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La France dans la Seconde Guerre mondiale

Auteur : Thibault
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Modifié : 13/02/2017 à 14h28



En 1940, comme autrefois en 1815 et en 1870, une invasion étrangère entraîne la chute du régime en place. La IIIe République, rendue responsable d'une humiliante défaite, cède sa place à l'Etat français dont le gouvernement réside à Vichy. L'occupation, l'installation d'un régime réactionnaire, la persécution d'une partie de la population marque ces quelques années. Si la très grande majorité des Français reste attentiste, des minorités issues d'horizons divers s'engagent aux côtés ou contre le vainqueur, soit par conviction, soit par opportunisme.


Le régime de Vichy


La défaite et la mise en place du régime


En 1939, contrairement à 1914, l'heure n'est pas à l'Union sacrée. Le Parti communiste s'oppose à une guerre « impérialiste et capitaliste », suivant la ligne diplomatique de l'URSS (pacte de non-agression avec l'Allemagne), tandis que les pacifistes jugent le conflit injustifié. En 1939, l'armée française est retranchée derrière la ligne Maginot conformément à sa stratégie défensive. Pendant huit mois, il n'y a pas de combat, ce qui vaut à cette période le nom de « drôle de guerre ». Le 10 mai 1940, l'Allemagne passe à l'offensive : la Wehrmacht envahit les Pays-Bas et la Belgique pour se déployer dans le Nord de la France, prenant l'armée des Ardennes à revers. La tactique allemande de la Blietzkrieg (guerre éclair) donne d'excellents résultats et l'armée française est enfoncée.

L'ordre de retraite générale est donné le 12 juin et, le 14, les Allemands entrent dans Paris sans rencontrer de résistance. Le 16 juin, Paul Reynaud, président du Conseil, donne sa démission ; le maréchal Pétain lui succède à la présidence du Conseil. Le 17, Pétain annonce dans un message radiophonique qu'il est temps de cesser le combat et qu'il souhaite engager des pourparlers avec l'Allemagne en vue de la signature d'un armistice. Le maréchal Pétain espère obtenir la mansuétude du vainqueur en attendant la victoire des Alliés dont il ne doute pas comme en témoignent certains propos privés : « Les Américains gagneront comme en 1918. Il faut tenir jusque-là. » (16 juin 1940, d'après François-Georges Dreyfus).

Réfugié en Angleterre, le général de Gaulle (sous-secrétaire d'Etat à la Guerre dans le gouvernement Reynaud) prône au contraire la guerre à outrance (à partir des colonies et avec les Alliés). L'appel du 18 juin, lancé depuis Londres, n'est alors quasiment pas entendu par les Français. L'armistice est signé le 22 juin à Rethondes, là où l'Allemagne avait capitulé en 1918. La France est divisée en deux (la partie Nord et la côte atlantique sous domination allemande ; la partie Sud moins la côte atlantique gouvernée par Vichy : la zone libre) et le gouvernement s'installe à Vichy le 1er juillet.

La « Révolution nationale »


Le 10 juillet, les deux Chambres assemblées en Congrès votent à une majorité écrasante les pleins pouvoirs au maréchal Pétain (seuls 80 parlementaires sur 846 s'y opposent). Trois actes constitutionnels sont promulgués dès le 11 juillet 1940 qui ajournent les Chambres et remettent la direction du gouvernement au maréchal Pétain institué « chef de l'État français » ; ces actes n'abrogent cependant pas la forme républicaine du gouvernement.

La « Révolution nationale », qui n'est pas un système de pensée rigoureux ou clairement défini, entend refondre la société autour de valeurs traditionnelles symbolisées par la devise « Travail, Famille, Patrie ». L'individualisme libéral et le collectivisme sont tous les deux rejetés. Au niveau familial, le divorce est rendu plus difficile, l'avortement est sévèrement réprimé et les femmes sont incitées à rester au foyer avec une allocation de salaire unique (loi d'octobre 1940). L'Eglise reçoit l'appui du régime qui accorde des subventions aux écoles libres et donne le droit d'enseigner aux congréganistes. Au niveau du travail, le régime accorde ses préférences aux agriculteurs, instituant par exemple la Corporation paysanne en décembre 1940 (le syndicat corporatif local peut déterminer à certains conditions les prix et la production). Quant au maréchal, il fait l'objet d'un culte de la personnalité symbolisé par la chanson Maréchal, nous voilà ! d'André Montagard et Charles Courtioux, hymne officieux de l'Etat français.

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Une des affiches du triptyque « Travail, Famille, Patrie », réalisé par Bernard Villemot, services de l'Information de l'Etat français, diffusé dans les deux zones, 1943.


Enfin, le gouvernement met en œuvre une politique visant à exclure et persécuter l'« anti-France ». Le régime revient sur les naturalisations opérées depuis 1927, jugées laxistes. Le statut du 3 octobre 1940 interdit aux Juifs certains domaines professionnels (comme la haute administration, l'armée, la magistrature, la presse ou l'enseignement). La loi du 13 août 1940 interdit les sociétés secrètes, la franc-maçonnerie en étant la cible.

Malgré ces mesures, le maréchal Pétain n'a jamais voulu imposer l'idée de parti unique ou former un « homme nouveau ». Ultra-conservateur, autoritaire, anti-parlementaire, Pétain ne peut néanmoins pas être considéré comme fasciste.

La disparition du régime de Vichy


Le 11 novembre 1942, les Allemands envahissent la zone libre suite au débarquement allié en Afrique du Nord, violant ainsi l'armistice de 1940. L'Etat français est désormais sous l'étroite tutelle des Allemands. Le maréchal Pétain ne joue plus qu'un rôle symbolique, écarté par les Allemands de la réalité du pouvoir, lesquels craignent un double-jeu : « Vous ne serez pas surpris, monsieur le Maréchal, si le gouvernement du Reich a observé votre activité comme chef de l'Etat avec une réserve toujours croissante » (lettre de Ribbentrop, ministre des affaires étrangères du Reich, 29 novembre 1943). L'ultra-collaborationniste Pierre Laval devient la figure principale du régime de Vichy et la répression se durcit sous la conduite de Darnand, à la tête de la Milice. Pétain tente un temps de résister (projet de révision constitutionnelle en novembre 1943, visant à retourner aux Chambres et à diminuer l'influence de Laval) mais finit par se soumettre. Le conflit tourne à l'avantage des Alliés qui débarquent, le 6 juin 1944, en Normandie. Le 12 juillet, Laval tient son dernier conseil des ministres à Vichy. Le 20 août, le maréchal Pétain est emmené contre son gré par les Allemands à Belfort puis à Sigmaringen. Le 24 août, les troupes de la France libre commandées par le général Leclerc entrent dans Paris.


Collaborations et résistances


Les collaborations


La collaboration d'Etat entre le régime de Vichy et l'Allemagne nazie est officialisée par l'entrevue de Pétain et Hitler à Montoire (24 octobre 1940). Le gouvernement français espère alors alléger les conditions de l'armistice et garder une souveraineté. Cette collaboration est en premier lieu économique avec la Relève, mesure d'échange visant à faire rentrer un prisonnier d'Allemagne en échange du départ de trois travailleurs français pour le Reich. Le 16 février 1943, la Relève est remplacée par le STO (Service du travail obligatoire) qui consiste en une livraison de travailleurs français à l'Allemagne. Jusqu'en juin 1944 on compte jusqu'à 650.000 départs contre le retour de moins de 100.000 prisonniers. La collaboration est aussi militaire avec la livraison en Syrie-Liban et en Afrique du Nord de pièces d'artillerie lourde et de munitions, et avec la création de la Milice en janvier 1943, auxiliaire de l'armée allemande. L'Etat français participe également à la déportation des Juifs, en grande majorité des Juifs étrangers.

A côté de cette collaboration d'Etat existe une collaboration privée volontaire. La LVF (Légion des volontaires français contre le bolchévisme) est ainsi une association loi 1901 portée par les collaborateurs Marcel Déat, Jacques Doriot et Eugène Deloncle visant à combattre les Russes sur le front de l'Est, aux côtés des Allemands. Des entreprises s'adonnent à une collaboration économique comme Marius Berliet qui fabrique des camions pour les Allemands ou Gnome et Rhône qui fournit des moteurs d'avion. Dans le monde du spectacle, des artistes s'affichent sans état d'âme aux côtés des Allemands comme Arletty ou Robert Brasillach. Enfin, des Français anonymes participent à la collaboration par la dénonciation de juifs ou de résistants (lettres à la Gestapo ou à la police), l'achat de produits au Reich (pour les chefs d'entreprise notamment) ou par des liaisons amoureuses avec des soldats de l'armée d'Occupation. Des historiens ont nommé ce dernier type de collaboration la « collaboration au quotidien ».

La résistance intérieure


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Tract du mouvement Franc-Tireur, 1942.
Dès l'été 1940, des hommes et des femmes, peu nombreux au départ et venus de tous les horizons politiques (de l'extrême-gauche à l'extrême-droite), décident de résister à l'occupation allemande en France. Les motifs d'engagement sont variés : fort sentiment patriotique, volonté de défense des droits de l'homme, réelle connaissance du nazisme, etc. Les premières formes de résistance sont individuelles : diffusion de tracts anti-allemands, cache d'armes, quelques sabotages. Des réseaux finissent par se former : Libération-Nord, Franc-Tireur, Combat, Libération-Sud, ... Il existe à la fin de la guerre 266 réseaux pour lesquels travaillent plus de 100.000 agents (en majorité des jeunes hommes).

Les événements jouent un grand rôle dans l'entrée dans la résistance. Les communistes rejoignent ainsi la résistance intérieure à partir de la rupture du pacte de non-agression germano-soviétique (juin 1941). Jusque-là, le parti communiste s'accommodait de la présence allemande, obtenant même la reparution de l'Humanité. Les quelques communistes résistants avant 1941 l'étaient à titre personnel. De même, la mise en place du STO en 1943 provoque un afflux de réfractaires dans les maquis et campagnes. Les actions de la résistance sont multiples : aide au passage des démarcations et frontières, sabotages, attentats, recherche d'informations, ...

La résistance extérieure


L'appel du 18 juin du général De Gaulle, bien que symbolique car peu entendu, marque la naissance de la résistance extérieure. 130 hommes de l'île de Sein, les premiers, gagnent l'Angleterre du 24 au 26 juin. L'afflux de militaires et de civils renforcent la position du général. Fin juillet 1940, les forces françaises libres comptent 7000 hommes ; l'effectif monte à 35.000 hommes à la fin de l'année. Le gouvernement britannique finit par reconnaître De Gaulle comme le chef de la France libre. Des autorités françaises des colonies se rallient (le Tchad, le Cameroun, le Congo, l'Oubangui) mais d'autres résistent (comme à Dakar en septembre 1940). Les FFL combattent sur terre, sur mer (une quarantaine de navires en 1942), dans les airs (quatre groupes aériens), néanmoins les liens avec la résistance intérieure restent faibles jusqu'à la fin de l'année 1941. C'est pour les renforcer que Jean Moulin est parachuté en France début 1942. Envoyé du général de Gaulle, il cherche à unifier la résistance et fonde le Conseil national de la Résistance, visant à coordonner les mouvements de résistance.

En novembre 1942, les Anglo-américains envahissent l'Afrique du Nord qui passe ainsi sous le contrôle de la France libre. Le 3 juin 1943 est créé le Conseil français de libération nationale (CFLN) à Alger, donnant à la France libre un gouvernement. En juin 1944, le CFLN devient le Gouvernement provisoire de la République française (GPRF). Le GPRF peut alors compter sur environ 550.000 hommes et apparaît crédible aux yeux des Alliés.




Bibliographie :
ADOUMIÉ Vincent, De la république à l'Etat français, 1918-1944, Paris, Hachette, 2005.
SCHOR Ralph, Histoire de la société française au XXe siècle, Paris, Belin, 2004.
SIRINELLI Jean-François (dir.), La France de 1914 à nos jours, Paris, PUF, 1993.

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