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Discours sur les principes politiques de l'Empire


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Modifié : 21/12/2013 à 11h43


Extraits du discours sur les principes politiques de l'Empire, prononcé le 26 août 1863 au cercle des Arts et du Commerce de Saint-Etienne, par le duc de Persigny, homme d'Etat proche de Napoléon III.

Vous savez, Messieurs, dans quelles circonstances le 10 Décembre posa les fondements de l'Empire. Quand le peuple français, s'inspirant de glorieux souvenirs, appelait l'héritier d'un héros à présider ses destinées, il ne s'agissait pas seulement de mettre un terme à l'anarchie matérielle qui désolait le pays. Il y avait en France un mal plus grave qu'une désorganisation accidentelle. Les malheurs du temps, les suites de nos révolutions, avaient amené les choses à cette extrémité redoutable d'opposer les classes entre elles (c'est vrai ! c'est vrai !), en divisant le pays en trois parties qui représentaient chacun les intérêts, les passions, les préjugés d'une des trois classes de la société. Chacun de ses partis ayant son gouvernement de prédilection, si l'un d'eux, celui des classes élevées par exemple, était au pouvoir, comme sous la Restauration, il rencontrait l'opposition ardente des classes moyennes et populaires. Si le parti des classes moyennes réussissait à son tour à s'emparer du gouvernement, comme sous Louis-Philippe, c'était contre lui que s'acharnait l'hostilité des deux autres. Enfin, quand les deux premiers étaient détrônés par la République, de nouvelles coalitions de classe, de nouvelles convulsions achevaient la désorganisation du pays : de sorte que non seulement la réunion des deux classes contre une rendait continuellement tout gouvernement impossible, mais qu'à chaque crise politique, c'était la société elle-même qui était en péril. (Bravos.)

[...] Mais Dieu protège la France ! et il en donne bientôt une preuve éclatante, en faisant sortir d'une manière imprévue, inouïe, des entrailles du peuple, un nom, un symbole, un homme qui seul pouvait mettre un terme à nos luttes intestines.

Admirez, Messieurs, les voies de la Providence ! Supposez que le 10 Décembre eût été le triomphe d'un des trois partis, légitimiste, orléaniste ou républicain ! Et la France, rentrant dans le cercle des évolutions précédentes, continuait sa marche fatale à travers tous les dangers de la guerre sociale. Mais l'héritier de l'Empereur arrivant au pouvoir, seul, n'ayant pas même autour de lui les serviteurs de sa famille, depuis longtemps fondus dans l'un ou l'autre des trois partis, son avènement n'était le triomphe ni la défaite d'aucun d'eux. Pour constituer son gouvernement, depuis les ministres jusqu'aux plus humbles agents de l'administration, depuis les grands corps de l'Etat jusqu'aux municipalités des plus petites communes, il était conduit, par la plus heureuse des nécessités, à appeler à son aide tous les hommes de bonne volonté, sans distinction d'origine politique, et, par conséquent, à constituer le nouveau parti du Gouvernement non plus avec les représentants d'un parti ou d'une classe, mais avec ceux de tous les partis et de toutes les classes. (Très-bien ! très-bien !)

Rendons hommage, Messieurs, au patriotisme de la grande majorité des partisans des anciennes opinions. A peine la pensée éminemment sociale de l'Empire pénétrait-elle dans les esprits, qu'une foule d'hommes des trois partis n'hésitaient plus à faire au bien public le sacrifice de leurs préférences. Sur le terrain neutre où les conviait le nouvel Auguste, ils ne craignaient plus de se donner la main, car chacun trouvait dans l'Empire, sinon toutes les satisfactions, du moins la principale satisfaction de ses opinions. Pour les hommes du parti des classes élevées, plus portés vers le culte des traditions royales, l'Empire, à défaut de l'ancienne légitimité, offrait au moins le caractère de l'unité monarchique ; à ceux du parti des classes moyennes, il assurait une liberté modérée avec l'ordre indispensable à la prospérité du commerce et de l'industrie ; et ceux du parti des classes populaires y voyaient le triomphe éclatant de la démocratie. Le nouveau parti du Gouvernement, quoique formé d'éléments en apparence hétérogènes, avait donc l'immense avantage de représenter les trois opinions, les trois partis, les trois classes. En se constituant ainsi, il établissait l'unité sociale du pays, de la même manière que la réunion des trois couleurs, le blanc, le bleu et le rouge, forme le glorieux emblème de la France. (Applaudissements.)

[...] Nous avons une haute et noble mission à remplir, car le pays attend de nous le plus grand service que la génération présente puisse lui rendre, celui d'achever, de fonder son Gouvernement. Nous avons foi dans cette mission. Oui, tous tant que nous sommes, depuis les dignitaires de l'Etat jusqu'aux habitants des plus humbles villages, nous serons honorés dans notre postérité pour l'oeuvre que nous aurons accomplie. Un jour viendra où, sous le règne d'un prince qui s'appellera Napoléon IV ou Napoléon V, nos petits-fils diront avec orgueil de chacun de nous : Il était de ce parti fidèle et dévoué au pays, qui, en fondant l'Empire, a mis fin à nos révolutions et assuré la grandeur, la prospérité et la liberté de la France ! (Applaudissements prolongés.)


Victor, duc de Persigny, Le duc de Persigny et les doctrines de l'Empire, Paris, Plon, 1865, pp. 157-167.




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Evènement : En 1789, les émeutiers parisiens prennent d'assaut la Bastille, forteresse défendue par le gouverneur de Launay.

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