344 membres 10 visiteurs connectés
Se connecter Pas encore inscrit ?
Philisto > Cours > Villes et sociétés urbaines en Occident (XI-XIVe siècle)

Villes et sociétés urbaines en Occident (XI-XIVe siècle)

Auteur : Belisaire
Visualisations : 36780
Modifié : 13/01/2013 à 16h23



Durant le haut Moyen Âge, les villes ont été plongées dans une certaine léthargie. Les cités antiques se rétractaient à l'intérieur de leurs murailles tandis qu'avait lieu un phénomène de ruralisation marqué. Le XIe siècle est celui du réveil des villes : les anciennes cités antiques s'étendent et voient leur population croître tandis qu'apparaissent de nouveaux centres de peuplement. Les villes deviennent aussi d'importants foyers de culture : si la culture s'était réfugiée au haut Moyen Âge dans les monastères, elle gagne les villes à partir du XIe siècle du fait de la création des universités, du maintien des écoles cathédrales, et de l'ascension des élites marchandes. Centre politique, économique et religieux, la ville médiévale, contrairement à ce que l'on pourrait penser, n'échappe pas au pouvoir seigneurial. Il ne s'agit pas d'un corps étranger au système féodal mais au contraire un de ses rouages essentiels. Néanmoins, les citadins parviennent parfois à conquérir une certaine autonomie (mouvement communal).


L'expansion des villes


Le renouveau urbain


Le renouveau des villes en Occident au XIe siècle a longtemps été mis en relation avec l'essor du grand commerce oriental (recul de la piraterie musulmane, comptoirs italiens du Levant). Il s'agit d'un facteur qui est loin d'être suffisant. La croissance urbaine s'inscrit avant tout dans le contexte de l'essor rural et elle lui est en grande partie liée. Une des fonctions essentielles de la ville est d'être un marché où l'on consomme les surplus de la production rurale. La ville est aussi le lieu d'achat pour les seigneurs qui se fournissent en produits de luxe : soieries, épices, armes,... Les progrès techniques (infrastructures commerciales, meilleures méthodes de fabrication pour les produits) et l'équipement commercial (amélioration des techniques bancaires, foires) jouent aussi des rôles significatifs.

Ce renouveau urbain se manifeste par l'extension du bâti qui oblige à agrandir les enceintes. Les champs et exploitations agricoles à l'intérieur même de la ville disparaissent progressivement du fait de la pression démographique. Des bourgs apparaissent autour de châteaux, de marchés ou d'édifices religieux, et parfois, en s'étendant, s'agglomèrent à la ville proche (structure polynucléaire). Le Moyen Âge central est aussi la période des créations urbaines (villeneuves) : de nombreuses villes naissent à partir du XIe siècle dans des zones de colonisation (expansion germanique vers l'Est) ou dans des fronts pionniers (défrichements).

L'essor des échanges


Le grand commerce connaît un réel essor aux XIIe et XIIIe siècles, permis par l'amélioration des transports (maritimes essentiellement), le perfectionnement des techniques de négoce et la frappe de nouvelles monnaies d'or. Si l'on insiste beaucoup sur les produits de luxe (soie, épices,...), les produits de petite valeur tiennent la première place et font vivre l'économie locale. Les marchés se multiplient ainsi que les foires qui constituent une interface entre les transactions régionales et le grand commerce.

Deux grands pôles se distinguent en Europe : la Méditerranée et l'espace nordique. Le commerce méditerranéen est dominé par les grandes villes italiennes qui importent des épices et denrées précieuses et exportent les produits de la métallurgie (étain, cuivre, argent) et du textile. Au Nord se développe le pôle flamand, carrefour entre la France, l'Angleterre et la Scandinavie. Entre ces deux espaces, les foires de Champagne rencontrent un grand succès en occupant un espace stratégique (interface d'échange).

Les caractères des villes


La ville médiévale se caractérise par des bâtiments remarquables spécifiques. La muraille (qui n'entoure pas toutes les villes), très coûteuse à bâtir, a autant une fonction symbolique (manifestation de puissance) que pratique en permettant le filtrage des marchandises entrant et sortant par les portes, et donc leur taxation. A l'intérieur des enceintes, les clochers sont très nombreux : Paris compte ainsi au XIIIe siècle douze minuscules paroisses sur l'île de la Cité, quatorze sur la rive droite et huit sur la rive gauche. Les églises citadines disposent presque toutes de leur cimetière intra muros. D'autres édifices religieux plus imposants (cathédrales, basiliques) voisinent avec ces petites églises paroissiales. Le bâti est très serré, les rues sont très étroites et leur tracé presque jamais rectiligne. En France, le pavage urbain ne commence vraiment à se répandre qu'à partir du règne de Louis IX (1226-1270).
D'autres édifices encore ne se trouvent qu'en ville tels les maisons communes (ou hôtels de ville), les halles et les fontaines. La ville tient une fonction religieuse (évêchés, abbayes), politique (lieu de pouvoir) et économique (artisanat, commerce).

Image
La ville de Feurs (Loire) au Moyen Âge (miniature du XVe siècle).



Les activités urbaines


Des activités diverses


Les villes médiévales sont le foyer de nombreuses activités. Le textile est habituellement considéré comme la première activité urbaine. La Flandre s'impose dès le XIe siècle dans ce domaine avec ses draps lourds et de bonne qualité. A partir du XIIe siècle apparaissent de nouveaux centres tels Douai, Arras, Saint-Omer, Tournai, Gand ou Bruges. Peu à peu les tâches se spécialisent : battage, peignage, filage (opérations ne demandant que peu de compétences) sont confiés aux femmes; le tissage, tâche complexe, est au contraire considérée comme la plus noble.
La construction, longtemps négligée, constitue peut-être pourtant la première activité « industrielle » du Moyen Âge en terme de main d'oeuvre. Les villes médiévales sont des chantiers permanents du fait de la construction permanente d'habitats courants mais aussi à cause de grandes constructions (cathédrales, églises, châteaux, ponts, murailles).
Le travail des métaux, des cuirs et des peaux, l'alimentation (boulangers, bouchers,...) demandent aussi une main d'oeuvre importante. Dans tous ces travaux, quand cela est possible, la spécialisation de la chaîne opératoire apparaît.

Image
Edification de la cathédrale de Canterbury (début des travaux au XIe).


L'organisation des métiers


A partir du milieu du XIIe siècle apparaît l'organisation de l'artisanat en métier (on utilise aussi les termes arts, jurandes, ghildes mais pas corporations). Le métier est un groupement économique de personnes exerçant la même profession. Des statuts fixent un ensemble d'obligations, d'interdictions, d'incitations. Avant le XIVe siècle, on distingue les métiers jurés, dont les membres sont liés par un serment et déterminent leurs statuts (bassin parisien), et les métiers réglés, dont la réglementation est imposée par les autorités urbaines (Midi de la France, Flandre, Allemagne). La fonction essentielle du métier est de contrôler la production : défense la qualité des produits, suppression de la concurrence, organisation l'entraide entre les membres. Il s'instaure une hiérarchie du travail à trois niveaux : maîtres, apprentis, valets. Les apprentis peuvent devenir maître à l'issue d'un examen rigoureux et du paiement d'un droit d'entrée, exigences auxquelles sont souvent soustraits les fils de maîtres. Les valets n'ont pas vocation à progresser et se voient souvent confier les basses besognes. Peu à peu, les métiers tendent à se fermer à la mobilité sociale (paiement de droits d'établissement).
D'un point de vue extérieur, les métiers sont classés entre eux selon leur dignité et leur richesse : ainsi à Florence sont distingués les arts majeurs des arts mineurs, et à Gérone les « mains » majeures, moyennes et mineures. Cette hiérarchie des métiers se traduit généralement au niveau politique (accession à des fonctions politiques pour les métiers les plus puissants).

La revalorisation des marchands et artisans


Au fur et à mesure que le commerce s'accroît, les compétences requises pour être marchand sont de plus en plus élevées. Les lettres de foire, les contrats de change et les lettres de changes témoignent de la complexification de la profession. Il s'ensuit une revalorisation au sein de l'Eglise et de la société. Des théologiens (comme Jean Duns Scot) tendent à légitimer ceux qui, traditionnellement selon l'Eglise, gagnent leur pain sans peine. En 1215, le concile de Latran IV autorise même le prêt à intérêt modéré alors que l'usure était jusque-là condamnée.

La même évolution se produit chez les artisans. Le travail manuel, longtemps méprisé, se voit réhabilité en raison de son utilité économique et sociale. Les théologiens y voient le moyen de combattre l'oisiveté, danger moral et social. Toutefois, dans les faits, les artisans restent socialement inférieurs aux marchands.


Les pouvoirs dans la ville


La hiérarchie urbaine


En ville, un petit nombre de personnes détient le pouvoir politique et social. Cette élite est composée de ministériaux (agents seigneuriaux), de nobles, de clercs, de grands marchands et de banquiers. A côté, marchands et boutiquiers forment ce qui est appelé le poppolo grasso (« peuple gras ») et les petits artisans, les ouvriers, les valets le poppolo minuto (« peuple menu »). La ville médiévale abrite aussi un nombre considérable d'exclus et de marginaux : bourreaux, prostituées, vagabonds, juifs, lépreux et fous. Ces derniers sont les premières victimes des famines et épidémies.

L'emprise seigneuriale


Les espaces urbains, anciennes cités antiques ou villes nouvelles, n'échappent pas au système seigneurial. La noblesse domine la ville et lève des taxes et le cens (redevance foncière). Elle contrôle les relations avec le monde rural environnant et l'approvisionnement constitue un de ses soucis majeurs. Les citadins sont aussi soumis à un seigneur banal qui exerce la justice, contrôle la police et protège les habitants. Parallèlement, l'évêque continue à jouer le rôle prééminent qu'il tient depuis le haut Moyen Âge. Selon les quartiers, les habitants peuvent être soumis à des autorités différentes.

Le mouvement communal


A partir de la fin du XIe siècle, les élites urbaines, qui contestent l'autorité seigneuriale, réclament et obtiennent des privilèges, parfois au prix d'insurrections, codifiés dans les chartes de franchise. Certains seigneurs ne sont pas opposés à ce mouvement, y voyant un intérêt financier (parfois les chartes sont vendues, la paix stimule le commerce) ou politique (en Espagne, les souverains accordent des privilèges aux villes reconquises). Quand le pouvoir du seigneur est trop faible, la ville obtient le statut de commune (auto-organisation collective). En fonction des libertés obtenues, les villes se dotent d'institutions municipales aux compétences plus ou moins étendues. L'assemblée générale des habitants constitue la base du pouvoir et prend les grandes décisions (pouvoir assez théorique). Le conseil de ville, rassemblant des échevins (dans les villes du Nord) ou des jurats (dans les villes du Sud), délibère sur toutes les questions touchant à la vie urbaine et gère les affaires municipales. Il se rassemble dans l'hôtel de ville (Nord) ou la maison commune (Sud).




Bibliographie :
BALARD Michel, GENÊT Jean-Philippe, ROUCHE Michel, Le Moyen Âge en Occident, Paris, Hachette supérieur, 1999.
BERSTEIN Serge, MILZA Pierre, De l'Empire romain à l'Europe. Ve-XIVe siècle (Tome 2), Paris, Hatier, 1995.
CASSARD Jean-Christophe, L'âge d'or capétien, 1180-1328, Paris, Belin, 2011.
HEERS Jacques, Précis d'histoire du Moyen Âge, Paris, PUF, 1990.

Creative Commons License


Partagez ce cours sur un forum (bbcode):

Partagez ce cours sur un site web ou un blog (html):

Twitter
Facebook
C'était un 18 Septembre
Evènement : En 1898 éclate la crise de Fachoda, incident diplomatique opposant la France au Royaume-Uni.

Naissance de : Léon Foucault, physicien et astronome français (1819-1868).

Décès de : Louis VII, roi de France (1120-1180).

Top 3 du concours du mois
or Manios, 60 pts
argent dgidgi35, 32 pts
Défiez-les !
Sondage

Selon vous, l'Union Européenne sous sa forme politique et institutionnelle actuelle a-t-elle encore un avenir ?

>> Répondre <<