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L'Empire romain tardif (235-476)

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Modifié : 23/10/2011 à 13h42


A partir du IIIe siècle, l'Empire doit faire face à la multiplication des incursions barbares et à la diffusion du Christianisme, les deux problèmes majeurs jusqu'à la chute de Rome. La crise de l'Empire du IIIe siècle entraîne de profondes transformations et réorganisation qui aboutissent à l'équilibre du début du IVe siècle avec Constantin. A partir du Ve siècle, de nouvelles vagues d'invasions aboutissent à une « barbarisation » de l'Occident tandis que l'Empire romain d'Orient, au destin divergeant, résiste et se réforme.


La crise du IIIe siècle (235-284)


L'enfoncement dans la crise (235-260)


L'avènement de Maximin le Thrace en 235, officier de l'armée romaine, marque le début de la crise profonde du IIIe siècle. Les peuples germaniques (Goths, Francs, Alamans,...) se massent sur le long des frontières de l'Empire et font preuve d'agressivité. Au milieu du IIIe siècle, ces peuples font même des incursions dans l'Empire et pillent de nombreuses villes. En Orient, les Perses sassanides renversent les Parthes ; et les deux premiers souverains de cet empire, Ardashir et Chapour Ier, revendiquent l'héritage achéménide et mènent des expéditions en Mésopotamie.

Pour financer la guerre, Maximin demande à ce que les impôts soient perçus avec beaucoup plus de rigueur, décision qui déclenche une rébellion en Afrique puis en Italie. Maximin est assassiné en 238 et Gordien III (petits-fils de Gordien Ier et neveu de Gordien II proclamés empereurs lors de la révolte d'Afrique) est porté au pouvoir. Il est lui aussi assassiné lors d'une campagne contre les Perses, en 244.

Philippe l'Arabe lui succède et tente de consolider son pouvoir ; il achète la paix aux Perses et mène la guerre aux barbares du Danube. En 249, Dèce, qui a repoussé les Goths sur le bas Danube, se déclare empereur et s'empare à son tour du pouvoir. Lors de la bataille de Vérone (249) entre Dèce et Philippe, l'usurpateur tue l'empereur. Dèce parvient à se maintenir plus de deux ans (249-251) et s'emploie à persécuter les chrétiens, rendus responsables des malheurs de l'Empire. Mais l'empereur est impuissant face aux Goths des Balkans et meurt sur le champ de bataille. Après Dèce, les règnes sont de plus en plus brefs, signe d'une crise profonde, à la fois politique et morale.

L'adaptation de l'Empire (260-276)


Malgré cette crise profonde, l'Empire se montre capable de réagir, en réformant les institutions. Gallien, qui succède à Valérien en 260 (mort au combat), hérite d'une situation catastrophique. Les Francs sont entrés en Gaule, les Alamans ont atteint le nord de l'Italie, les pirates pillent les côtes de la mer du Nord, l'Afrique et l'Égypte sont en proie à des troubles. Un appauvrissement a suivi ces invasions, les barbares cherchant avant tout du butin.
Gallien mène d'abord une réforme militaire : il créé une armée mobile commandée par des ducs (le limes ne suffisant plus) et les sénateurs sont exclus des postes militaires lesquels sont réservés à des militaires de carrière. Dernier grand souverain issu de l'aristocratie, Gallien donne au pouvoir une forme théocratique où l'empereur devient un personnage abstrait et éternel. Il renonce aux persécutions contre les chrétiens avec un édit de tolérance (260) qui ouvre une période de quarante ans appelée « petite paix de l'Église ».

A partir de 267, la situation se dégrade à nouveau et Gallien est assassiné en 268. Son successeur Claude II, dit « le Gothique », redresse la situation en écrasant les Alamans en Italie du nord et en libérant l'Illyrie des Goths (ce qui lui valut son surnom). Victime de la peste, Claude II meurt en 270. Après un court règne de Quintillus (2 mois), Aurélien parvient au pouvoir et remporte quelques succès supplémentaires : il vainc les Goths sur le Danube, l'usurpatrice Zénobie en Orient et Tétricus, proclamé empereur des Gaules. Aurélien fait aussi entourer Rome d'une muraille. Après l'assassinat d'Aurélien en 275, Tacite et Florien règnent brièvement.

Probus, ses successeurs et le redressement de l'Empire (276-285)


Probus hérite d'une situation difficile. Issu de l'armée, il mène une guerre énergique face aux barbares : les Francs et les Alamans sont repoussés hors de la Gaule, les Burgondes et Vandales sont chassés de la Rhétie, les Goths et les Gètes sont défaits sur le Danube. Il se rend ensuite en Égypte pour lutter contre les incursions des tribunes nomades Blemmyes. Trois tentatives d'usurpation (Saturnius en Égypte, Bonosus en Gaule en 280 ; Proculus à Lugdunum en 281) sont matées. En 281, Probus célèbre un triomphe à Rome, donne de grands jeux et déclare l'empire pacifié. Il trouve la mort en Pannonie en 282 lors d'une mutinerie.
Carus succède à Probus en 282 et associe ses deux fils Carin et Numérien au pouvoir. Carin repousse les Sarmates, Carus et Numérien combattent les Perses. Carus meurt dans des circonstances mystérieuses en 283, et ses deux fils sont assassinés : en 284 pour Numérien, en 285 pour Carin.


La mise en place d'un nouvel ordre (284-361)


Dioclétien et la Tétrachie (284-305)


Les désordres du IIIe siècle nécessitent la mise en place d'un ordre nouveau, la reconstruction de l'empire sur de nouvelles bases. Le successeur de Carin, Dioclétien, s'attèle à la tâche. Son long règne (vingt ans) permet de mener jusqu'au bout ses réformes. Il met en place une nouvelle forme de pouvoir, appelée « Tétrarchie » : deux Augustes dirigent l'Empire qui désignent ensemble deux Césars. Au bout de vingt ans, les deux Augustes s'engagent à abdiquer, et les deux Césars deviennent Augustes. A ces derniers de choisir deux nouveaux Césars.
En 285, Dioclétien désigne Maximien comme César avant de l'élever au rang d'Auguste. En 293, Galère et Constance Chlore deviennent Césars. Ce partage des pouvoirs permet d'intervenir sur plusieurs fronts, face aux menaces barbares. Sur le plan religieux, Dioclétien reste supérieur à Maximien, respectivement « jupitérien » et « herculéen ». La nature absolutiste du pouvoir n'est pas remis en cause.

Sur le plan militaire, Dioclétien augmente les effectifs, privilégiant la quantité à la qualité, diminue la taille des légions, et divise les provinces (elles passent de 47 à 85). Le règne est marqué par la dernière grande persécution du Christianisme, avec des mesures visant l'armée, des destructions d'églises, la confiscation de livres sacrés et l'organisation de sacrifices. Dioclétien et Maximien abdiquent simultanément en 305, après vingt ans de pouvoir.

Le règne de Constantin (306-337)


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Constantin Ier.
Comme Dioclétien, Constantin va bénéficier de la durée (30 ans de règne), lui permettant de poursuivre les réformes. Fils de Constance Chlore, issu des rangs militaires, il est acclamé empereur à la mort de son père (devenu Auguste) en 306. Galère était devenu Auguste en Orient, et Maximin Daïa et Sévère ont été choisis comme Césars.
A Rome, les prétoriens opposent à Constantin Maxence, fils de Maximin, tandis que Sévère est assassiné. Galère tente de remettre en place la Tétrarchie dioclétienne en confiant l'Occident à Constantin et à un nouveau venu, Licinius ; tandis que Galère garde l'Orient avec Maximin Daïa. Mais Maximien, l'ancien empereur, sort de se retraite et décide de reprendre le pouvoir, tandis que Maxence maintient ses prétentions et que Domitius Alexander tente de prendre le pouvoir en Afrique ! Sept empereurs se disputent le pouvoir, la Tétrarchie sombre dans l'anarchie.
La mort de Maximien, de Domitius Alexander et de Galère (de 310 à 311) écarte ces trois candidats. En 312, à la bataille du Pont Milvius, Constantin élimine Maxence tandis que Licinius vainc Daïa à Andrinople en 313. En 324, Constantin élimine Licinius à Andrinople et restaure l'unité de l'Empire.

Constantin mène des réformes qui s'inscrivent pour la plupart dans la continuité de celles de ses prédécesseurs : au niveau militaire, l'armée mobile est développée au détriment de l'armée des frontières ; au niveau administratif, le pouvoir des Césars est très diminué. Prenant acte du déplacement du centre de gravité de l'Empire, il fonde à l'est une nouvelle capitale : Constantinople (décision prise en 324, inauguration en 330), copie de Rome à laquelle Constantin attache son nom.
Au niveau religieux, Constantin met fin aux persécutions contre le Christianisme avec l'édit de Milan en 313. Lui-même aurait eu une vision à la veille de la bataille du Pont Milvius : une croix lumineuse serait apparue dans le ciel accompagnée d'une inscription signifiant « Par ce signe, tu vaincras ». L'empereur se serait alors progressivement détourné des dieux païens, convaincu de l'efficacité de la protection du Dieu chrétien. Les historiens pensent sans en avoir la certitude qu'il se serait fait baptiser sur son lit de mort, par un évêque arien.

Les fils de Constantin (337-361)


A la mort de Constantin (337), ses fils lui succèdent et se partagent l'Empire : Constantin reçoit la Gaule, la Bretagne et l'Espagne ; Constant l'Italie, l'Illyrie et l'Afrique, Constance II l'Orient. En 340, Constant réunit l'Occident en éliminant Constantin II, avant d'être tué à son tour en 350 par Magnence, un usurpateur, lui-même renversé par Constance II en 351 et éliminé en 353. L'empire est à nouveau réunifié.
Constance II envoie un César, Julien, rétablir l'ordre en Gaule. Deux questions dominent alors le règne. La première est religieuse : Constance II est un arien mal aimé des catholiques, et les païens menacent eux aussi l'ordre social. La seconde est militaire : la guerre reprend en Orient contre les Perses tandis que les Germains envahissent la Gaule. L'armée d'Occident, déjà affaiblie par les troubles des années 340, remporte néanmoins la victoire de Strasbourg (357) sur les Alamans. Lorsque Constance II demande à Julien de lui envoyer des renforts pour vaincre les Perses, les troupes d'Occident se soulèvent et proclament Julien empereur, malgré lui (360). Constance II meurt l'année suivante (361) des suites d''une maladie.


Le dernier siècle de l'Empire (361-476)


De nouveaux périls (361-378)


A partir des années 350, la situation se dégrade à nouveau sur les frontières : Perses en orient, Goths sur le Danube, Francs et Alamans sur le Rhin menacent l'Empire. Julien dit « l'Apostat » (surnom donné par les chrétiens), proclamé empereur en 360, succède à Constance II en tant qu'Auguste. Dévot du Soleil et de Cybèle, il restaure le paganisme par un édit avant de s'attaquer aux chrétiens (exclusion de la fonction publique, interdiction de célébrer des funérailles le jour). Ce retour au paganisme ne survit pas à Julien, qui meurt dans une campagne contre les Perses en 363. Son successeur Jovien, chrétien modéré, capitule face à la Perse, abandonne la rive gauche du Tigre et annule les mesures religieuses de Julien avant de mourir en 364.

Un nouveau partage est effectué par Valentinien Ier qui garde l'Occident et confie l'Orient à son frère Valens. Valentinien Ier s'occupe de la plèbe de Rome (distributions gratuites) et mène la guerre contre les Alamans en Gaule tandis que les Scots et les Saxons sont repoussés en Bretagne par Théodose le Père, un officier espagnol.
En Orient, Valens doit lutter contre les Quades et les Sarmates (374-375) puis les Goths poussés par les Huns (lesquels ont franchi le Don en 375). En 378, à la bataille d'Andrinople, les Goths infligent une sévère défaite à l'Empire, et Valens y trouve la mort.

Théodose : l'Empire devient chrétien (378-395)


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Théodose Ier.
A la mort de Valentinien Ier, l'Empire est partagé entre Gratien, Valentinien II et Théodose. Ce dernier parvient à s'imposer et est choisi comme Auguste pour l'Orient en 379, après le désastre d'Andrinople. Il permet aux Goths de s'installer dans l'Empire en 380 avec un traité (foedus), s'entend avec la Perse et repousse les barbares sur le Rhin.
Son règne est beaucoup plus marquant sur le plan religieux : depuis Constantin, l'Empire tolère le Christianisme (mis à part l'épisode de Julien) ; avec Théodose, le Christianisme devient la religion officielle. En 391, l'empereur interdit purement et simplement les cultes païens. L'interdiction du paganisme entraîne de vifs mécontentements qui se manifestent par la tentative d'usurpation d'Eugène en Occident. En 392, le païen Arbogast étrangle Valentinien II et proclame Eugène empereur. Théodose se porte à leur rencontre et défait l'armée des deux hommes à la bataille de la Rivière Froide en 394.
Avant de mourir, Théodose associe au pouvoir ses deux fils : Arcadius pour l'Orient, Honorius pour l'Occident. L'empereur meurt en 395 : le Christianisme semble s'être définitivement imposé.

Les grandes invasions et la chute de l'Empire (395-476)


Au Ve siècle, les destins des deux Empires (l'Orient et l'Occident) divergent.

En Occident, pendant le règne d'Honorius, Stilicon (Flavius Stilicho), chef barbare d'origine vandale, passe au premier plan. Parfaitement romanisé, celui-ci défend vigoureusement l'Occident, d'abord contre le comte d'Afrique Gildon qui voulait se rendre indépendant (395-398), puis contre les Wisigoths d'Alaric qui sont défaits à Aquilée (401) puis à Pollentia (402) et Vérone (403). En 406, ce sont les Ostrogoths qui sont vaincus près de Florence, mais la menace barbare s'approche de la « Ville éternelle ». Le 31 décembre de la même année, les Vandales, les Alains et les Suèves franchissent le Rhin gelé. Ils traversent la Gaule et l'Espagne sans que rien ne les arrête ; les Vandales passent en Afrique (passage du détroit de Gibraltar en 429). Stilicon est arrêté et décapité en 408. Les Wisigoths lancent alors une nouvelle offensive, victorieuse cette fois-ci : Rome est prise en 410. Après un bref règne de Constance III (421) et une réunification de l'Empire (421-425), Valentinien III arrive au pouvoir en 425 et y restera jusqu'en 455. Le maître de la milice, Aetius, combat vigoureusement les Barbares sur le Rhin puis défait Attila aux Champs Catalauniques (451). Mais les barbares continuent leur infiltration, l'Empire romain d'Occident a laissé la place à l'Empire barbare d'Occident. De 457 à 472, c'est Ricimer, un Suève, qui impose son protectorat à l'Occident. En 476, le dernier empereur romain, Romulus Augustule, est déposé par le barbare Odoacre.

En Orient, la situation s'améliore sous le règne de Théodose II (408-450) et les barbares se font moins menaçants. Le problème barbare cède même la place aux conflits religieux avec la querelle monophysite (le monophysisme postule l'unité des natures divines et humaines chez le Christ, contre le duophysisme – ou nestorianisme - qui distingue ces deux natures). Le nestorianisme est condamné en 431 au concile d'Ephèse. De 450 à 471, comme en Occident, c'est un barbare, l'Alain Aspar, qui impose son protectorat. Autour de Constantinople s'élabore une civilisation originale – la civilisation byzantine - qui ne disparaîtra qu'en 1453. Les Byzantins ne cesseront jamais de s'appeler « Romains ».



Bibliographie :
Bordet, Marcel. Précis d'histoire romaine. Armand Colin, 1998.
Christol, Michel ; Nony, Daniel. Rome et son empire. Hachette supérieur, 2007.
Le Glay, Marcel ; Voisin, Jean-Louis ; Le Bohec, Yann. Histoire romaine. PUF, 2005.

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