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Gambetta appelle au sursaut national (1870)

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Modifié : 04/12/2013 à 18h07


Proclamation de Léon Gambetta du 9 novembre 1870.

Tours, 9 novembre.


Français !

Élevez vos âmes et vos résolutions à la hauteur des effroyables périls qui fondent sur la patrie ; il dépend encore de nous de lasser la mauvaise fortune et de montrer à l'univers ce qu'est un grand peuple qui ne veut pas périr, et dont le courage s'exalte au sein même des catastrophes.

METZ A CAPITULÉ !!! Le général [Bazaine] sur qui la France comptait, même après l'expédition du Mexique, vient d'enlever à la patrie en danger plus de cent mille de ses défenseurs.

Bazaine a trahi ; il s'est fait l'agent de l'homme de Sedan, le complice de l'envahisseur, et au mépris de l'honneur de l'armée, dont il avait la garde, il a livré, sans même essayer un suprême effort, cent vingt mille combattants, vingt mille blessés, ses fusils, ses canons, ses drapeaux, et la plus forte citadelle de la France, Metz Vierge, jusqu'à lui, des souillures de l'étranger.

Un tel crime est au-dessus même des châtiments de la justice ; et maintenant, Français, mesurez la profondeur de l'abîme où vous a précipités l'Empire. Vingt ans, la France a subi ce pouvoir corrupteur qui tarissait en elle toutes les sources de la grandeur et de la vie.

L'armée de la France, dépouillée de son caractère national, devenue, sans le savoir, un instrument de règne et de servitude, est engloutie, malgré l'héroïsme des soldats, par la trahison des chefs, dans les désastres de la patrie ; en moins de deux mois, deux cent vingt mille hommes ont été livrés à l'ennemi; sinistre épilogue du coup de main militaire de Décembre ! Il est temps de nous relever, et c'est sous l'égide de la République que nous sommes décidés à ne laisser capituler ni au dedans ni au dehors, de puiser dans l'extrémité de nos malheurs le rajeunissement de notre moralité, de notre virilité politique et sociale.

Oui, quelle que soit l'étendue du désastre, il ne nous trouve ni consternés ni hésitants ; nous sommes prêts aux derniers sacrifices, et en face d'un ennemi que tout favorise, nous jurons de ne jamais nous rendre ; tant qu'il restera un pouce de sol sacré sous nos semelles, nous tiendrons ferme le glorieux drapeau de la République française.

Notre cause est celle de la justice et du droit.

L'Europe le voit, l'Europe le sait ; devant tant de malheurs immérités, spontanément, sans avoir reçu de nous ni invitation, ni adhésion, elle s'est émue, elle s'agite.

Pas d'illusions ; ne nous laissons ni alanguir, ni énerver, et prouvons par des actes que nous voulons, que nous pouvons tenir de nous-mêmes l'honneur, l'indépendance, l'intégrité, tout ce qui fait la patrie libre et fixe. Vive la France. — Vive la République une, indivisible !

MARTINY DE RIEZ G.,Histoire illustrée de la guerre de 1870-71, Laon, Deneuville, 1871, p. 224.




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C'était un 19 Juillet
Evènement : En 1870, la France déclare la guerre à la Prusse suite à la dépêche d'Ems.

Naissance de : Edgar Degas, peintre français (1834-1917).

Décès de : Pétrarque, poète et humaniste italien (1304-1374).

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