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La femme durant le haut Moyen Âge occidental



Avec la chute de l'Empire romain le statut de la femme en Occident se transforme considérablement. Au IVe siècle, Constantin, premier empereur chrétien, avait abrogé les lois d'Auguste sur le mariage, en octroyant aux femmes célibataires de 25 ans ou plus un contrôle illimité sur leurs biens et leurs personnes. A la fin de l'Empire, le Christianisme permet aux femmes de se considérer comme des personnes autonomes et non plus uniquement comme des filles, épouses, ou mères. Les femmes deviennent les plus sûrs soutiens de l'Eglise primitive, baptisant leurs enfants et convertissant leurs maris. De l'autre côté du limes (la frontière), la condition des femmes était bien différente. On distinguait ainsi trois types de mariage : le mariage par achat (Kaufehe), le mariage par rapt (Raubehe) et le mariage par consentement mutuel (Friedelehe). La femme adultère subissait la flagellation et l'enterrement vivant. La condition des femmes durant le haut Moyen Âge (Ve-Xe siècle) est une synthèse entre le droit romain et les coutumes barbares, la condition allant tout de même en s'améliorant au cours des siècles.


Mariage et divorce


Au niveau du mariage et du divorce, dans le monde franc, les conditions de l'homme et de la femme sont inégalitaires. La femme qui s'allie avec un serf s'expose à perdre sa vie, ses libertés, ses biens, ses enfants. Au contraire, les hommes peuvent tout à fait avoir des relations avec leurs esclaves, et reconnaître comme héritiers les enfants engendrés par ces rapports. Ainsi, une femme jolie et intelligente peut s'élever dans la hiérarchie sociale.
La pratique du mariage par rapt, venu du monde germanique, disparaît. Au concile de Paris de 614, le roi franc Clotaire II punit de la peine capitale le rapt de femmes.

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Sainte Clotilde, épouse de Clovis
(Paris, jardin du Luxembourg)
Les filles se marient tôt, en principe à 15 ans. L'âge légitime du mariage est aussi très précoce pour les garçons : 15 ans selon la loi salique, 12 pour la loi ripuaire.
Le divorce est autorisé par consentement mutuel dans les lois barbares, mais ces dernières permettent à un homme de divorcer beaucoup plus facilement. Ne pas mettre au monde d'enfants constitue ainsi un motif de répudiation sérieux. Si le mari est violent, ivrogne et adultère, l'épouse lui doit quand même obéissance et fidélité. Le code burgonde condamne à mourir étouffée dans la boue celle qui essaierait de divorcer. Césaire (un des Pères de l'Eglise), établi dans le sud de la Gaule à l'époque de Clovis, dénonce l'hypocrisie des hommes qui exigent une conduite chaste de leurs proches alors qu'ils rêvent eux-mêmes d'aventures sexuelles.
Ce n'est qu'avec les Carolingiens que l'on commence à s'intéresser au mariage et au divorce. Charlemagne interdit en 789 aux divorcés des deux sexes de se remarier et, en 796, déclare que l'adultère ne saurait dissoudre les liens du mariage.

Enfin, le mariage d'une femme catholique et d'un homme païen ou arien entraîne souvent la conversion du mari. Clotilde, épouse de Clovis, a beaucoup oeuvré pour la conversion du roi mérovingien vers 498-499. « L'homme infidèle sera sauvée par la femme qui a la foi » dit saint Paul dans sa Première Epître aux Corinthiens (VII, 14). Par ailleurs, les actes de fondation de monastère des aristocrates précisent souvent que les fondateurs ont agi « sous l'inspiration » ou « par suite de l'exhortation » de leur épouse. En 936, sur son lit de mort, le roi de Germanie Henri Ier fait l'éloge de son épouse : « Ô vous qui m'avez toujours été très fidèle et qui méritez d'être la mieux aimée, je remercie le Christ de ce que nous vous laissons sur terre derrière nous. Personne n'a été marié à une femme aussi croyante et aussi bonne. C'est pourquoi nous devons vous remercier d'avoir pu nous calmer et nous donner des conseils en toute chose, de nous avoir souvent ramené sur le chemin de la justice, et à bon droit, de nous avoir prié d'avoir pitié des opprimés. Nous vous recommandons avec nos enfants à Dieu tout puissant. »

Les droits économiques et sociaux


A partir du Ve siècle, les droits économiques des femmes des peuples germains s'améliorent considérablement. Les Wisigothes sont les Barbares qui possèdent les droits les plus étendus durant le Haut Moyen-Âge : elles disposent librement de ce qui leur appartient et elles peuvent le léguer à qui elles veulent, elles peuvent être citées au tribunal en tant que témoins à partir de 14 ans, et elles arrangent elles-mêmes leur mariage à partir de 20 ans. La loi wisigothe précise que si les parents meurent sans laisser de testament, les enfants garçons ou filles reçoivent une part égale de l'héritage. Dans l'aristocratie, les propriétés familiales sont gérées par les femmes, les hommes étant souvent en guerre ou au service du roi. Dès les Mérovingiens, les reines ont accès au palais et au trésor. Dans son capitulaire De Villis, Charlemagne stipule que les ordres de la reine donnés aux juges, ministres, sénéchaux ou échansons doivent être exécutés à la lettre.

La femme religieuse


Afin d'échapper aux responsabilités du mariage, certaines femmes gagnent un monastère où elles restent vierges ou veuves. Ainsi, Clotilde, après la mort de Clovis en 511, passe le reste de sa vie dans la basilique de Saint-Martin. Lorsque Charlemagne détrône Didier, roi des Lombards, en 774, son épouse Ansa rejoint sa fille au monastère San Salvatore de Brescia.
Au VIe siècle, les religieuses sont peu nombreuses, il faut attendre les VIIe et VIIIe siècles pour que les monastères féminins se multiplient. Un laïc surpris dans un monastère féminin est excommunié; un clerc est privé d'offices et enfermé dans un monastère d'hommes; une religieuse coupable subit un jeûne dont la durée dépend de la gravité du péché.
A partir du VIIe siècle apparaît le monastère mixte grâce aux efforts de saint Colomban. Ses disciples du monastère de Luxeuil travaillent en association avec elles. La plupart du temps les femmes se trouvent sous l'autorité d'une abbesse. Les établissements mixtes deviennent très populaires et se diffusent : en Angleterre, l'abbesse de Whitby dirige à la fois des hommes et des femmes. En revanche, des efforts sont entrepris pour éviter un contact trop important des deux sexes et la tentation de la chair.
Les monastères offrent une éducation assez poussée aux femmes. Certains religieuses sont copistes ou professeurs. L'apprentissage se limite toutefois jusqu'au IXe siècle à l'apprentissage de la lecture, de l'écriture et à l'étude de la Bible et des textes de l'Eglise. Les religieuses sont aussi parfois des auteurs : Baudovinie rédige une biographie de sainte Radegonde ; vers 760, Hugeburge du couvent d'Heidenheim raconte le voyage de saint Wunibald en Terre sainte ; Alcuin demande aux religieuses Gilsa et Rotrude (avec lesquelles il entretient une correspondance) de critiquer son commentaire inachevé de l'Evangile selon saint Jean ; au Xe siècle, Hrotswitha de Gandersheim, chanoisesse saxonne, se rend célèbre en publiant des ouvrages devenus des classiques de la littérature pieuse et profane.


Sources :
Georges Duby, Michelle Perrot. Histoire des femmes. Le Moyen-Âge. Plon, 1991.
Didier Lett. Famille et parenté dans l'Occident médiéval. Ve-XVe siècle. Hachette supérieur, 2000.





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