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L'appel au peuple

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Modifié : 28/06/2014 à 18h35


Le 19 novembre 1873 à la Chambre des députés, Eugène Rouher, ancien ministre du Second Empire et dirigeant du parti de l'Appel au peuple (bonapartistes), plaide pour une consultation directe de la nation sur la forme du régime à adopter. L'amendement est repoussé par 492 voix contre 88.

M. ROUHER : [...] il faut se demander quel est le désir du pays. Ce que veut le pays, c'est du définitif ; c'est la cessation des agitations, le calme, la sécurité, l'avenir. (Très bien ! très bien ! à gauche) Pouvez-vous les lui donner ? (Très bien ! très bien ! à gauche)
Voix à droite : et vous ? (bruit)
M. ROUHER : Pouvez-vous, pouvons-nous les lui donner ? Oui. Et par quel moyen ? Par l'appel au peuple. Là est le droit, là est la vérité, là est l'ordre. [...]
Oui, l'appel au peuple, c'est le droit. Ce n'est pas un expédient, c'est un principe ; c'est une impérieuse nécessité dans les circonstances actuelles.
Je sais bien qu'il sera combattu, mais il fera son chemin dans le pays et dans cette Assemblée.
On m'interrompt pour me dire que le plébiscite de 1870 a eu peu de durée. Le plébiscite de 1870 est parfaitement innocent de la guerre. Il était une raison pour ne pas la faire et non une raison pour la faire.
La souveraineté nationale est un dogme qui depuis 1789 a pris possession des institutions politiques de ce pays et a répandu partout le droit ; il a traversé des époques sanglantes ; il s'est voilé en 1815 devant le principe de la tradition, mais il a reparu sur les barricades de 1830, et en 1848 il s'est étendu.
Son arme est le suffrage universel. Beaucoup la redoutent, mais personne n'est assez téméraire pour
Rien de sérieux ne se fera si le gouvernement qu'on fondera n'a pas pour base le suffrage universel. [...]
On dit encore que les plébiscites n'ont été que des ratifications révolutionnaires et césariennes, qu'on rend nécessaire la réponse qu'on désire. Je réponds que le droit est supérieur à l'exercice qui en est fait. Rappelez-vous le plébiscite de 1848 : l'un des candidats était au pouvoir. Son compétiteur était un exilé de la veille, le peuple votait dans son indépendance : vous savez ce qu'il a répondu.
Que disons-nous ? Nous disons qu'il y a trois grands partis en France ; chacun se croit sûr de l'opinion publique et de la majorité dans le pays. Formulons ainsi la question : Royauté, République, Empire ; que trois bulletins soient mis dans les mains de l'électeur : vous croyez qu'il ne sera pas libre en se présentant devant l'urne ? Vous conduisons-nous donc au despotisme ? Mais est-ce que notre amendement ne demande pas, après l'appel au peuple, une Assemblée constituante ? [...]

Ce serait un grand enseignement de moralité politique pour ce pays que la constitution d'un gouvernement pur, à son origine, de révolution et de coup d'Etat. ce gouvernement aurait ainsi force, autorité et prestige à l'extérieur comme à l'intérieur. Si, au contraire, le gouvernement est fait par une Assemblée, tous les partis resteront debout.
Mais pourquoi tant discuter ? Est-ce que vous pouvez faire autre chose ? Vous jetez dès à présent un regard indiscret au delà du vote du pays pour en pressentir le résultat. Quant à moi, je le déclare : je suis prêt à accepter le verdict de la nation. J'ai confiance dans la Providence et dans le peuple. (Applaudissements sur divers blancs à droite. - Mouvement prolongé)

Le Journal des débats politiques et littéraires, 20 novembre 1873.



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