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Le baptême de Clovis

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Modifié : 25/04/2011 à 14h59


XXX - La reine [Clotilde] ne cessait donc de supplier le roi [Clovis] de reconnaître le vrai Dieu et d'abandonner les idoles ; mais rien ne put l'y décider jusqu'à ce que, dans une guerre avec les Alamans, il fut forcé de confesser ce qu'il avait jusque-là voulu nier. Il arriva que les deux armées combattant avec un grand acharnement, celle de Clovis allait être taillée en pièces. Alors Clovis, plein de ferveur, éleva les mains vers le ciel, et, fondant en larmes, s'écria : « Jésus-Christ, que Clotilde affirme être le Fils du Dieu vivant, qui, dit-on, assistes dans les périls et accordes la victoire à ceux qui espèrent en toi, j'invoque avec dévotion ton glorieux secours ; si tu m'accordes la victoire sur mes ennemis, et que je fasse l'épreuve de cette puissance dont le peuple, qui t'est consacré dit avoir reçu tant de preuves, je croirai en toi, et me ferai baptiser en ton nom ; car j'ai invoqué mes dieux, et je vois bien qu'ils m'ont refusé leur appui. Je crois donc qu'ils n'ont aucun pouvoir, puisqu'ils ne secourent pas ceux qui les servent. C'est toi que j'invoque maintenant ; c'est en toi que je veux croire ; fais seulement que j'échappe à mes ennemis ! » Comme il disait ces paroles, les Alamans, tournant le dos, commencèrent à se mettre en déroute ; et voyant que leur roi était mort, ils se soumirent à Clovis, en lui disant : « Cesse de faire périr notre peuple, car nous sommes à toi. » Clovis, ayant arrêté le carnage et parlé à son armée, rentra en paix dans son royaume, et raconta à la reine comment il avait obtenu la victoire en invoquant le nom du Christ. Ces événements se passaient la quinzième année de son règne.
XXXI - Alors la reine manda en secret saint Remi, évêque de Reims, le priant de faire pénétrer dans le cœur du roi la parole du salut. Le pontife vit Clovis, et l'engagea peu à peu et secrètement à croire au vrai Dieu, créateur du ciel et de la terre, et à abandonner ses idoles qui n'étaient d'aucun secours, ni pour elles-mêmes, ni pour les autres. Clovis lui dit : « Très-saint père, je t'écouterais volontiers ; mais le peuple qui m'obéit ne veut pas abandonner ses dieux ; cependant j'irai vers eux et je leur parlerai d'après tes paroles. » Il assembla donc ses guerriers ; alors avant qu'il eût parlé, et par l'intervention de la puissance divine, tout le peuple s'écria d'une voix unanime : « Pieux roi, nous rejetons les dieux mortels et nous sommes prêts à servir le Dieu immortel que prêche saint Remi. » On apporta cette nouvelle à l'évêque qui, transporté de joie, fit préparer les fonts sacrés. Les places publiques sont ombragées de toiles peintes ; les églises sont ornées de blanches courtines, l'encens exhale ses parfums, les cierges odorants répandent la lumière ; l'église du saint baptême respire tout entière une odeur divine, et les assistants purent croire que Dieu, dans sa grâce, répandait sur eux les parfums du Paradis. Le roi demanda au pontife à être baptisé le premier. Nouveau Constantin, il marche vers le baptistère, pour s'y purifier de la lèpre qui depuis longtemps le souillait, et laver dans une eau nouvelle les taches honteuses de sa vie passée. Comme il s'avançait vers le baptême, le saint de Dieu lui dit de sa bouche éloquente : « Courbe humblement la tête, Sicambre ; adore ce que tu as brûlé, brûle ce que tu as adoré. »

Grégoire de Tours, Histoire des Francs, II (entre 573 et 594). Traduction d'Alfred Jacobs, 1862.



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