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La monarchie anglaise (XVI-XVIIe siècle)

Auteur : Thibault
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Modifié : 23/10/2011 à 14h07


Henri VIII avait déjà détaché l'Eglise d'Angleterre de celle de Rome avec l'Acte de suprématie de 1534, en se proclamant chef suprême de l'Eglise anglicane. La catholique reine Marie avait tenté une réconciliation avec Rome qui ne survivra pas à sa mort. Avec Elisabeth Ière, la « reine vierge », l'Angleterre devient définitivement schismatique. Le problème religieux va dominer l'Angleterre au cours des XVIe et XVIIe siècles.


L'Angleterre schismatique d'Élisabeth (1558-1603)


Le gouvernement d'Élisabeth et l'établissement de l'anglicanisme


Conformément au testament de son père Henri VIII, Elisabeth succède à sa demi-soeur Marie morte sans enfant. Très avide de gouverner par elle-même (ce qui explique sans doute son célibat malgré ses nombreuses liaisons), elle réduit le rôle du Conseil privé et gouverne avec son principal secretary William Cecil, tout en se réservant le pouvoir de décision. En 45 ans, le parlement n'est convoqué que 13 fois et généralement pour des sessions brèves. Une révolte de l'aristocratie du Nord en 1569-70 lui offre l'occasion d'exercer une féroce répression, donnant lieu à de nombreuses exécutions, à des confiscations et des démembrements de grands domaines.

Elisabeth se montre à ses débuts prudente sur la question religieuse et cherche un compromis entre catholicisme et calvinisme. En 1559, le parlement revote l'Acte de suprématie (voté une première fois en 1534 et abrogé par Marie Tudor vers 1554) qui soumet l'Eglise anglaise à l'autorité de la reine. L'Acte d'uniformité, voté dans le même temps, rétablit avec de légères modifications le Livre de prières du protestant Edouard VI. Des évêques préparent la rédaction des Trente-Neuf Articles, votés par le parlement en 1563. Avec ce texte, la liturgie et la hiérarchie de l'Eglise anglicane restent proches du catholicisme mais le dogme devient nettement calviniste. Excommuniée par le pape en 1570, Elisabeth entame des persécutions sévères d'une part contre les opposants catholiques et d'autre part contre les opposants calvinistes (nommés les « puritains »).

Développement économique et évolution de la société anglaise


Le règne d'Élisabeth est caractérisé par un remarquable développement économique. La population de l'Angleterre (pays de Galles exclu) passe de 3 millions d'habitants en 1551 à 4,11 millions en 1601. Cette population est pour les 4/5e rurale malgré l'importante croissance de Londres. L'agriculture qui n'évolue que lentement réussit cependant à faire face à la hausse de la demande des produits alimentaires due à la croissance démographique. Le mouvement des enclosures (cloturation des champs marquant l'essor de l'individualisme agraire) se développe mais reste cependant limité. Les industries disséminées dans les campagnes sont en pleine expansion et travaillent pour l'exportation (notamment des « nouvelles draperies » copiées des Pays-Bas). Le commerce de l'Angleterre prospère grâce aux Navigation Acts d'Henri VIII que la reine complète avec des traités commerciaux.
Londres, capitale politique connaissant une croissance spectaculaire qui la fait passer de 90 000 habitants en 1563 à plus de 150 000 en 1603, joue le rôle de capitale culturelle et intellectuelle (écoles et théâtres) et de grande place commerciale (création de la Compagnie des Indes orientales en 1600) : le trafic de son port rivalise avec celui d'Anvers.

Relations avec l'Irlande, l'Ecosse et l'Espagne


Henri VIII s'était fait solennellement proclamer roi d'Irlande à Dublin en 1541 avec l'espoir de ruiner l'opposition irlandaise et d'imposer la réforme anglicane avec plus de facilité. Cette tentative s'est révélée être un échec. Sous le règne d'Elisabeth, stimulés par des missionnaires jésuites, les Irlandais montrent une opposition farouche à l'anglicanisme. D'autre part, l'Irlande est très étroitement liée, par ses relations commerciales et traditions, à l'Espagne catholique qui envisage à plusieurs reprises un débarquement en Irlande. Elisabeth parvient malgré tout à mater toutes les révoltes irlandaises et l'île semble soumise à sa mort (1603). Même si l'Irlande est dominée, l'antagonisme anglo-irlandais doublé d'un antagonisme religieux semble devenu ineffaçable.

L'Ecosse est très troublée lorsque la reine Marie Stuart (1542-1587), élevée en France et mariée au dauphin François devenu François II (1559), regagne le pays en 1560. Les aristocrates sont en pleine révolte et John Knox a fait adopter en 1560 le presbytérianisme par le parlement.
Catholique sincère, la reine multiplie les erreurs et fait face à un soulèvement général en 1567 qui aboutit à sa défaite, à son abdication en faveur de son fils Jacques et à sa fuite en Angleterre en 1568 auprès de sa cousine Elisabeth. Elle se laisse impliquer dans plusieurs complots visant à la mettre sur le trône à la place d'Elisabeth. Arrêtée et jugée, elle est finalement condamnée à mort puis décapitée en février 1587.

La monarchie espagnole conserve d'assez bons rapports avec l'Angleterre jusque vers 1568, car inquiétée par la France. Mais les relations se détériorent du fait notamment des pillages du navigateur Francis Drake dans les possessions espagnoles d'Amérique, de l'arrivée de Marie Stuart en Angleterre ou encore de l'excommunication d'Elisabeth. Vers 1574 les deux puissances décident de traiter, mais de nouveaux pillages de Francis Drake (1577-1580) qui est par ailleurs armé chevalier par Elisabeth (1580) et le renvoi d'un ambassadeur espagnol venu se plaindre ravivent les tensions.
Philippe II, roi d'Espagne devenu également roi du Portugal, veut s'assurer la maîtrise de l'Atlantique et écarter la menace anglaise. En 1586, avant même la mise à mort de Marie Stuart, il prend la décision d'envahir l'Angleterre. Une énorme flotte composée de 130 navires, nommée par le roi lui-même « l'Invincible Armada », avec à son bord 8000 marins et 19 000 soldats quitte Lisbonne en mai 1588. L'expédition se révèle être un désastre : dispersés par la tempête, les gros vaisseaux sont harcelés par les navires plus légers et plus mobiles de Drake et tentent de regagner l'Atlantique en contournant les îles britanniques par le Nord. En septembre, seule la moitié de la flotte réussit à regagner les côtes ibériques. L'Espagne a alors perdu l'espoir d'abattre sa grande rivale victorieuse qui commence à fonder des colonies en Amérique du Nord (fondation de Virginie en 1585).


L'Angleterre des premiers Stuart (1603-1642)


Le règne de Jacques Ier


A la mort d'Elisabeth, le roi d'Ecosse Jacques VI, fils de Marie Stuart, devient roi d'Angleterre sous le nom de Jacques Ier. Bien qu'intelligent et cultivé, il se rend impopulaire tant à cause de son caractère que de ses maladresses. Durant son règne, il cherche à rapprocher les couronnes d'Ecosse et d'Angleterre sans résultat probant. Malgré un regain de l'antipapisme, les passions religieuses s'atténuent. En 1618, il fait de son favori le gentilhomme George Villiers comte puis duc de Buckingham (1623). Ce dernier se voit pratiquement confié le pouvoir, suscitant de vives rancoeurs à la Cour.
Dans le palais de Whitehall, la Cour rayonne encore de l'éclat de l'époque élisabéthaine avec des hommes tels le dramaturge William Shakespeare qui produit, au sommet de sa gloire, Othello (1604) et King Lear (1608).

A sa mort en 1625, le roi Jacques Ier est peu regretté de ses sujets du fait notamment de ses folles dépenses de Buckingham et de sa politique extérieure (tentative de rapprochement avec l'Espagne).

Les débuts du règne de Charles Ier


Charles Ier, très populaire au début de son règne (il est beau et brave), va peu à peu se couper de sa nation. Il garde auprès de lui Buckingham (qui sera assassiné en 1628), met à la tête des affaires ecclésiastiques l'impopulaire évêque William Laud, et enregistre des échecs sur le plan de la politique extérieure :

  • Échec contre l'Espagne en 1625 lors d'une expédition lancée à Cadix pour soutenir les Provinces-Unies.
  • Échec contre la France lors de la tentative de Buckingham d'aider les protestants de La Rochelle contre Louis XIII (1627-28).

La dégradation des finances suite à ces deux guerres entraîne la réunion du parlement qui adresse au roi la Pétition du droit (1628) lui rappelant les libertés anglaises traditionnelles (comme le consentement de l'impôt par le parlement) et l'obligation pour le roi de les respecter. Ce dernier renvoie le parlement en 1629 et affirme son intention de régner en monarque absolu.

Durant la « Tyrannie de onze années » (1629-1640), Charles Ier va tenter de faire triompher l'absolutisme et l'anglicanisme conjointement. Il peut compter notamment sur Thomas Wenthworth, comte de Strafford, qui, après avoir été l'un des défenseurs de la Pétition du droit, devient l'un des plus fidèles partisans du roi et met son énergie à son service en l'aidant dans la mise en oeuvre du thorough system, plan d'instauration de l'absolutisme en Angleterre.
Charles Ier met fin aux conflits extérieurs pour rétablir les finances. Le budget est même équilibré en 1635. La croissance de la pression fiscale (notamment par l'extension en 1635 du ship money – taxe pour l'équipement de vaisseaux de guerre – qui entraîne de vives protestations) entraîne une grève de l'impôt (1639-1640). Dans le même temps, la volonté de Charles Ier d'imposer l'anglicanisme dans l'Ecosse presbytérienne provoque un soulèvement des Ecossais pour sauvegarder leur liberté religieuse. En 1639, une armée écossaise bat Charles Ier et le force à traiter (Ripon, 1640).

Le déclenchement de la guerre civile


Le roi ayant besoin d'argent et de nouvelles troupes se résout à convoquer le parlement qui lui demande des comptes sur la politique menée depuis 1629. Renvoyé au bout de quelques semaines, ce qui est appelé le Short Parliament est remplacé un nouveau parlement (Long Parliament, 1640-1660). Ce nouveau parlement réclame aussitôt la condamnation de Strafford (qui est exécuté en 1641), l'exclusion des évêques anglicans de la Chambre des lords, le licenciement de l'armée royale créée par Strafford et l'abolition de toutes les cours de prérogative, notamment la Chambre étoilée (Star Chamber). Il vote aussi le Triennial Act (1641) qui impose la réunion d'un Parlement au moins tous les trois ans. Le roi cède à toutes ces revendications.
Profitant de la confusion, l'Irlande catholique se soulève (1641) et massacre plusieurs milliers de protestants. Le parlement vote (à une faible majorité) la Grande Remontrance, violent réquisitoire contre la politique menée par le roi depuis 11 ans. Celui, sachant que le texte na été voté qu'à quelques voix de majorité, pense pouvoir écraser l'opposition parlementaire et tente un coup de force : il déclare 5 des députés les plus hostiles coupables de haute trahison. Londres, favorable au Parlement se soulève en sa faveur. Charles Ier est contraint de quitter la capitale et de se rendre dans le Nord où il rassemble ses partisans.


De l'échec de l'absolutisme à l'avènement de George Ier (1642-1714)


La guerre civile et ses suites (1642-1649)


La guerre civile divise l'Angleterre entre le camp des Cavaliers (les partisans du roi) et le camp des « Têtes rondes » (les partisans du Parlement). Il y a eu deux guerres civiles successives. La première, de 1642 à 1646, reste longtemps indécise, les parlementaires de Londres et le roi au Nord essuyant plusieurs échecs. Ce n'est qu'avec l'arrivée du gentilhomme Oliver Cromwell en 1645 qui devient lieutenant tout-puissant du nouveau commandant en chef des troupes parlementaires, Fairfax, que la situation tourne en faveur du Parlement. Le roi, vaincu à la bataille décisive de Naseby (1945), part se réfugier en Ecosse mais est livré pour 400 000 livres par le parlement d'Edimbourg au parlement de Londres (1647).
Les vainqueurs commencent à s'entre-déchirer : les parlementaires réclament l'établissement d'une nouvelle Eglise d'Angleterre sur le modèle de l'Eglise presbytérienne d'Ecosse tandis que l'armée, qui finit par être licenciée par le parlement (1647), rejette une Eglise d'Etat et demande la liberté pour toutes les sectes protestantes. Charles Ier, capturé par l'armée, arrive à s'échapper, se réfugie dans l'île de Wight et obtient l'appui des Ecossais, entraînant la reprise de la guerre civile. Cromwell bat les Ecossais et entre à Edimbourg en 1648 puis ramène le roi de l'île de Wight. Il procède à l'épuration du Long Parliament réduit à une soixantaine de membres (c'est le parlement Croupion ou Rump). La première décision du Rump est de faire ouvrir le procès du roi devant une Haute Cour qui le condamne à mort : Charles Ier est décapité en février 1649 devant Whitehall.

La République et le protectorat de Cromwell (1649-1660)


Le Rump déclare l'abolition de la royauté et proclame la République. Il détient l'autorité, exerce le pouvoir législatif et contrôle la politique intérieure et extérieure d'un Conseil d'Etat de 41 membres (dont Cromwell) élus par lui. Cromwell doit lutter contre les Ecossais qui ont reconnu comme roi d'Ecosse Charles II, fils de Charles Ier, et contre les Irlandais. L'Ecosse est vaincue et le roi Charles II parvient à se réfugier en France.
Cromwell devient finalement le seul chef de l'Angleterre : en avril 1653, il se débarrasse du Rump, puis se fait accorder le titre le protecteur de la République d'Angleterre, d'Ecosse et d'Irlande en décembre. Malgré l'instauration d'un régime d'austérité et d'une dictature de type militaire, les Anglais lui sont reconnaissants car il a amené la paix, protégé l'ordre social et pratiqué la tolérance religieuse (sauf envers les catholiques). A sa mort en 1658, son fils Richard lui succède. Mais celui-ci n'a pas les qualités de son père et abandonne le pouvoir l'année suivante. Suite à six mois d'anarchie, le général Monk marche sur Londres à la tête de troupes écossaises en 1660 et fait élire un parlement convention qui appelle Charles II pour monter sur le trône.

La Restauration et la Glorieuse Révolution (1660-1714)


Charles II, en s'efforçant de concilier les différentes tendances de ses sujets, va se montrer habile dans l'art de conserver son trône. Mais à partir de 1668, il se lance dans une politique personnelle (alliance avec Louis XIV, tolérance avec les catholiques) qui exaspère les Anglais. Le Parlement vote en 1673 le bill du Test qui oblige tout candidat à un emploi public ou à un siège au parlement de prêter serment de non-adhésion aux dogmes de l'Eglise romaine. Le roi cède devant l'opinion anti-française en abandonnant Louis XIV, et, exaspéré par l'antipapisme du Parlement, le renvoie le 1679. Le Parlement essaie à plusieurs reprises d'exclure le catholique duc York, frère du roi, du trône mais le roi s'y oppose et dissout le Parlement à plusieurs reprises. Deux complots parlementaires sont déjoués (1682-1683) et la majorité des Anglais, soucieuse d'éviter une nouvelle guerre civile, donne raison au roi, ce qui permet à ce dernier de régner en souverain presque absolu jusqu'à sa mort, en 1685.

Le duc York, catholique et frère de Charles II, succède à ce dernier sous le nom de Jacques II. Dans un premier temps, les Anglais se résignent devant ce règne qui sera certainement court. Mais Jacques II multiplie maladresses et provocations et se met à dos les anglicans et les dissidents. Surtout, il se marie à une princesse catholique et a un fils qui est aussitôt baptisé par un prêtre catholique. En 1688, sept Lords demandent à Guillaume d'Orange de venir secourir la religion protestante menacée (Glorieuse Révolution). Celui-ci, qui a besoin de l'Angleterre pour une guerre prochaine avec la France débarque en novembre 1688 avec 15 000 hommes. L'armée royale se débande après que ses chefs se soient ralliés à Guillaume d'Orange et le roi est contraint de s'enfuir en France où l'accueille Louis XIV. Guillaume se voit confié à Londres le gouvernement provisoire du royaume.

Finalement, Guillaume et la protestante Marie sont déclarés conjointement roi et reine d'Angleterre en 1689. Guillaume doit écraser en Irlande une révolte menée par Jacques II avec le soutien de la France et mener sur le continent la guerre franco-hollandaise. Après la mort de Marie sans enfant en 1694, il se retrouve seul maître de l'Angleterre. En 1702, la reine Anne, soeur de Marie, succède à Guillaume. Sous son règne est réalisée l'union politique de l'Ecosse et de l'Angleterre sous le nom de Royaume-Uni de Grande Bretagne (Acte d'Union de 1707). A la mort d'Anne en 1714, le Parlement proclame l'électeur de Hannovre roi de Grande-Bretagne sous le nom de George Ier.



L'accession au trône de George Ier marque l'avènement de la dynastie de la Maison des Hannovre. Son fils George II et son arrière petit-fils George III vont rester ainsi au pouvoir jusqu'en 1793. L'absence des deux premiers (ils parlent un anglais médiocre) vont permettre un progrès du régime parlementaire et une consolidation des acquis de la Glorieuse Révolution de 1688-89. Cette évolution du régime parlementaire va susciter l'admiration des philosophes des Lumières dont, en premier lieu, Voltaire et Montesquieu.



Bibliographie :
Lebrun, François. L'Europe et le monde. XVIe-XVIIIe siècle. Armand Colin, 2002.
Berstein Serge ; Milza, Pierre. États et identité européenne. XIVe siècle-1815 (Tome 3). Hatier, 1994.
Hélie, Jérôme. Petit atlas historique des Temps modernes. Armand Colin, 2004.

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