qui jà y estoient devant eux, entre autres les mareschaux Domont et de Rais.

Entrans au château, ils trouvèrent les gardes renforcées et plus fières que de coustume, qui demandèrent au duc de Guise de l'argent et le prièrent de les faire paier, mais avec une façon autre que d'accoustumée (ce sembloit) et moins respectueuse. A quoi, toutefois, ne prenans autrement garde, passèrent oultre. Et combien que le duc de Guise, de plusieurs endroits, eust eu advertissement de ce qui se machinoit et brassoit contre lui, mesmes le matin en aiant eu neuf divers advis, dont il mist le neufviesme en sa pochette, disant tout haut : « Voila le neusviesme d'aujourd'hui, » si ne peust-il, pour tout cela, mettre en son esprit que le Roy peust ou voulust lui jouer un mauvais tour ; tant ce grand esprit estoit avveuglé aux choses les plus claires. Dieu lui aiant bandé les yeux comme il fait ordinairement à ceux qu'il veult chastier et punir. Estant donc entré au Conseil, habillé d'un habit neuf, de couleur grise et fort léger pour la saison, l'oeil du costé de sa balaffre lui fust veu pleurer ; seingna par le nez deux ou trois gouttes, dont il envoia quérir un mouchoir par un page, dans lequel on disoit qu'il y avoit un billet lié à un des coings, qui l'advertissoit de sortir incontinent ou qu'il estoit mort ; mais que le billet fust osté au dit page, en montant, et le mouschoir seul baillé. Après, il eust mal au cœur et comme un affoiblissement, que beaucoup interprétoient plus à un excès de nuit qu'il avoit fait avec une dame assez commune du roiaume que non pas à l'appréhension (qui a esté le bruit commun, faux toutefois au rapport de ceux qui congnoissoient les actions plus privées de ce prince).

Sur ce, le Roy le manda par Revol, l'un de ses Secrétaires d'Estat, qui le trouva comme il achevoit de serrer, dans un drageoir d'argent qu'il portoit, quelques raisins ou prunes qu'il avoit pris pour son mal de cœur.

Et à l'instant, se levant du Conseil pour aller trouver Sa Majesté, comme il entroit dans la chambre du Roy, un des gardes lui marcha sur le bout du pied ; et combien qu'il entendist assez ce que cela vouloit dire, neantmoins, sans faire autre semblant, il poursuit son chemin vers le cabinet (comme ne pouvant fuir à son malheur). Et soudain, par dix ou douze des Quarante-cinq, là disposés en embuscade derrière une tapisserie, fut saisi aux bras et aux jambes, et par eux poingnardé et massacré, jettant, entre autres paroles et cris, ce dernier qui fust clairement entendu : Mon Dieu, je suis mort ! Aiez pitié de moi ! Ce sont mes pecchés qui en sont cause. Sur ce pauvre corps mort fut jette un meschant tapis, et là laissé quelque temps gisant et exposé aux opprobres et moqueries des courtizans, qui l'apeloient le beau Roy de Paris (nom que Sa Majesté lui avoit donné).

Pierre de l'Estoile, Mémoires-journaux de Pierre de l'Estoile, tome III, Journal de Henri III, 1587-1589, Paris, Librairie des Bibliophiles, 1876, pp. 197-199.




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