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Guerre et paix

Auteur : Thibault
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Modifié : 28/01/2011 à 12h48


Deux notions régissent les problèmes géopolitiques depuis des millénaires : la guerre et la paix. Au sein du règne animal, chaque être lutte pour sa survie. Il en va de même pour le monde des Etats, le but étant de s'approprier de nouveaux territoires et de s'emparer de ses ressources. Contrairement aux clichés, la guerre n'est pas un déchaînement incontrôlé de violences : une guerre organisée suppose la civilisation. Il s'agit d'un pari rationnel ayant comme enjeu des territoires et des ressources (les premières vraies guerres datent du Néolithique avec la sédentarisation des populations et donc l'apparition des territoires). La guerre nécessite une certaine organisation, les vainqueurs étant généralement ceux qui ont réussi à mobiliser les ressources le plus efficacement. La possession d'armes plus sophistiquées que celles de l'ennemi donne aussi un avantage considérable, ce qui entraîne une course à l'innovation (exemple : stimulation de l'aréonautique, invention de l'ordinateur et de la bombe atomique lors de la Seconde Guerre mondiale).


Les mutations de la guerre


De la guerre de conquête à la guerre d'autodétermination


Depuis la Seconde Guerre Mondiale, la multiplication des cadres institutionnels internationaux (création de l'ONU en 1945) pour protéger la paix et par le même coup la fixation des frontières par le droit international, la guerre de conquête, invasion par un Etat d'un territoire appartenant à un autre Etat, est devenue illégitime, une violation du droit. Ainsi, l'agression du Koweït par l'Irak de Saddam Hussein en 1990 a été condamnée par la quasi-totalité des Etats.
En revanche, la guerre d'autodétermination, reposant sur le droit des peuples à disposer d'eux-mêmes pose encore problème. Certaines populations, ne voulant plus vivre ensemble, souhaitent acquérir un Etat propre. La boîte de Pandore est alors ouverte: revendications territoriales qui se chevauchent (quand les populations sont enchevêtrées), purifications ethniques, guerre civile,... La guerre de conquête laisse donc sa place à la guerre menée au nom du droit des peuples à disposer d'eux-mêmes.

Du pillage à la reconstruction économique


Pendant longtemps, le pillage des territoires du vaincu a été l'un des grands motifs de la guerre. Cela pouvait servir à sortir temporairement d'une pénurie en s'emparant des richesses de l'Etat voisin. A la sortie de la Première Guerre mondiale, pour la France notamment, l'Allemagne doit payer. Cette logique du pillage créé haine et rancoeur chez les vaincus (revanche des allemands lors de la Seconde Guerre mondiale).
En réalité, l'intérêt du vainqueur est davantage dans la reconstruction économique du vaincu que dans son appauvrissement. La Seconde Guerre mondiale terminée, Washington comprend que laisser les vaincus dans la misère n'est pas une solution. La seule technique pour détruire un désir de revanche chez les pays vaincus est d'en faire des pays prospères. La construction européenne reposera sur cette idée : pour libérer l'Europe de la guerre, il faut unir toutes ses nations par et dans un grand marché.

L'équilibre de la terreur


Les progrès des sciences et de la technique entraînant le développement des armements ont abouti à la bombe atomique (1945) et surtout la bombe thermo-nucléaire (1952), armes de destruction radicalement nouvelles pouvant tuer plusieurs millions de personnes. Dans ce cas, aucun bénéfice ne pourrait être tiré de la guerre, les belligérants s'annihilant réciproquement. L'arme nucléaire constitue donc un moyen de faire reculer la guerre. C'est ainsi que durant la guerre froide (1947-1991), aucune des deux super-puissances, l'URSS et les Etats-Unis n'ont osé engager un conflit ouvert qui pourrait dégénérer en une guerre nucléaire, se contentant de s'affronter sur des territoires périphériques.


De la paix-trêve à la paix-construction


La paix-trêve


Pendant longtemps, et encore aujourd'hui dans certaines parties du monde, la paix n'est qu'une trêve durant laquelle les belligérants reconstituent leurs forces (quand ils le peuvent). Le vaincu, sauf s'il est détruit (ce qui est rare), prépare sa revanche. Il se reconstruit et attend le moment où son vainqueur présente une faiblesse pour lancer l'assaut (exemple : en juin 1940, les allemands, en envahissant la France, effacent l'humiliation de 1918-19).

La paix-construction


Le XXème siècle voit l'apparition d'un nouveau type de paix: la paix-construction. Il s'agit de briser le cycle des guerres à répétition et de s'installer dans une relation permanente de paix. Plusieurs facteurs peuvent expliquer la quête de la paix perpétuelle :

  • Les horreurs des deux guerres mondiales.
  • La terreur de l'arme nucléaire.
  • L'amélioration de la condition humaine par le développement économique.
  • La démocratisation du système international.

La paix-construction passe par l'aide à la reconstruction des pays vaincus par le vainqueur, l'acceptation par chaque Etat de ses frontières et l'oubli des vieilles rancoeurs.


Les conditions pour la paix


La paix hégémonique de l'empire


L'empire est une des constructions géopolitiques les plus constantes de l'Histoire. Certains se maintiennent des siècles (Empire romain, Empire ottoman,...) d'autres sont de véritables étoiles-filantes (Empire napoléonien, IIIe Reich,...). Cependant, au-delà de leur diversité, les empires sont dotés d'une capacité à instaurer une paix spéciale, appelée paix hégémonique. Cette paix repose sur deux conditions :

  • La crédibilité : l'empire doit apparaître comme puissant aux yeux des populations dominées.
  • Apport d'avantages aux peuples dominés : construction d'infrastructures (routes et aqueducs pour l'Empire romain), apport de la prospérité et de la culture (mission civilisatrice de l'homme blanc lors de la colonisation).

Un empire qui n'est plus crédible se décompose rapidement (le mouvement de décolonisation qui s'amorce après les défaites humiliantes des puissances coloniales européennes), un empire ne reposant que sur la force se heurte très vite aux résistances (IIIe Reich, Union soviétique).

La paix des équilibres


Il arrive des moments où les puissances semblent être tellement à égalité qu'aucune puissance n'ose déclencher la guerre par peur d'être vaincue. Cela explique qu'aucun conflit majeur n'ait embrasé l'Europe de 1815 à 1914, ou encore que lors de la guerre froide, aucune des deux super-puissances (Etats-Unis et URSS) n'ait choisit l'affrontement militaire direct.
Le système d'équilibre nécessite un ou plusieurs « gardiens ». Ce ou ces gardiens se donnent pour mission de rétablir l'équilibre lorsque celui-ci est perturbé. De la fin du XVIe siècle jusqu'à la première guerre mondiale, le Royaume-Uni, luttant contre toute tentative hégémonique (Louis XIV, Napoléon Ier, Guillaume II,...) en Europe, occupa le rôle de gardien de l'équilibre européen. Il arrive que le gardien soit aussi un protagoniste comme dans le cas de l'affrontement des Etats-Unis et de l'URSS dans la guerre froide.
Enfin, la dernière condition requise pour avoir un système d'équilibre est un environnement idéologique apaisé. Quand les passions sont exacerbées (guerres de Religion du XVIe siècle, l'Europe de la Révolution française et de l'Empire,...), les guerres à la fois civiles et interétatiques empêchent le maintien de la paix.

La paix institutionnelle


La paix impériale exige à la fois un empire puissant maître de son territoire et un apport d'avantages à ceux qu'il domine. La paix des équilibres est une paix fragile. Pour échapper à cette alternative, la paix institutionnelle (ou « paix démocratique ») essaye d'établir une sécurité collective basée sur des règles supra-étatiques. La SDN (qui se révéla inefficace) puis l'ONU ont été fondés dans le but d'instaurer cette paix institutionnelle.
La sécurité collective requiert un pacte social entre Etats (comme la Charte des Nations unies), chaque Etat devant adhérer à des principes communs (respect de la souveraineté et de l'intégrité territoriale des Etats, règlement pacifique des différends,...). Le pacte pose les Etats adhérents en Etats égaux en droit. La guerre est une violation du pacte, un acte de délinquance. En cas de violation du pacte, une instance supra-étatique doit intervenir par la force armée pour sanctionner « l'Etat-voyou ».

Depuis la fin de la seconde guerre mondiale, notre monde n'a pas connu de conflit majeur. Situation indédite, notre époque semble combiner les trois types de paix:

  • Paix institutionnelle, depuis la création de l'ONU.
  • Paix impériale, assurée, depuis la chute de l'URSS, par les Etats-Unis, superpuissance capable d'intervenir partout dans le monde très rapidement: première guerre du Golfe (1990), conflit du Kosovo (1999), invasion de l'Irak suspectée de détenir des armes de destruction massive (2003),...
  • Paix par l'équilibre, du fait de l'équilibre de la terreur (l'arme nucléaire) et l'émergence de nouvelles puissance concurrençant les Etats-Unis (puissances asiatiques comme la Chine).






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