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Une émeute urbaine à Laon (1112)


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Modifié : 20/11/2013 à 12h37


La violation des traités qui avaient constitué ladite commune de Laon, remplit les cœurs des bourgeois de stupeur et de rage ; tous les hommes en charge cessèrent de s'occuper de leurs fonctions ; les savetiers et les cordonniers fermèrent leurs boutiques; les aubergistes et les cabaretiers n'étalèrent aucune marchandise, et nul n'espérait qu'à l'avenir l'ardeur des maîtres pour le pillage laissât quelque chose à personne. L'évêque et les grands ne tardèrent pas en effet à calculer les facultés de tous les citoyens, et à exiger que chacun payât, pour détruire la commune, autant qu'on pouvait savoir qu'il avait donné pour l'établir. Les choses que je viens de dire se firent le jour même du vendredi-saint [...] ; et c'est ainsi que les âmes se préparèrent, d'un côté par l'homicide, de l'autre par le parjure, à recevoir le corps et le sang de Notre-Seigneur Jésus-Christ. L'évêque et les grands, pendant tous ces jours, ne songeaient qu'à dépouiller le peuple de tout ce qu'il possédait. D'autre part, ce n'était plus seulement de la colère, mais une rage de bête féroce qui transportait les gens de bas étage, et ils conspirèrent, sous la foi d'un mutuel serment, la mort de l'évêque et de ses complices. [...]

Le lendemain du jour où je vis l'évêque était la cinquième férie après Pâques. Ce prélat discutait dans l'après-midi avec l'archidiacre Gautier sur les sommes à exiger des bourgeois ; tout à coup un grand tumulte éclate dans la ville, et une foule de gens crient commune, commune ! De nombreuses bandes de bourgeois, armés d'épées, de haches à deux tranchants, d'arcs, de cognées, et portant des massues et des lances, inondent la basilique de la bienheureuse Vierge Marie, et [...] se précipitent dans le palais épiscopal. A la première nouvelle de cette entreprise, les grands, qui avaient juré à l'évêque de se porter à son secours, s'il arrivait qu'il en eût besoin pour cette affaire, accoururent de toutes parts. [...]

Ne pouvant à la fin repousser les audacieux assauts du peuple, il prit l'habit d'un de ses domestiques, s'enfuit dans le cellier de l'église, s'y renferma et se tapit dans une petite tonne, dont un fidèle client boucha l'ouverture, et Gaudry s'y crut bien caché. Les bourgeois courant çà et là cherchaient où il pouvait être et l'appelaient à grands cris, non pas évêque, mais coquin ; ayant saisi un de ses valets ils ne purent ébranler sa fidélité ni en rien tirer qui leur plût ; ils s'emparèrent d'un autre, et le perfide leur fit connaître par un signe de tête où il fallait chercher le prélat ; alors se précipitant dans le cellier, ils se mirent à faire des trous de tous les côtés, et de cette manière ils parvinrent à trouver leur victime. Il y avait un certain Teudegaud, homme profondément scélérat, [...] qui se chargea de tuer l'évêque.

Guibert de Nogent, Vie de Guibert de Nogent, livre III, chap. VIII-IX, Collection des mémoires relatifs à l'Histoire de France (1824, t. 6) par Guizot, Paris, J.-L.-J. Brière, 1825, pp. 42-48.




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