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La civilisation européenne au siècle des Lumières

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Modifié : 23/10/2011 à 14h09


Si le XVIIIe siècle est celui de la croissance, c'est aussi le siècle des Lumières. Des philosophes porteurs des idées nouvelles souhaitent « éclairer toutes choses à la lumière de la raison » et s'engagent dans une lutte contre les ténèbres de l'ignorance, de l'obscurantisme et du fanatisme afin de permettre aux hommes de vivre dans un monde meilleur. Les croyances traditionnelles et la monarchie absolue sont, entre autres, remises en question. L'Encyclopédie, publiée entre 1751 et 1772 joue un rôle majeur dans la diffusion de ces nouvelles idées. Parallèlement, le mouvement littéraire et artistique connaît un éclat sans précédent.


Le mouvement philosophique


Le temps des philosophes


La critique des croyances traditionnelles et de la monarchie absolue s'est amorcée dès les années 1680-1715. Les grands écrivains et philosophes entendent substituer aux « ténèbres » de l'obscurantisme les « lumières » de la raison. Dès 1721, Montesquieu publie les Lettres persanes, fiction relatant la correspondance entre Persans mais constituant une satire des croyances et des moeurs des Français à la fin du règne de Louis XIV. En 1748 il fait paraître L'Esprit des lois qui rencontre un très grand succès; il y défend le régime politique d'une monarchie tempérée par l'existence de corps intermédiaires et fondée sur la séparation des pouvoirs exécutif, législatif et judiciaire.
Voltaire (1694-1778), pseudonyme de Français Marie Arouet, devient le souverain de l'Europe intellectuelle des Lumières grâce à ses nombreuses correspondances, ses libelles, ses ouvrages et sa défense des victimes de l'intolérance dont la plus connue est Calas (réhabilitée en 1763). Dénonçant avec une grande vigueur le fanatisme et l'intolérance, il reste néanmoins un modéré sur le plan politique et social.
Denis Diderot (1713-1784), esprit très hardi, entreprend à partir de 1751 la publication de la monumentale Encyclopédie.
Jean-Jacques Rousseau (1712-1778) est à part dans ce mouvement philosophique. Persuadé de la bonté naturelle des hommes et convaincu que l'état de nature vaut mieux que la civilisation, il constitue l'un des philosophes du contrat social. Dans le Contrat social (1762), il expose sa théorie d'une cité où les droits naturels de l'individu seraient garantis par la volonté générale du peuple souverain.

Mais au-delà de leur philosophie personnelle, les philosophes des Lumières ont en commun le même souci de la critique de la société de leur temps, sur tous les plans qu'ils soient religieux, politique, social ou économique.

Unité et diversité


Les Lumières ne sont pas un mouvement démocratique. Voltaire et Diderot défendent ainsi l'absolutisme éclairé, mode de gouvernement fondé sur le pouvoir fort et raisonnable d'un roi-philosophe, respectueux des libertés fondamentales (liberté individuelle, liberté de presse, liberté d'expression). A côté de cette position, Rousseau avec ses conceptions qui constituent les prémices de la démocratie passe pour un original. Les philosophes des Lumières ne sont pas non plus athées (à quelques exceptions près comme Diderot, d'Holbach ou Helvétius) mais plutôt partisans d'un déisme, c'est-à-dire la croyance en un Être suprême Grand Architecte de l'Univers, qui n'intervient pas dans les affaires des Hommes, dépouillée de tout rituel religieux. « L'univers m'embarrasse et je ne puis songer - Que cette horloge existe et n'ait pas d'horloger » écrit Voltaire.
Enfin, ce mouvement est un mouvement élitaire qui rejette le petit peuple. La liberté est pensée comme une théorie philosophique universelle mais qui cependant ne peut pas s'appliquer à tous dans la pratique de la réalité sociale et politique. « La multitude des bêtes brutes appelées hommes, comparée avec le petit nombre de ceux qui pensent, est au moins dans la proportion de cent à un chez beaucoup de nations » (Voltaire).

La diffusion des Lumières


Les principales oeuvres des grands philosophes ont été écrites avant le milieu du siècle, mais cependant ce n'est surtout qu'après 1750 qu'elles commencent à être vraiment connues. La diffusion des Lumières se heurte, en France, à l'opposition des autorités civiles et religieuses. Aucun ouvrage ne peut théoriquement paraître sans permis d'imprimer. Voltaire, Diderot et Rousseau connaissent la prison ou sont contraints à l'exil, et imprimeurs ou colporteurs de livres interdits sont envoyés aux galères.

Mais la grande oeuvre collective de l'Encyclopédie, ou Dictionnaire raisonné des sciences, des arts et des métiers, dont la publication s'étale de 1751 à 1772, incarne plus que tout autre ouvrage l'esprit des Lumières. Souhaitant réunir les meilleures spécialistes dans toutes les disciplines, Diderot, dirigeant cette oeuvre monumentale avec le mathématicien d'Alembert, a recruté au moins 146 auteurs dont Rousseau, Voltaire, Montesquieu, d'Holbach, Buffon, Quesnay, Turgot et Jaucourt afin de faire le point sur les connaissances de l'époque mais aussi de critiquer habilement les institutions politiques et les idées religieuses. Diderot lui-même a rédigé plus de 5000 articles et le chavalier de Jaucourt plus de 17 000 (!). Au total, l'oeuvre compte 33 volumes dont 11 de planches. Elle rencontre des difficultés dans sa publication, les deux premiers volumes étant saisis en 1752 et le privilège d'impression révoqué en 1759 mais l'édition continue clandestinement. L'Encyclopédie aura un impact décisif sur la diffusion de la pensée des Lumières.

A côté des ouvrages philosophiques et de l'Encyclopédie, d'autres véhicules propagent les idées nouvelles :

  • La presse grâce notamment aux journaux animés par des philosophes (le Journal encyclopédique par exemple).
  • Les salons (comme celui de Madame de Tencin ou de Madame du Deffand).
  • Les académies provinciales qui sont une cinquantaine en France.
  • La franc-maçonnerie, fondée en Angleterre au début du siècle, qui prêche la croyance en un Dieu Grand Architecte de l'Univers, la foi dans le progrès humain grâce à la raison et la nécessité de fraternité.

Enfin, la diffusion des « Lumières » est aussi facilitée par l'utilisation de la langue française répandue dans les milieux cultivés de la plupart des pays européens.

Après 1760, le mouvement des Lumières connaît un certain déclin. La plupart des grands esprits disparaissent (Voltaire et Rousseau en 1778, Diderot en 1784). On voit un regain du charlatanisme et de l'obscurantisme comme avec le mesmérisme, inventé en 1778, qui imagine la communication des âmes avec l'Au-delà. Vers 1780 apparaît une contestation plus féroce de la monarchie qui aboutira, dans un contexte troublé, à la Révolution française de 1789.


La littérature et les arts


Le mouvement littéraire


Les philosophes français ne sont pas seulement des penseurs mais aussi de brillants écrivains pour la plupart d'entre eux. Voltaire utilise l'histoire (Le Siècle de Louis XIV), le théâtre (Zaïre), le conte (Candide), l'épopée (La Henriade) ou encore la poésie. Cependant, alors que la philosophie des Lumières se veut une rupture, le mouvement littéraire et artistique se situe dans la continuité dans grands classiques. Mais la littérature n'est alors pas que l'apanage des philosophes; citons les écrivains français Vauvenargues (Maximes), le duc de Saint-Simon (Mémoires) ou encore Marivaux (La Vie de Marianne, le Jeu de l'amour et du hasard).

A partir du milieu du XVIIIe siècle se met en place une réaction contre le rationalisme jugé trop desséchant. En Angleterre, les poèmes d'Edward Young (les Nuits) et de Macpherson (les Poèmes d'Ossian), les romans de Samuel Richardson (Clarisse Harlowe) et d'Olivier Goldsmith (Le Vicaire de Wakefield) sont très représentatifs de ce mouvement de revanche du sentiment (émotion et imagination). Dans le même genre, en France Rousseau publie La Nouvelle Héloïse (1761) et en Allemagne Goethe écrit Les Souffrances du jeune Werther.

On assiste parallèlement à un essor sans précédent du genre théâtral: 11 000 oeuvres sont produites durant le XVIIIe siècle contre six fois moins au siècle précédent. Les comédiens se professionnalisent mais sont mal vus par l'Eglise qui ne leur offre pas le droit d'être enterrés chrétiennement. Deux sociétés de comédiens doivent être distinguées:

  • Les membres des troupes privilégiées (comme la Comédie française).
  • Les membres des troupes foraines.


Le mouvement artistique


Le XVIIIe siècle voit un désir de retour à la nature et à l'intimité. Tandis que Rousseau vante l'état naturel de l'homme, se met en place une culture de l'intime touchant autant les arts plastiques que les décorations intérieures des maisons bourgeoises et aristocratiques. Le style rocaille, ou rococo, qui préfère à la ligne droite prisée par les générations précédentes le contour déchiqueté et la forme tourmentée s'impose. L'art se moralise, le public se mettant à préférer les natures mortes et les scènes d'intimité (tableaux de J.-B Greuze, portrait de Lavoisier par David) aux scènes libertines ou débauchées du règne de Louis XV.
L'architecture et la sculpture se voient aussi influencées par l'antiquité, considérée comme une période de moralité et de simplicité.

Au niveau musical, les progrès de l'instrumentation (violon, clavecin, piano-forte) et de l'harmonie permettent au XVIIIe siècle le développement de l'art de la sonate où la musique vient exclusivement des instruments (pas de voix). De grands musiciens apparaissent comme les italiens Vivaldi et Pergolèse, le français Jean-Philippe Rameau, les allemands Haendel, Haydn mais surtout Jean-Sébastien Bach et Wolfgang-Amadeus Mozart.
La musique qui auparavant était essentiellement religieuse se laïcise. Les salles de concert dans les grandes et moyennes villes se multiplient et les musiciens se professionnalisent. Mais malgré cet essor, la musique reste majoritairement l'affaire des couches nobiliaires et bourgeoises.


Le despotisme éclairé


L'inspiration philosophique


Le despotisme éclairé est une doctrine politique issue de la pensée des Lumières. Les monarques éclairés se déclarent être les premiers serviteurs de l'Etat, mettant leur autorité au service de la Raison. Ces monarques ont souvent entretenu une correspondance avec les philosophes des Lumières de leur temps voire les ont invité à venir les rejoindre à leur Cour (comme Frédéric II de Prusse avec Voltaire ou Catherine II de Russie avec Diderot).
L'idéal du despote des Lumières est celui de l'« honnête homme », intellectuel rationaliste cultivé à l'origine d'action de mécénats. Ces monarques mettent en avant leur amour des conception novatrices en politique, de la littérature, des arts et de la musique.

Ombres et Lumières


Si ces souverains entament tout de même des réformes modernisatrices (développement de l'industrie, création de banques, création de codes de droit, etc.), leur prééminence reste indiscutable, le monarque demeurant absolu.
Dans le même temps, la structure de la société reste identique, la noblesse hostile à tout changement cherchant à tout prix à préserver ses privilèges. Le monarque ayant besoin de cette noblesse pour appuyer son pouvoir, il se voit obligé de modérer ses réformes.
Paradoxalement, ces souverains célébrés par l'opinion des Lumières ont créés des polices très efficaces. Le grand duc de Toscane et futur empereur du Saint Empire Pierre-Leopold est un véritable tyran policier, malgré sa décision d'interdire la torture et d'abolir la peine de mort. Le marquis de Pombal, premier-ministre du roi du Portugal Joseph Ier, fait supplicier des aristocrates des plus grandes familles (Aveiro, Tavora) et organise l'exécution de clercs, comme le père Malagrida.

Dans le même temps, les idées nouvelles n'ont que très peu pénétrées le petit peuple, qui reste attaché à l'ordre ancien et qui accepte mal certaines réformes que l'on pourrait pourtant qualifier de « modernes » (comme la liberté du commerce du grain en France). Les innovations religieuses tout particulièrement sont impopulaires.



Bibliographie :
Lebrun, François. L'Europe et le monde. XVIe-XVIIIe siècle. Armand Colin, 2002.
Berstein Serge ; Milza, Pierre. États et identité européenne. XIVe siècle-1815 (Tome 3). Hatier, 1994.
Hélie, Jérôme. Petit atlas historique des Temps modernes. Armand Colin, 2004.

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