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Propagande pour le Oui au plébiscite de 1870


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Modifié : 16/07/2014 à 22h17


Émile Ollivier, républicain rallié à l'Empire, élu député du Var aux élections législatives de 1869, fut chef du gouvernement impérial à partir de janvier 1870. Fin avril 1870, il adressa à ses électeurs du Var un tract en faveur du Oui pour le plébiscite du 8 mai 1870 qui devait ratifier les réformes libérales de l'Empire.

Paris, le 25 avril 1870


AUX ÉLECTEURS
de la première circonscription du Var.


Mes chers CONCITOYENS,

On dit aux champs qu'il est bon de couper de temps en temps le bois mort des arbres, afin que leurs parties vivantes se développent avec force. L'Empereur vient aussi de couper le bois mort de sa Constitution, afin qu'elle ait une vigueur nouvelle et comme un rajeunissement.

Le 8 mai, il vous demandera s'il a bien fait. Je vous conseille de répondre avec entrain à cet appel, et d'arriver tous au scrutin avec un bulletin sur lequel sera écrit : Oui.

Quelques-uns vous engageront à répondre : Non. Ne les écoutez pas.

Il y a longtemps que vous me connaissez. Parmi vous plusieurs se rappellent mes discours lorsque, débutant dans la vie, je parcourais vos campagnes. Qu'ils vous disent si mes paroles n'étaient pas toujours dirigées contre la violence, la colère et la haine, et si je ne combattais pas alors les doctrines révolutionnaires avec autant de résolution que je le fais aujourd'hui.

Savez-vous d'où découle cette unité de mes idées ? De l'unité de mes sentiments. En politique, je n'ai eu qu'une passion : l'amour du grand et bon peuple de France ; et c'est le désir de soulager ses souffrances, d'élever sa situation intellectuelle, matérielle et morale qui m'a rendu facile la résignation aux misères quotidiennes de la vie publique.

Or quelle est la victime expiatoire des Révolutions ? n'est-ce pas le peuple ? Quand l'ordre est troublé dans la rue et que les affaires s'arrêtent, la Providence ne fait pas au-dessus de nos têtes une révolution dans les éléments, le soleil continue à mûrir les épis et les grappes, et le riche n'est jamais au dépourvu. Quelle désolation, au contraire, dans la demeure du pauvre travailleur ! Voilà pourquoi j'ai toujours détesté les révolutions.

N'écoutez pas ceux qui vous conseillent de voter non. Supposez qu'ils l'emportent le 8 mai dans le Var et partout en France : qu'arriverait-il ? Ils se vengeraient, emprisonneraient, exileraient ; ils établiraient la République sociale, frapperaient les riches comme ils le promettent dans vos chambrées. Et après ? Cela ne durerait pas plus longtemps qu'un jour d'orage. La nation, honteuse d'une défaillance passagère, ne tarderait pas à se lever et à dire : Assez vécu en anarchie et en désordre. Et à leur tour ceux qui auraient frappé seraient frappés.

Supposez, au contraire, que nos amis triomphent : combien tout sera différent ! De longs jours de sécurité, de confiance et de repos nous seront assurés. Débarrassés des discussions constitutionnelles, des interpellations, des menaces d'émeute, des prophéties de révolution, l'Empereur et ses ministres pourront s'occuper, avec plus de sollicitude encore que par le passé, des moyens d'adoucir le sort de celui qui ne possède pas, sans violer le droit de celui qui possède ; et nous n'aurons pas à redouter ces temps de guerre civile où ce ne sont pas les fils qui ferment les yeux de leurs pères, mais les pères qui ferment les yeux de leurs fils.

Allez donc, mes chers compatriotes, allez au vote avec ensemble, avec ardeur. Aux dernières élections législatives, triomphant de la Révolution par votre libre initiative, vous avez donné à la France un exemple qui a été suivi à Lyon et qui le sera partout. Recommencez à l'occasion du plébiscite, réunissez-vous, organisez-vous, et ne vous laissez pas intimider par ceux qui suppléent à leur petit nombre par le bruit qu'ils font.

Si leurs paroles étaient de miel, je comprendrais que vous fussiez séduits. Mais comment ne résisteriez-vous pas à un langage grossier, composé de bassesse et d'injures : digne expression de doctrines tournées vers la matière, et où ni l'âme ni Dieu n'ont plus de place !

Envoyez-nous une belle majorité. Je la recevrais comme un témoignage de votre affection, et mes forces pour vous servir seront accrues.

Tout vôtre,
ÉMILE OLLIVIER,
député de la 1ère circonscription.


Archives départementales de la Haute-Garonne, 3M 31.




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