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Le commencement de la guerre de Trente Ans


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Modifié : 01/07/2014 à 12h11


Il y avoit en Bohême deux Religions autorisées par les Loix, l'une qu'on appelloit sub una, & l'autre qu'on nommoit sub utraque. La première étoit professée par les Catholiques, qui ne communioient que sous une feule espèce ; la seconde, par les Hussites, qui recevoient le Sacrement de l'Eucharistie fous les deux espèces, & qui, depuis la Réformation, étoient devenus de véritables Protestans. J'ai parlé ailleurs des Guerres de Religion qui affligèrent ce Royaume, sous le Règne de l'Empereur Sigismond. Il suffit donc d'ajouter ici, que cet Empereur ne put se faire reconnoitre pour Roi de Bohême qu'en accordant aux Hussites un Edit, par lequel, entre autres privilèges, il étoit ordonné qu'il ne pourroit y avoir dans la Ville de Prague aucun Magistrat ni Bourgeois qui ne fût de leur Religion. Cet Edit, qui fut donné en 1435, fut observé jusqu'en 1570 [...]. Depuis ce tems-là, l'Edit de Sigismond fut très souvent violé : & enfin, les Jésuites furent introduits dans Prague, & y firent bâtir un magnifique Collège. Ainsi, peu-à-peu le nombre des Catholiques s'accrut considérablement dans cette Ville, par la faveur des Gouverneurs & des autres Officiers de l'Empereur qui étoient tous de la même Religion. A mesure que leur nombre croissoit , ils portoient plus loin leurs prétentions, & enfin, s'il en faut croire l'Apologie que le Peuple de Bohême publia dans la suite, ce ne furent que violations continuelles de l'Edit de Sigismond. Cependant, fous le Règne de Rodolphe II, les Protestans, par l'intercession du Prince Matthias, obtinrent de l'Empereur un second Edit, qui, sous prétexte de confirmer leurs privilèges, les mettoit dans une espèce d'égalité avec les Catholiques, quoique, pendant l'espace de cent-cinquante ans, ils eussent eu la supériorité. C'étoit pourtant beaucoup pour eux, vu la conjoncture du tems, que d'avoir obtenu cette égalité. Mais quoiqu'elle fût bien au-dessous de leurs anciens privilèges, les Officiers que l'Empereur avoit en Bohême, jugeant que cet Edit étoit préjudiciable à la Religion Catholique, refusèrent de le faire publier, disant qu'il avoit été extorqué de l'Empereur, pendant qu'il étoit en guerre contre les Turcs. [...]
Rodolphe II étant mort en 1614, Matthias son frère lui succéda, tant dans le Royaume de Bohême, que dans la Dignité Impériale. Sous ce nouveau Roi, les privilèges des Protestans furent violez bien plus ouvertement, & avec plus de hauteur que sous le dernier, s'il en faut croire leur Apologie. Mais ce ne fut pas encore tout. Matthias ayant adopté Ferdinand d'Autriche son Neveu, voulut aussi lui assurer la Couronne de Bohême.

[Des représentants protestants des Etats de Bohême défenestrent trois officiers du roi au château de Prague et chassent les Jésuites]

Les choses en étant venues à cette extrémité, les Etats [de Bohême] publièrent une Apologie, pour instruire le Public des raisons qu'ils avoient eues de punir ces Officiers. Mais, comme ils jugeoient bien que l'Empereur ne les écouteroit pas, ils signèrent une Confédération par laquelle ils promettoient de s'assister mutuellement, envers & contre tous. [...]
L'Empereur Matthias étant mort le 20. de Mars 1619. Ferdinand, son Neveu & son Fils adoptif, se fit proclamer Roi de Bohême, tant en conséquence de son élection, dont j'ai déjà parlé, qu'en vertu du droit héréditaire qu'il prétendoit avoir sur cette Couronne. [...] Non seulement Ferdinand fut reconnu comme Roi de Bohême, mais il fut encore élu Empereur le 18/28 d'Août 1619. Alors les Etats de Bohême, voyant qu'ils n'avoient pu empêcher Ferdinand d'être Empereur, firent serment qu'ils ne le reconnoitroient point pour leur Roi ; & en même tems, ils élurent Roi Frideric Electeur Palatin, & lui envoyèrent des Députez pour lui annoncer son élection, & pour le prier de se rendre à Prague. Frédéric ne se fit pas beaucoup solliciter pour accepter la Couronne qui lui étoit offerte par ceux qui, selon lui, avoient le droit d'en disposer.
L'affaire de Bohême mettoit une partie des Princes de l'Europe en mouvement, & tenoit les autres en inquiétude. Ferdinand & Frideric avoient chacun leurs amis & leurs Alliéz, qui se préparoient a leur donner du secours ; pendant que Jaques demeuroit neutre, & se persuadoit qu'en faisant parade de sa neutralité, il porterait les deux Concurrens à le prendre pour arbitre de leur différend. Mais l'un & l'autre le tenoient pour suspect [...]
Si l'Angleterre avoit pris le parti de Frideric, & qu'avec une bonne Flotte elle eût tenu I'Espagne & les Païs-Bas en échec, il y a beaucoup d'apparence que Ce Prince auroit conservé sa Couronne tant ses affaires se trouvoient dans une bonne situation au commencement de l'année 1620. Plusieurs Princes d'Allemagne avoient formé une Ligue pour le soutenir, & levoient actuellement une Armée, que le Prince d'Anspach devoit commander. D'un autre côté, Betlem Gabor, Prince de Transilvanie, avoit fait révolter les Hongrois contre Ferdinand ; & déjà la plus grande partie de l'Autriche avoir suivi l'exemple de la Hongrie & de la Bohême. Tout cela causoit de grands embaras à l'Empereur, & le lui en auroit bien causé davantage, si l'Electeur de Saxe étoit toujours demeuré neutre comme il l'avoit d'abord résolu. Mais l'Empereur lui ayant offert de lui céder la Haute Lusace, à condition qu'il en feroit la complète, il ne put résister à la tentation d'acquérir un Pais qui étoit si sort à sa bienséance. De plus, le Duc de Bavière & les trois Electeurs Ecclésiastiques se déclarèrent pour l'Empereur, & le Pape lui fournit quelque argent, & le Roi d'Espagne fit marcher à son secours les Troupes qu'il avoit à Naples & dans le Duché de Milan.

DE RAPIN THOYRAS Paul, Histoire d'Angleterre, tome huitième, La Haye, 1749, pp. 138-146.




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